Élargissement : l’UE doit augmenter son budget, selon une conseillère d’Emmanuel Macron
Pour mener à bien l’élargissement, l’UE devra dépenser beaucoup et faire face aux défis mondiaux de manière autonome, étant donné que les États-Unis perdent peu à peu leur intérêt pour l’Europe, a déclaré Garance Pineau, la conseillère Europe du président français, vendredi dernier.
Pour mener à bien l’élargissement, l’Union européenne devra dépenser beaucoup et faire face aux défis mondiaux de manière autonome, étant donné que les États-Unis perdent peu à peu leur intérêt pour l’Europe, a déclaré Garance Pineau, la conseillère Europe du président français, lors d’une conférence vendredi dernier (20 octobre).
À l’approche du sommet des dirigeants européens de cette semaine (26-27 octobre), les gouvernements nationaux discutent de la structure finale du prochain budget de l’UE. Certains États, notamment l’Allemagne, souhaitent revoir à la baisse l’augmentation des dépenses liées à l’aide additionnelle en Ukraine.
Toutefois, la conseillère Europe du président français, Garance Pineau, a clairement indiqué qu’une augmentation du budget de l’UE était nécessaire pour la France si l’UE souhaitait être à même de contrer les effets négatifs d’une nouvelle vague d’élargissement et renforcer ses capacités.
« Nous devons changer notre conception de l’organisation financière de l’Union. Cela implique d’augmenter le budget actuel, mais aussi de mobiliser des capitaux privés », a déclaré Mme Pineau à l’occasion lors d’une conférence au centre Jacques Delors, à Berlin.
Selon elle, c’est là le seul moyen viable de remédier aux disparités entre les membres actuels et les futurs membres, tels que l’Ukraine, et de garantir que tout l’argent n’ira pas aux nouveaux membres au moment de leur adhésion.
Pour la France, l’élargissement et la hausse des dépenses font partie d’une mission plus large visant à améliorer la capacité d’action autonome de l’Union européenne, en particulier sur la scène internationale. Le président français a par exemple popularisé l’expression « souveraineté européenne » en 2017 lors d’un discours sur la politique européenne donné à la Sorbonne.
Actuellement, l’UE autorise les États membres à subventionner leurs industries plus qu’à l’accoutumée pour faire face aux politiques industrielles américaines et chinoises. Toutefois, cela a suscité la crainte d’une fragmentation du marché unique européen, l’Allemagne et la France devançant largement le reste du bloc en matière de dépenses.
Un fonds de souveraineté au niveau européen, initialement annoncé l’année dernière pour contrer ces risques de fragmentation, a été tué dans l’œuf par la résistance de certains États membres, en particulier de l’Allemagne.
La réindustrialisation, clé de l’autonomie
Concernant la nécessité d’une plus grande autonomie pour l’Europe, Mme Pineau a déclaré que l’agression russe en Ukraine et la diffusion de désinformation étaient des défis majeurs pour les démocraties européennes et que l’UE devrait les affronter de manière de plus en plus autonome, affirmant que « les États-Unis s’intéresseront de moins en moins à l’UE et de plus en plus à la Chine ».
« Cela signifie que nous devons réindustrialiser l’UE, c’est-à-dire augmenter notre capacité de production et investir massivement dans l’innovation et les technologies de pointe », a expliqué Mme Pineau.
Elle a également insisté sur la nécessité d’une « doctrine de sécurité économique », à savoir un effort conjoint pour accroître les investissements à l’extérieur de l’UE afin de gagner la confiance de pays tiers.
À cet égard, la France plaide actuellement pour que la Banque européenne d’investissement (BEI) joue un rôle plus important dans des domaines géostratégiques.
En ce qui concerne le prochain budget, Mme Pineau est restée sobre dans ses attentes. Si le budget est augmenté pour tenir compte de l’aide à l’Ukraine, d’autres pays demanderont plus de moyens pour leurs propres priorités, de sorte qu’un certain complément sera inévitable, a-t-elle indiqué.
« Je pense que nous aurons moins d’argent pour chaque point du budget, mais que tous les points actuels seront préservés », a-t-elle déclaré, laissant entrevoir un compromis potentiel.
[Édité par Davide Basso & Anne-Sophie Gayet]