Draghi s’inquiète des écarts de compétitivité dans la zone euro

Pour sa première prise de parole en France, le président de la Banque centrale européenne a incité les pays de la zone euro à ne pas relâcher leurs efforts en matière de réformes économiques.

EURACTIV.fr
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Pour sa première prise de parole en France, le président de la Banque centrale européenne a incité les pays de la zone euro à ne pas relâcher leurs efforts en matière de réformes économiques.

Le nouveau patron de la Banque centrale européenne figurait parmi les invités d’honneur les plus attendus. S’exprimant devant un parterre d’entrepreneurs, lors d’un colloque consacré aux « défis de la compétitivité », mardi 13 mars, Mario Draghi a fait une critique en pointillé du modèle français.

Malgré les difficultés, la compétitivité européenne reste « globalement (…) positive », a-t-il constaté, tout en s’inquiétant des divergences internes.

L’Italien voit dans les déséquilibres des soldes courants une bonne manière d’identifier les bons et mauvais élèves. « Les déficits courants de plus en plus importants ont résulté de pertes significatives de compétitivité au niveau national, témoignant de déséquilibres macroéconomiques nationaux et de difficultés structurelles plus profondes ». Un tacle pour la France qui affiche encore un déficit public de 5,3% en 2011 contre 1% pour l’Allemagne.

L’évolution du prix de main d’oeuvre a un impact sur la productivité et le coût du travail. « Une comparaison des pays en excédent courant et des pays en déficit montre que depuis l’introduction de l’euro, les coûts unitaires de main-d’oeuvre ont augmenté de 28% dans les seconds, soit deux fois et demi plus que dans les premiers ». Là encore, alors que les salaires allemands ont stagné depuis une dizaine d’années, ceux des Français se sont appréciés.

Intégrité de la zone euro

Dès 2008, l’économiste français Olivier Blanchard (aujourd’hui au Fonds monétaire international) avait conseillé au Portugal de baisser les salaires de 25%. Tollé dans le pays, qui avait refusé de s’y plier. En somme, le pays doit faire aujourd’hui ce qu’il n’a pas fait hier, a résumé Mario Draghi.

Il n’y a donc pas d’autres solutions pour les pays européens que de « résorber et renforcer leur compétitivité pour leur prospérité propre et pour la stabilité de l’union monétaire » a-t-il lancé. « Si nous ne procédons pas à des réformes tous ensemble, il sera difficile de maintenir l’intégrité de la zone euro ».

1000 milliards d’euros

L’ancien banquier de Goldman’s Sachs a cependant tenu à nuancer le tableau. « De nombreux signes de stabilisation de l’économie de la zone euro » sont constatés. Il a aussi rappelé que toutes les mesures prises par la BCE depuis son arrivée « sont de nature à soutenir la croissance ». De quoi satisfaire son auditoire français, sensible à l’idée que l’institution de Francfort ne doit pas se limiter à la lutte contre l’inflation. 

Ménageant également l’Allemagne, Mario Draghi a aussitôt précisé qu’il restait « vigilant quant au risque d’inflation », mais celui-ci ne « se concrétise pas à l’heure actuelle ». 

Entre décembre 2011 et février 2012, la BCE a irrigué les banques de plus de 1000 milliards d’euros grâce à des prêts à trois ans. Le but de ces opérations réservés aux périodes de crise est de redonner confiance aux établissements financiers pour qu’ils se remettent à financer l’économie réelle en prêtant aux entreprises.