Des eurodéputés de tous bords réclament un « cadre cohérent » pour l’hydrogène décarboné européen
Dans une lettre en date de lundi (10 octobre), des eurodéputés de tous bords demandent à la Commission européenne d’intégrer l’hydrogène bas-carbone dans les objectifs de production d’hydrogène décarboné et de favoriser la production domestique.
Dans une lettre envoyée lundi (10 octobre), des eurodéputés de tous bords demandent à la Commission européenne d’intégrer l’hydrogène bas-carbone dans les objectifs de production d’hydrogène décarboné et de favoriser la production domestique.
[Les citations issues de la lettre sont traduites de l’anglais]
Dans son programme REPowerEU, la Commission ne prévoit que l’hydrogène issu des énergies renouvelables pour construire un marché de l’hydrogène décarboné.
Or, selon 19 eurodéputés socialistes (S&D), centristes (Renew) et de droite (PPE et CRE) signataires d’une lettre dévoilée mercredi (12 octobre), l’hydrogène issu d’énergies bas-carbone, comme le nucléaire, doit également être intégré au marché de l’hydrogène décarboné.
Ils demandent donc aux commissaires Thierry Breton et Kadri Simson, ainsi qu’au vice-président exécutif Frans Timmermans et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, de définir « un cadre juridique pour l’hydrogène propre » qui soit « le plus cohérent possible ».
Un vrai statut pour l’hydrogène décarboné
« L’hydrogène bas-carbone n’a toujours pas de statut alors qu’il peut être produit massivement et aider à la décarbonation de l’économie », martèle pour EURACTIV France Christophe Grudler, eurodéputé Renew à l’initiative de cette lettre.
Selon les eurodéputés, le programme REPowerEU de la Commission européenne ne prend pas en compte l’hydrogène bas-carbone dans ses objectifs. Pourtant, comme l’hydrogène issu du renouvelable, il permettrait de décarboner l’économie.
Il y a « systématiquement un barrage » à son développement raconte M. Grudler.
Dans la plupart des cas, l’hydrogène bas-carbone est produit à partir de nucléaire. Or, le recours à cette source d’énergie est controversé en Europe. L’Allemagne en particulier s’oppose à son développement.
M. Grudler et les co-signataires de cette lettre ne comprennent pas « cette obsession contre l’hydrogène bas-carbone et le nucléaire ».
Il serait pourtant beaucoup plus intéressant de produire dans l’UE de l’hydrogène décarboné, même issu du nucléaire, plutôt que d’importer de l’hydrogène décarboné, mais issu des énergies renouvelables, écrivent-ils.
La France dans le coup
C’est également la position que défendait la France dans un courrier révélé par EURACTIV France adressé par la ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, à la commissaire européenne à l’Énergie, Kadri Simson.
Tout comme les eurodéputés, Mme Pannier-Runacher demande à la Commission européenne de revoir sa position sur l’intégration de l’hydrogène produit à partir de nucléaire dans les objectifs de développement d’une filière décarbonée.
Compte tenu de « la priorité absolue de la prochaine décennie pour l’hydrogène, […] seul compte le contenu carbone de l’hydrogène produit et non le vecteur de production », écrit la ministre française de la Transition énergétique dans son courrier.
Par ailleurs, tant les eurodéputés que le gouvernement français rappellent que les États membres sont souverains de leur mix énergétique. En ce sens, il n’est pas étonnant, selon M. Grudler, de retrouver dans les co-signataires de la lettre des eurodéputés allemand — Christian Ehler du PPE et Ulrike Müller de Renew Europe — dont le gouvernement est pourtant opposé au développement de l’énergie nucléaire.
« Selon moi, ces eurodéputés, comme tous les autres, cherchent à trouver un équilibre et reconnaissent, tout simplement, la souveraineté de chaque État membre sur son mix énergétique », précise M. Grudler.
Produire plutôt qu’importer
En parallèle, la lettre dévoile que les eurodéputés ne sont « pas certains » de la « totale égalité de traitement entre l’hydrogène domestique et importé ».
Cette situation résulte en effet de l’amendement 14 adopté à 4 voix près au Parlement européen lors du vote de la directive sur les énergies renouvelables (RED III) le 14 septembre dernier.
L’amendement de l’eurodéputé allemand et rapporteur du texte pour la Commission énergie au Parlement (ITRE), Markus Pieper (PPE) casse l’acte délégué qui définissait le caractère renouvelable ou non des carburants d’origine non-biologique, et donc de l’hydrogène. Il impose par ailleurs des critères moins stricts pour l’hydrogène importé que pour l’hydrogène produit au sein de l’Union.
Cette situation revient à acter des distorsions de concurrence, au moment où, selon Jorgo Chatzimarkakis, président-directeur général du lobby Hydrogen Europe, interviewé par EURACTIV, le marché de l’hydrogène a « besoin de sécurité juridique ».
Pour les co-signataires de la lettre, « l’UE devrait d’abord s’attacher à développer la capacité nécessaire de production nationale d’hydrogène propre, qu’il provienne de sources renouvelables ou à faible teneur en carbone, avant d’importer toute autre molécule supplémentaire ».
Le texte RED III voté par le Parlement européen sera négocié en trilogue entre la Commission, le Parlement et le Conseil, avant la fin de l’année.
> Lisez le document ci-dessous ou téléchargez-le ici (en anglais) :
mc-Letter_Let’s_develop_a_legal_framework_for_clean_hydrogen_as_coherent