Désarroi après le rejet de l’UE d'une mise en commun des besoins en renouvelable des industriels grecs

La Commission européenne a rejeté les projets du gouvernement grec visant à ce que les grands consommateurs industriels d’électricité mettent en commun leur demande d’énergie renouvelable afin de réduire leurs coûts d’exploitation, ce qui a suscité la consternation de l’industrie métallurgique.

Euractiv.com
Aluminium plant
En Europe, l’industrie n’a cessé de décliner au fil des ans, la production passant de plus de 4,5 millions de tonnes métriques il y a 15 ans à 2,7 millions aujourd’hui. [<a href="https://www.shutterstock.com/image-photo/pavlodar-kazakhstan-may-05-2012-aluminum-1902000511" target="_blank" rel="noopener">Alexey_Rezvykh / Shutterstock</a>]

La Commission européenne a rejeté les projets du gouvernement grec pour que les grands consommateurs industriels d’électricité mettent en commun leur demande d’énergie renouvelable afin de réduire leurs coûts d’exploitation. La position suscite la consternation de l’industrie métallurgique.

Correction : Les paragraphes mentionnant le producteur grec d’aluminium Mytilineos ont été modifiés pour refléter le point de vue de l’entreprise.

Le programme de mise en commun de la demande d’électricité renouvelable, dit « Green Pool » a été lancé par le gouvernement grec en juillet 2022 dans le cadre des mesures visant à réduire le coût de l’électricité, qui a explosé l’année dernière après l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Ce programme a été élaboré pour aider les grands consommateurs industriels d’électricité, tels que les producteurs d’aluminium, d’acier, de verre ou de ciment, à signer conjointement des accords d’achat d’électricité renouvelable, sous la supervision d’un organisme public agissant en tant qu’acheteur et vendeur unique pour les entreprises participantes.

Ce programme visait à atténuer les coûts liés à la réorganisation de la production industrielle en fonction de la nature variable de la production d’électricité renouvelable provenant d’installations éoliennes et solaires.

Ces coûts ont été identifiés par la Commission européenne comme un obstacle majeur empêchant les consommateurs industriels d’électricité de signer des contrats d’achat d’énergie renouvelable (PPA), que Bruxelles encourage actuellement dans le cadre de la réforme du marché de l’électricité qu’elle propose.

Toutefois, le projet a été rejeté vendredi (6 octobre) par la direction de la concurrence de la Commission européenne, selon Mytilineos, l’entreprise grecque d’aluminium et d’énergie.

La principale raison avancée par la Commission, selon l’entreprise grecque, est que les PPA ne peuvent pas être considérés comme des activités de « décarbonisation » des industries électro-intensives parce qu’ils ne font pas partie des émissions dites de portée 1 (scope 1, en anglais), c’est-à-dire celles dont les producteurs sont directement responsables.

Le raisonnement sous-jacent communiqué aux autorités grecques, ont-ils ajouté, est que la Commission ne veut pas que les industries à forte consommation d’énergie bénéficient de prix subventionnés pour l’électricité.

La Banque mondiale a identifié l’aluminium comme un métal « à fort impact » et « transversal » pour les technologies d’énergie verte allant des véhicules électriques à l’énergie solaire photovoltaïque et géothermique.

Mais en Europe, l’industrie n’a cessé de décliner au fil des ans, la production passant de plus de 4,5 millions de tonnes métriques il y a 15 ans à 2,7 millions aujourd’hui.

Contactée par Euractiv, la Commission européenne n’a pas répondu aux courriels et aux appels téléphoniques demandant des commentaires. La représentation permanente de la Grèce à Bruxelles a également refusé tout commentaire.

Consternation dans l’industrie métallurgique

Du côté de l’industrie, Guy Thiran, le directeur général d’Eurometaux, a réagi avec consternation.

« Nous sommes surpris et déçus que la Commission européenne ait rejeté la proposition grecque de Green Pool », a déclaré M. Thiran à Euractiv, affirmant que le programme cochait toutes les cases en termes de décarbonisation, de compétitivité et de déploiement des énergies renouvelables.

« Il s’agit d’un modèle crucial qui aiderait également le secteur de la métallurgie et de l’électricité à se décarboniser dans d’autres États membres de l’UE», a-t-il déclaré dans des commentaires envoyés par e-mail à Euractiv.

Selon M. Thiran, le programme aurait permis de maintenir la fabrication de l’aluminium à l’intérieur des frontières de l’UE à un moment où la bauxite, l’alumine et l’aluminium ont été ajoutés à la liste des matières premières critiques de l’UE.

« Les producteurs de métaux à forte consommation d’électricité sont encore à genoux à cause de la crise énergétique » causée par la guerre en Ukraine, a déclaré M. Thiran. « Si l’Europe veut vraiment maintenir sa production de métaux stratégiques ‘Made in Europe’, nous avons besoin de toute urgence de vraies solutions comme le Green Pool », a-t-il ajouté.

Paul Voss, directeur général de l’association professionnelle European Aluminium, s’est montré tout aussi contrarié.

« Nous sommes profondément troublés et véritablement choqués par le rejet de cette initiative innovante », a-t-il déclaré à Euractiv.

« Non seulement cette décision mine dangereusement les arguments en faveur de l’investissement dans l’énergie solaire et éolienne en Grèce, mais elle envoie un message clair selon lequel l’industrie à forte intensité énergétique, même lorsqu’elle est alimentée par des énergies renouvelables, n’est tout simplement plus souhaitée en Europe. »

Selon Mytilineos, le Green Pool aurait permis de réaliser directement 4 GW de nouveaux investissements dans l’énergie éolienne et solaire en Grèce, tout en garantissant des prix de l’électricité abordables pour les industries à forte consommation d’énergie.

En outre, le système aurait pu être facilement reproduit dans d’autres pays, raison pour laquelle il a été soutenu par d’autres associations professionnelles européennes telles que BusinessEurope et WindEurope.

Industrie forte

Pour l’industrie de l’aluminium, la frustration est d’autant plus grande que l’UE a récemment parlé d’« autonomie stratégique » dans le secteur des matières premières et de l’énergie.

En décembre dernier, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a promis une «réponse structurelle » avec des règles européennes simplifiées en matière d’aides d’État en réponse au programme américain de subventions vertes, l’Inflation Reduction Act (IRA).

Le mois dernier, la présidente de la Commission a annoncé que le Green Deal européen entrait dans une nouvelle phase axée sur la politique industrielle, en commençant par le lancement d’une série de dialogues sur la transition écologique avec les différents secteurs de l’industrie.

« L’avenir de notre industrie des technologies propres doit se construire en Europe », a déclaré Mme von der Leyen dans son discours annuel sur l’état de l’Union devant le Parlement européen.

Cependant, la décision de la Commission sur le programme Green Pool semble contredire ces déclarations, selon European Aluminium.

« Comment pouvons-nous concilier cette approche avec toutes les discussions récentes sur l’autonomie stratégique et l’industrie durable ? » a demandé M. Voss. « L’externalisation de l’industrie lourde vers d’autres régions à plus forte intensité de carbone peut sembler être un moyen facile d’économiser de l’énergie et de réduire les émissions en Europe, mais son impact final sera de compromettre fatalement notre économie, notre sécurité et notre environnement. »

« Ce n’est pas la voie à suivre », a-t-il conclut.