Des groupes de réflexion sceptiques quant aux décisions de l’UE pour l’emploi

Les principaux groupes de réflexion européens ont exprimé leurs doutes quant à l’engagement des leaders européens en faveur de l’emploi et de la croissance. Ce scepticisme vient s’ajouter à la vague de critique qui s’est déclenchée après le sommet européen de cette semaine.

EURACTIV.com
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Les principaux groupes de réflexion européens ont exprimé leurs doutes quant à l’engagement des leaders européens en faveur de l’emploi et de la croissance. Ce scepticisme vient s’ajouter à la vague de critique qui s’est déclenchée après le sommet européen de cette semaine.

A l'issue d'une réunion lundi à Bruxelles, les dirigeants européens ont publié une déclaration de sept pages détaillant des mesures pour promouvoir « un assainissement axé sur la croissance et une croissance favorable à l'emploi ».

Il s'agit notamment de mobiliser des montants non dépensés dans le budget de l'UE en faveur de la croissance et de l'emploi, dont les 82 milliards d'euros des fonds régionaux de 2007-2013.

Un fonctionnaire européen a minimisé l'impact de cette mesure, affirmant que cela revenait à « soigner un bras cassé avec du paracétamol ». Les leaders socialistes ont quant à eux critiqué les conclusions du sommet, les qualifiant de propositions creuses.

« Gesticulation » des dirigeants européens

Ces critiques ont été relayées à Bruxelles ce mardi (31 janvier) lors du « Think Tank Dialogue » annuel qui rassemble des institutions de recherche nationales et européennes.

Giles Merritt, le secrétaire général des Amis de l'Europe, un éminent groupe de réflexion bruxellois, s'est montré très sceptique face aux projets de l'UE pour la croissance : « Il est peut-être possible de créer quelques emplois via un programme de travaux publics, mais avec la crise de l'euro, il faut oublier, il n'y aura pas d'argent. »

M. Merritt, un ancien correspondant du Financial Times qui a écrit bon nombre d'articles sur le chômage lors de la crise économique du début des années 1980, a expliqué que la stratégie économique de l'UE n'était qu'un ajustement. « Ca ressemble fort aux mesures habituelles », a-t-il ajouté.

Daniel Gros, économiste et directeur du Centre for European Policy Studies, a exprimé des critiques similaires, arguant que dans la mesure où la crise économique avait été causée par un manque de liquidité, à savoir l'incapacité des banques et des gouvernements à assurer des prêts, la principale institution capable d'agir était la Banque centrale européenne.

« Toutes ces gesticulations au Conseil devient de moins en moins pertinente », a-t-il déclaré.

Le chômage des jeunes, c'est de la nitroglycérine

Les groupes de réflexion européens s'inquiètent de plus en plus de la détérioration de l'état de l'Europe sociale. Gordon Bajnai, un ancien premier ministre hongrois qui dirige aujourd'hui un institut de recherche, a expliqué qu'il était probable que la croissance diminue et qu'un conflit générationnel se développe en raison de la hausse du chômage des jeunes et du coût des retraites.

Il a affirmé que de sérieux soulèvements étaient à prévoir, dans la mesure où la mobilité sociale est en train de se « renverser » : de nombreuses personnes sortent de la classe moyenne et le chômage des jeunes dans certains pays atteint des niveaux comparables à ceux en Afrique du Nord. « Les révolutions ne sont pas menées par les pauvres, mais par ceux qui sont déçus », a-t-il argué.

M. Merritt a relayé ce sentiment, affirmant que le chômage des jeunes était de la « nitroglycérine ». « Nous sommes face à un mélange hautement explosif et volatile de personnes qui se sentent défavorisées, à juste titre. »

Les chiffres publiés par l'UE indiquent que 241 000 jeunes de plus étaient au chômage en 2011, soit 21 %. Les chiffres les plus élevés se retrouvent en Espagne et en Grèce, où environ la moitié des jeunes ne parviennent pas à trouver du travail.

Plusieurs participants à la conférence ont laissé entendre que les dirigeants européens ne prendraient certainement pas les mesures nécessaires pour remédier à la situation sur le court terme. « Beaucoup de phobies ont été surmontées. Malheureusement, nous pourrions entrer dans une nouvelle crise avant que celle-ci ne se termine », a affirmé M. Gros.