Des auditions parlementaires difficiles attendent certains futurs commissaires
Après la présentation par Ursula von der Leyen de son équipe de commissaires et de leurs portefeuilles, mardi 17 septembre, le Parlement européen s’apprête à passer au crible les candidats proposés.
Après la présentation par Ursula von der Leyen de son équipe de commissaires et de leurs portefeuilles, mardi 17 septembre, le Parlement européen s’apprête à passer au crible les candidats proposés. Et certains pourraient être mis en difficulté.
Les commissaires désignés seront tout d’abord interrogés par la commission des Affaires juridiques du Parlement (JURI), pour évacuer les risques de potentiels conflits d’intérêts.
Les candidats sont ensuite soumis aux questions écrites et orales des eurodéputés, puis doivent être auditionnés par les commissions spécialisées du Parlement européen, en fonction de leur(s) domaine(s) de compétence, afin de déterminer si les futurs commissaires sont aptes à exercer leurs fonctions.
Et avant même que ces auditions ne débutent, probablement à la mi-octobre, certains peuvent déjà redouter que certains cadavres ne soient sortis des placards.
Hadja Lahbib, Belgique — Préparation, gestion de crise et égalité
L’actuelle ministre belge des Affaires étrangères, Hadja Lahbib, risque de devoir répondre à certaines controverses. En 2021, cette dernière s’était ainsi rendue en Crimée, alors qu’elle était encore journaliste.
Elle avait expliqué à la télévision belge être allée « en Russie » et avait par la suite esquivé les questions visant à savoir si elle était revenue « d’Ukraine ou de Russie », affirmant qu’un visa russe était nécessaire pour atterrir à l’aéroport de Simferopol.
En 2023, alors qu’elle était ministre des Affaires étrangères, son administration avait délivré des visas à quatorze membres d’une délégation iranienne, dont le maire de Téhéran, qui étaient invités au Brussels Urban Summit.
Hadja Lahbib n’avait pas été contrainte de démissionner, au contraire du secrétaire d’État bruxellois Pascal Smet qui avait été accusé d’avoir fait pression sur le ministère des Affaires étrangères pour qu’il accorde ces visas, et d’avoir utilisé des fonds publics pour héberger la délégation iranienne.
Oliver Várhelyi, Hongrie — Santé et bien-être animal
Le commissaire sortant à l’Élargissement, Oliver Várhelyi, devra faire face à un examen minutieux de la part des eurodéputés, qu’il a tristement qualifiés d’« idiots » alors qu’il pensait que son micro était éteint, en 2023.
Parmi les autres questions auxquelles Olivér Várhelyi sera confronté, sa publication controversée sur X selon laquelle l’UE allait suspendre ses fonds destinés à la Palestine — une déclaration qui avait été par la suite infirmée par la Commission.
En janvier 2023, le Parlement européen avait aussi demandé une enquête sur les « efforts délibérés de [Olivér] Várhelyi pour contourner et saper l’importance centrale des réformes démocratiques et de l’État de droit dans les pays sur la voie de l’adhésion à l’UE ».
Raffaele Fitto, Italie — Cohésion et réformes
Le candidat italien, Raffaele Fitto, devra faire face à une forte opposition en raison de son affiliation politique. En effet, nombreux sont ceux qui se méfient du fait qu’un membre du groupe d’extrême droite des Conservateurs et Réformistes européens (CRE) occupe une vice-présidence exécutive au sein de la nouvelle Commission.
Malgré son implication dans des procès pour corruption et pots-de-vin, Raffaele Fitto est moins susceptible d’être confronté à des questions relatives à ces allégations, étant donné que le système judiciaire italien l’a innocenté.
Néanmoins, une étude d’OpenPolis a révélé que son bilan en tant que ministre supervisant le fonds national de relance et de résilience pourrait être remis en question, en particulier parce que l’Italie fait face à des retards dans la mise en œuvre de ses plans et que le ministre ne semble pas avoir respecté les obligations de transparence et disponibilité des données.
Dubravka Šuica, Croatie — Méditerranée
La vice-présidente sortante de la Commission chargée de la démocratie et de la démographie devra faire face à un examen approfondi de ses dépenses en matière de visites officielles tout au long de son mandat. Dubravka Šuica aurait en effet dépensé 360 000 euros pour 148 voyages entre 2019 et 2024, selon une enquête d’Index.
Près de 60 de ces voyages se sont déroulés à Zagreb, et 23 à Dubrovnik, sa ville natale. Un de ces voyages à Zagreb, d’un coût de 1 215 €, était destiné à une apparition en tant qu’invitée sur un podcast organisé par l’université privée Libertas.
Maroš Šefčovič, Slovaquie — Commerce et sécurité économique ; Relations interinstitutionnelles et transparence
Avec sa reconduction en tant que commissaire slovaque, l’actuel vice-président Maroš Šefčovič deviendrait le commissaire au plus long mandat dans l’histoire de l’UE, dépassant l’Allemand Wilhelm Haferkamp. En effet, Maroš Šefčovič est commissaire européen depuis 2009.
Son nouveau portefeuille, qui comprend la transparence, a suscité des critiques de la part de Transparency International Slovakia en raison de problèmes antérieurs liés à la divulgation des dépenses de campagne et pour avoir omis de remplir une déclaration de patrimoine.
Le portefeuille de Maros Šefčovič n’est « pas dû au succès du gouvernement slovaque… mais à sa relation notoirement excellente avec Ursula von der Leyen », a déclaré l’eurodéputée slovaque Lucia Yar (Renew) à Euractiv.
Ekaterina Zaharieva, Bulgarie — Startups, Recherche et Innovation
L’ancienne ministre bulgare des Affaires étrangères doit répondre aux accusations d’implication dans une escroquerie qui a permis à des milliers de personnes d’obtenir des passeports bulgares contre de l’argent liquide, permettant de voyager sans visa dans l’UE.
Le scandale, initialement révélé par Euractiv en 2018, a disparu des projecteurs après que le parti nationaliste VMRO — responsable de l’orchestration du système et lié à Ekaterina Zaharieva — a été évincé du pouvoir.
La lanceuse d’alerte Katia Mateva a récemment déclaré à Euractiv que, bien qu’elle ait fourni des preuves significatives, l’Agence d’État pour la sécurité nationale (DANS) a en réalité balayé l’affaire sous le tapis.
Marta Kos, Slovénie — Élargissement
Marta Kos, qui a été nommée par la Slovénie dans le cadre des efforts déployés par Ursula von der Leyen pour parvenir à un équilibre de genre, devra probablement répondre à certaines accusations récentes.
Comme le rapporte Euronews, Romana Tomc, présidente du Parti démocratique slovène (PPE) au Parlement européen, a qualifié Marta Kos de choix inacceptable en raison de ses liens présumés avec les anciens services de renseignements yougoslaves. La candidate a depuis démenti ces allégations.