Des hackers infiltrent des données sensibles du gouvernement et de la police en Italie

Des procureurs de Milan ont mis au jour un réseau de hackers et d’anciens membres des forces de l’ordre accusés d’avoir utilisé des logiciels malveillants pour s’introduire dans plusieurs bases de données gouvernementales.

EURACIV Italie
Danger due to hacking of computer data
L’enquête, menée par le procureur anti-mafia de Milan, Francesco De Tommasi, révèle des liens présumés entre l’association criminelle présumée et de hauts responsables de différents secteurs, dont la criminalité organisée et les services de renseignement italiens et étrangers. [Jens Büttner/picture alliance via Getty Images]

Des procureurs de Milan ont mis au jour un réseau de hackers et d’anciens membres des forces de l’ordre accusés d’avoir utilisé des logiciels malveillants et des contacts internes pour s’introduire dans plusieurs bases de données gouvernementales, y compris celles du ministère de l’Intérieur.

Le groupe aurait accédé à plus de 800 000 dossiers confidentiels, ciblant même des comptes liés au bureau du président.

« Aucun État régi par l’État de droit ne peut tolérer cela », a réagi la Première ministre Giorgia Meloni à propos de l’enquête.

Celle-ci, menée par le procureur anti-mafia de Milan, Francesco De Tommasi, révèle des liens présumés entre l’association criminelle supposée et de hauts responsables de différents secteurs, dont la criminalité organisée et les services de renseignement italiens et étrangers.

Dans les documents, les procureurs décrivent le groupe comme un « danger pour la démocratie » et un « gang qui peut tenir les institutions sous son emprise ».

Les documents montrent que les membres de l’organisation se sont souvent vantés de leur capacité à interférer dans les enquêtes criminelles et les procédures judiciaires, et ont vendu leurs rapports à leurs « principaux clients », des personnes extrêmement influentes en Italie.

Les procureurs ont déclaré samedi 26 octobre que l’opération aurait été dirigée par la société d’enquête privée Equalize et structurée en « grappes », chaque participant ayant des contacts au sein des services de police et d’autres organismes publics qui auraient été exploités pour obtenir un accès illégal à des informations.

Dans des appels interceptés entre Nunzio Calamucci, un agent clé présumé du réseau et associé du PDG d’Equalize, et l’ancien officier supérieur de police Carmine Gallo, Nunzio Calamucci met en garde contre les risques de joindre des documents officiels tels que des relevés bancaires et des dossiers de police à des rapports, affirmant que « ces pièces jointes attirent inévitablement l’attention ».

Une des principales révélations concerne l’infiltration présumée du centre de données du ministère de l’Intérieur. Dans une écoute téléphonique datant d’octobre 2022, Nunzio Calamucci affirme que leur accès est basé sur une stratégie à deux niveaux : un virus « RAT » (virus d’accès à distance) inséré dans les serveurs du ministère, et le placement en interne de personnes de confiance au sein de l’équipe de maintenance du centre de traitement des données.

« Nous avons un énorme avantage avec cette configuration pour le moment, mais cela ne durera pas éternellement », aurait déclaré l’agent clé du réseau dans les appels interceptés, suggérant une course pour télécharger autant d’informations que possible avant que la brèche ne soit découverte.

« Nous avons quatre ans et demi de données d’avance », aurait-il ajouté.

Une autre faille importante pourrait concerner le bureau du président italien Sergio Mattarella. Une conversation d’octobre 2022, mise sur écoute, montre Nunzio Calamucci disant à Carmine Gallo qu’il a « accédé ou cloné » une adresse électronique appartenant au président italien.

Dans cette conversation, il mentionne l’avertissement apparent d’un contact d’utiliser une « imprimante intraçable » pour imprimer des documents sensibles et s’inquiète du fait que le compte cloné pourrait attirer une attention non désirée.

Selon les procureurs italiens, les disques durs saisis contiendraient de nombreux enregistrements de bases de données policières — connues sous le nom de données SDI — et auraient contenu jusqu’à 15 téraoctets d’informations classifiées.

Lors d’un appel téléphonique avec Carmine Gallo en janvier, Nunzio Calamucci se serait vanté de posséder « 800 000 enregistrements de SDI » et aurait parlé de projets visant à organiser ou à transférer « six à sept millions de clés USB » contenant de grandes quantités de données sensibles.

Giorgia Meloni, dans des extraits du livre du journaliste Bruno Vespa publié dimanche 27 octobre, affirme qu’aucun État de droit ne peut tolérer la collecte illégale de fichiers.

Parallèlement, le parquet de Bari a ouvert une enquête sur un ancien employé d’Intesa Sanpaolo accusé d’avoir accédé sans autorisation aux comptes bancaires de clients VIP à près de 7 000 reprises.

Parmi les personnes prétendument visées figurent Giorgia Meloni elle-même, le président du Sénat, Ignazio La Russa, la sœur de Giorgia Meloni, Arianna Meloni — cheffe de cabinet du parti Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni — et deux ministres du gouvernement.

« En ce qui concerne les dossiers, j’attends de la justice une enquête approfondie », a déclaré Giorgia Meloni, ajoutant que « dans le meilleur des cas, il s’agit d’un système de chantage et d’extorsion, mais dans le pire des cas, il s’agit d’un crime de subversion ».