Des études historiques confirment l'existence d'émissions indirectes de biocarburants

Des biocarburants élaborés à partir de cultures alimentaires engendreront indirectement des émissions nettes de gaz à effet de serre à l’avenir, confirment les résultats préliminaires de deux études sur l’histoire du changement de l’utilisation des sols.

EURACTIV.com
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Des biocarburants élaborés à partir de cultures alimentaires engendreront indirectement des émissions nettes de gaz à effet de serre à l’avenir, confirment les résultats préliminaires de deux études sur l’histoire du changement de l’utilisation des sols.

 

Si l'examen collégial ne modifie pas les conclusions du document, ces dernières renforceront de manière significative le bien-fondé d’inclure des facteurs du changement indirect d'affection des sols (CASI) dans la révision de la législation européenne.

 

Ces deux études ont été rédigées par le Centre commun de recherche (CCR) de l'UE, l'Agence d'évaluation de l'environnement des Pays-Bas (PBL) et Koen Overmars, un cabinet-conseil néerlandais indépendant.

 

« Le CASI est une réalité », a déclaré Luisa Marelli, responsable scientifique des combustibles de substitution au CCR, lors d'un atelier le 20 février au Parlement européen. « Tous les modèles et études révèlent à présent l'incidence du CASI et elle est

supérieure à zéro [émission de gaz à effet de serre] ».

 

L'acronyme CASI fait référence à une perte nette de carbone qui survient lorsque des forêts et des prairies sont défrichées pour la production alimentaire, déplacée à cause des plantations de biocarburants.

 

EURACTIV a cru comprendre que les conclusions des nouvelles études historiques UE/Pays-Bas, qui couvrent les tendances mondiales sur dix ans, sont en grande partie semblables à celles des modèles de projection, tels que celui réalisé par l'Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI) pour l'UE.

 

Ce rapport indique que près de la moitié des gains prévus de carbone grâce au passage aux biocarburants seraient perdus si les conséquences du changement de l'affectation des sols étaient prises en compte. Des groupes de pression de l'agriculture et des biocarburants ont fortement critiqué ce rapport.

 

« Je n'ai pas confiance en cette science [du CASI] », a déclaré Rob Vierhout, le secrétaire général de l'association européenne de producteurs d'éthanol renouvelable (ePure), à EURACTIV l'année dernière. Cela revient à consulter une boule de cristal. Personne n'est capable de donner des chiffres sûrs sur le CASI. »

 

Lors d'un atelier au Parlement européen la semaine dernière, Raffaello Garofalo, le secrétaire général de l'European Biodiesel Board, a poursuivi sur la même voie. « Le CASI n'est pas une science, désolé, il ne s’agit pas d’une science positive comme la gravité de Newton », a-t-il déclaré. « Le CASI n'a jamais été vérifié. »

 

De telles positions devraient bientôt être revues.

 

Qu'y a-t-il dans la boîte noire ?

 

La nouvelle étude UE/Pays-Bas contient des estimations d'émissions de biocarburants fondées sur une méthodologie transparente, différente du modèle de la « boîte noire » de l'IFRI, qui présente de nombreuses hypothèses parfois obscures sur la volatilité des prix et du climat, par exemple.

 

Cette méthodologie facilite la vérification des conclusions, bien qu’elle soit sans doute moins rigoureuse que la technique de l'IFRI, qui a lancé une projection économique de la production alimentaire en 2020 et l'a ensuite « bouleversée » en introduisant des quantités de biocarburants dans le modèle.

 

« Des modèles donnent des résultats différents de CASI, principalement car ils utilisent des hypothèses différentes sur le rendement et la consommation alimentaire », a déclaré Mme Marelli. « Dès qu'elles sont “fixées”, leurs résultats sont semblables. »

 

« La connaissance des modèles est désormais suffisamment avancée pour estimer les facteurs du CASI dans le même ordre d'incertitude que les émissions directes », a-t-elle ajouté.

 

Les émissions directes du changement d'affectation des sols n'ont pas encore été contestées par les secteurs de l'agriculture et de la bioénergie, même si la production d'oxyde d'azote, un puissant gaz à effet de serre, peut varier du simple au double d'un champ à l'autre et d'un facteur de 1 à 100 d'une exploitation à l'autre.

 

Conseil énergie

 

Les propositions actuelles de l'UE, discutées au sein du Conseil énergie à Bruxelles vendredi (22 février), imposent une révision des preuves scientifiques du CASI en 2017 avant que les valeurs des émissions des biocarburants ne soient intégrées dans la législation européenne.

 

Un nouveau rapport de l'ONG GRAIN indique cependant que 17 millions d'hectares de terres ont été « saisis » pour la production de biocarburants ces dix dernières années. Certains craignent donc que l'UE ne contribue au problème en attendant, en partie sous l'étiquette « atténuation des changements climatiques ».

 

Le Conseil énergie a toutefois entendu les objections répétées au compromis substantiel de la Commission quant au CASI : un plafond de 5 % de biocarburants élaborés à partir de cultures alimentaires dans les transports de l'UE en 2020 et une suppression progressive des subventions publiques.

 

« La Pologne rejette la proposition d'une limite de 5 % dans le secteur des transports », a déclaré le représentant polonais. Près de la moitié des États membres et presque tous les pays d'Europe centrale et occidentale seraient en faveur d'un affaiblissement du projet de législation.

 

S'exprimant au nom de l'UE, le commissaire en charge de l'énergie, Günther Oettinger, a semblé mentionner des concessions dans les négociations à venir. « Nous devrions travailler à une solution cohérente qui prenne en compte les conditions de marché différentes dans les États membres », a-t-il déclaré au Conseil. « Nous demandons donc à tout le monde d'être flexibles et la Commission le sera certainement aussi. »

 

Curieuse coïncidence

 

Des défenseurs pourraient cependant trouver la coïncidence d’une telle flexibilité curieuse, car le rapport UE/Pays-Bas sur les émissions historiques de l'affectation des sols devrait être publié le mois prochain.

 

Des documents semblables du CCR, un sur la dette de carbone créée par la bioénergie par exemple, ont été retardés à plusieurs reprises en raison d’objections sur les conclusions au sein de la direction générale de l'énergie de la Commission européenne.

 

Le mois dernier, une coalition de défenseurs de l'environnement, dont le Bureau européen de l'environnement, Birdlife et Client Earth, ont intenté un procès à la Commission et ont demandé la publication du rapport.

 

EURACTIV a complété une demande d'accès à l'information pour ce document il y a sept mois, mais attend toujours.