Élections grecques : Athènes sans Mitsotakis ?
Mitsotakis a de fortes chances de remporter les prochaines élections, mais il pourrait tout de même perdre son poste de Premier ministre
ATHÈNES – Le parti au pouvoir en Grèce, la Nouvelle Démocratie, reste le favori pour remporter les prochaines élections législatives grecques, mais son chef de file, Kyriakos Mitsotakis, pourrait ne pas survivre à cette victoire.
Les sondages indiquent que le parti conservateur pourrait arriver en tête sans pour autant obtenir suffisamment de sièges pour gouverner seul. Mitsotakis se retrouverait alors à la recherche de partenaires de coalition peu enclins à le maintenir au poste de Premier ministre.
Le parti vise toujours à obtenir une majorité parlementaire absolue dès le premier tour, afin d’éviter ce que les responsables gouvernementaux ont qualifié de « chaos politique ».
Bruxelles, quant à elle, suit la situation de près. La Grèce doit assumer la présidence tournante du Conseil de l’UE en juillet 2027 et une impasse politique prolongée à Athènes pourrait compliquer les préparatifs.
Élections anticipées
Bien que les élections législatives ne soient prévues qu’en 2027, les spéculations sur un scrutin anticipé s’intensifient, alors qu’une série de scandales met le gouvernement sous pression et menace de bouleverser les projets de Mitsotakis.
Les premiers procès de quatre députés de la Nouvelle Démocratie, qui seraient impliqués dans un vaste scandale lié aux subventions agricoles de l’UE, devraient débuter à l’automne.
Selon la journaliste Gianna Papadakou, le Parquet européen devrait également mener des enquêtes supplémentaires sur l’affectation des fonds issus du plan de relance grec de 36 milliards d’euros.
Papadakou, qui a précédemment travaillé pour la délégation de Syriza au Parlement européen, a déclaré qu’une grande partie de ces fonds « a été acheminée vers une trentaine d’entreprises ».
Un scandale de mises sur écoute qui dure depuis longtemps, et qui a aliéné les partis d’opposition ainsi que des milieux d’affaires influents, est venu s’ajouter aux problèmes du gouvernement. Mitsotakis a toutefois réussi jusqu’à présent à surmonter ces tempêtes.
Mitsotakis sous les feux de la rampe
La question est désormais de savoir s’il pourra réitérer cet exploit aux urnes et, même si la Nouvelle Démocratie l’emporte, s’il parviendra à rassembler suffisamment de soutien pour rester au pouvoir.
« Un gouvernement dirigé par Mitsotakis est hors de question », a déclaré l’analyste politique Lefteris Kousoulis à Euractiv.
Jusqu’à présent, aucun grand parti d’opposition n’est disposé à gouverner avec Mitsotakis.
Tant le parti ELAS, récemment fondé par l’ancien Premier ministre Alexis Tsipras et qui occupe désormais la deuxième place dans les sondages, que le parti socialiste PASOK ont exclu toute coopération avec la Nouvelle Démocratie.
Kousoulis a affirmé que l’incapacité de la Nouvelle Démocratie à obtenir la majorité absolue dès le premier tour signifierait que les électeurs auraient également rejeté la stratégie politique incarnée par Mitsotakis lui-même.
Depuis le rétablissement de la démocratie en 1974, la Grèce n’a jamais eu de Premier ministre qui ne fût pas le chef de file du plus grand parti.
« Le Premier ministre provoquera un chaos politique s’il s’obstine à rester en poste et devient un obstacle à la formation d’un gouvernement », a-t-il ajouté.
Le paysage politique pourrait se compliquer encore davantage si l’ancien Premier ministre Antonis Samaras, partisan d’une ligne dure en matière de politique étrangère, décidait de créer un nouveau parti, ce qui risquerait d’éloigner les électeurs conservateurs de la Nouvelle Démocratie.
Les relations avec la Turquie voisine, qui, selon les analystes, devraient connaître une grave escalade à l’automne, jouent en faveur de Samaras, qui a toujours adopté une position intransigeante envers Ankara.
Les scénarios
Selon Giorgos Trapalis, directeur de recherche chez Good Affairs, un institut de sondage, Mitsotakis dispose de deux voies réalistes pour rester Premier ministre.
Il pourrait obtenir la majorité absolue, ou remporter une victoire suffisamment large pour former une coalition avec un parti plus petit disposé à l’accepter comme Premier ministre. Aucune de ces deux voies ne semble pour l’instant évidente.
« Pour l’instant, la Nouvelle Démocratie ne semble pas avoir l’élan nécessaire pour obtenir la majorité absolue, même lors d’un second tour », a-t-il déclaré à Euractiv.
Trapalis a indiqué que parmi les partenaires de coalition potentiels figuraient le PASOK, le parti d’extrême droite Voix de la Raison et, éventuellement, un parti dirigé par Samaras.
Mais aucun ne semble disposé à accepter que Mitsotakis reste au pouvoir.
La situation ne semble guère plus facile pour l’opposition. D’après les sondages actuels, une alliance entre l’ELAS, le PASOK et des petits partis de gauche ne suffirait pas à obtenir la majorité parlementaire.
Mitsotakis garde son dernier atout en réserve pour la Foire internationale de Thessalonique qui se tiendra dans les prochains jours, où il devrait annoncer un ensemble de mesures économiques.
(mm, cs)