Des chercheurs s'interrogent sur l'obsolescence programmée
Des chercheurs de l'Öko-Institut et de l'université de Bonn confirment que les consommateurs remplacent leurs frigos, écrans plats, télévisions et ordinateurs de plus en plus souvent. La part de l'obsolescence programmée dans ce phénomène reste à définir.
Des chercheurs de l’Öko-Institut et de l’université de Bonn confirment que les consommateurs remplacent leurs frigos, écrans plats, télévisions et ordinateurs de plus en plus souvent. La part de l’obsolescence programmée dans ce phénomène reste à définir.
« Aujourd’hui, de plus en plus d’appareils électriques et électroniques sont remplacés alors qu’ils fonctionnent encore », indique Rainer Griesshammer, membre du conseil d’administration du Öko-Institut.
Souvent, ce remplacement est motivé par des avances technologiques. « C’est souvent le cas avec les télévisions », note-t-il, soulignant le désir insatiable des consommateurs pour les technologies de pointe.
Le chercheur fait toutefois remarquer qu’une portion de plus en plus large des appareils électroménagers, les frigos, les machines à laver et les séchoirs, sont remplacés dans les cinq ans suivant leur achat « pour cause de défaillance technique ».
Remplacement : des raisons variées
Les industriels réduisent-ils volontairement la durée de vie de leurs produits ? Pour répondre à cette question, les chercheurs ont récolté des statistiques sur différents types de biens ménagers, électriques et informatiques, entre 2004 et 2012.
Leur résultat n’est cependant pas encore évident, admettent les chercheurs. « La réduction de la durée d’utilisation première des appareils a des raisons diverses », explique Maria Krautzberger, présidente de l’agence fédérale pour l’environnement allemande, qui a commandé l’étude de l’Öko-Institut.
Pour les télévisions à écrans plats, plus de 60 % des remplacements sont motivés par la volonté des consommateurs d’acheter un modèle plus récent. Seuls un quart des remplacements font suite à un dysfonctionnement.
Une situation très différente pour les appareils électroménagers, comme les machines à laver, les séchoirs ou les frigos. Seul un tiers de ces produits sont remplacés alors qu’ils fonctionnent encore. La majorité d’entre eux (environ 56 %) sont achetés pour remplacer un appareil défectueux. Un phénomène qui peut être expliqué par la durée de vie élevée de ces appareils, qui sont remplacés en moyenne tous les 13 ans (une diminution d’un an).
L’étude montre néanmoins que le pourcentage d’appareils électroménagers qui doivent être remplacés dans les cinq ans à cause d’un problème technique a plus que doublé : de 3,5 % en 2004, il est passé à 8,3 % en 2012.
La même tendance peut être observée en ce qui concerne les ordinateurs portables. Si la durée de vie première de ces appareils est restée relativement constante (d’environ cinq ou six ans), de plus en plus d’ordinateurs doivent être remplacés parce qu’ils sont défectueux.
« En 2004, 70 % des ordinateurs portables qui fonctionnaient ont été remplacés parce que les consommateurs souhaitaient un appareil plus moderne ou à cause d’innovations technologiques. En 2012/2013, ce nombre était tombé à environ 25 % », indique l’étude. Parallèlement, le nombre d’ordinateurs portables remplacés à cause d’un défaut technique a augmenté de 25 %.
Pas de raison tangible d’agir
Les chercheurs ont pris soin de ne pas accuser les producteurs de concevoir des appareils à la durée de vie limitée à dessein. Ils ont néanmoins assuré qu’ils continueront à enquêter jusqu’à la publication des résultats finaux de l’étude, fin 2015.
Les représentants de l’UE contactés par EURACTIV ont refusé de commenter l’étude, jugeant qu’il serait prémature de réagir avant la publication des résultats finaux. « La Commission n’a jusqu’ici vu aucune indication qui rendrait nécessaire des règles spécifiques quant à l’écoconception », estiment-ils.