Emballage alimentaire : le jetable plus écologique que le réemploi ?

Trois ans après la promulgation de la loi française anti-gaspillage pour une économie circulaire prévoyant la fin des emballages à usage unique, une nouvelle étude annonce que ces derniers emballages seraient plus écologiques que les emballages réutilisables.

Euractiv France
This article is part of our special report "Emballages : réutiliser ou recycler ?"
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Depuis le 1er janvier 2023, la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (AGEC) oblige les restaurants rapides à utiliser de la vaisselle réutilisable pour les repas et les boissons servis sur place. [Nikita Burdenkov / Shutterstock]

Trois ans après la promulgation de la loi française anti-gaspillage pour une économie circulaire prévoyant la fin des emballages à usage unique, une nouvelle étude annonce que ces derniers emballages seraient plus écologiques que les emballages réutilisables. 

Le secteur de la restauration rapide en France produit 200 000 tonnes d’emballages chaque année, qui sont immédiatement jetés après utilisation, même pour les repas consommés sur place, selon le ministère français de l’Environnement.

Depuis le 1er janvier 2023, la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (AGEC) oblige les restaurants rapides à utiliser de la vaisselle réutilisable pour les repas et les boissons servis sur place.

Le ministère français de l’Environnement a déclaré que cette mesure permettrait de réduire la consommation de plastique et de carton, dont le poids équivaut à environ 20 tours Eiffel ou à 20 milliards d’articles de vaisselle jetables en moins.

La loi française s’inspire du règlement de l’UE sur les emballages et les déchets d’emballages (PPWR). Une révision présentée en novembre dernier vise à interdire les emballages à usage unique dans les restaurants à partir du 1er janvier 2030, soit sept ans après la France.

Mais trois ans après l’adoption de la loi AGEC, est-elle un succès ?

Pour certains, la réponse est indéniablement oui.  C’est « un pas dans la bonne direction », estime Marta de Cidra, sénatrice Les Républicains (LR – droite) et vice-présidente de la commission du développement durable du Sénat.

Selon elle, le réemploi stimule l’économie locale, alors que les emballages à usage unique « peuvent venir du monde entier », a-t-elle déclaré lors d’un événement organisé le 12 avril à Paris.

Or, nombre d’observateurs s’accordent à dire que les mesures qui peuvent paraitre les plus intuitives, comme réutiliser les emballages, ne sont pas forcément les meilleures.

Présentée lors de l’évènement, une étude du cabinet de conseil suédois Ramboll pour l’European Paper Packaging Alliance (EPPA) regroupant les principaux acteurs des emballages alimentaires en papier-carton en Europe, fait le point en la matière.

L’étude a comparé l’impact environnemental de chaque produit de vaisselle à plusieurs facteurs, notamment les émissions de CO2, la consommation d’eau et l’épuisement des ressources minérales et fossiles.

L’étude identifie les « points chauds » environnementaux des systèmes jetables et réutilisables, à savoir la production de papier pour les premiers et le lavage et le séchage pour les seconds.

Sa conclusion est que la vaisselle réutilisable consomme toujours plus d’énergie et d’eau que les articles jetables, quels que soient les matériaux alternatifs considérés : vaisselle en plastique, en porcelaine ou en métal, avec des taux de recyclage variables.

Au niveau européen, le passage à la vaisselle réutilisable en vente sur place est susceptible de générer 2,8 fois plus de CO2 et de consommer 3,4 fois plus d’eau, selon l’étude.

Tableau récapitulatif des conséquences estimées du réemploi d’emballages par rapport aux emballages jetables pour la vente de nourriture en salle.

Réutilisation et recyclage ne s’excluent pas l’un l’autre

David Schisler, président de CEE R Schisler, l’un des principaux fournisseurs de vaisselle pour la restauration rapide, a participé à l’événement.

Faisant écho aux commentaires de la sénatrice Marta de Cidra, M. Schisler a souligné que le secteur du papier et du carton est une industrie véritablement européenne qui fournit des emplois locaux et de la croissance économique aux pays et régions de l’UE.

À l’inverse,  « si McDonald’s passait aux assiettes en porcelaine, elles ne viendraient certainement pas d’Europe », ironise-t-il lors de l’évènement.

Quoi qu’il en soit, les emballages jetables et réutilisables ne s’excluent pas mutuellement, a souligné Jean Hornain, directeur général de Citeo, une société à but non lucratif chargée de mettre en œuvre l’obligation de l’industrie de l’emballage de recycler les déchets ménagers en France, lors de l’évènement.

La détermination de la meilleure solution dépend en effet des cas d’utilisation individuels, a déclaré M. Hornain. La réutilisation peut en effet être plus respectueuse de l’environnement si l’emballage est fabriqué localement, s’il est standardisé et si les taux de retour sont élevés, note Citeo.

Mais pour d’autres produits, « le bilan environnemental et économique de la réutilisation est moins efficace que son équivalent recyclé à usage unique », précise M. Citeo.

Par conséquent, « nous devons continuer à recycler pour donner à nos citoyens confiance dans notre capacité à relever le défi du changement climatique », a déclaré M. Hornain.

Cela est d’autant plus vrai que la question des emballages à emporter risque de devenir de plus en plus cruciale à mesure que la consommation d’aliments à emporter se répandra. Tendance que souligne Mme de Cidrac selon qui,  « aujourd’hui, un jeune sur deux ne peut se passer de la livraison à domicile de ses produits alimentaires« .

60 % des 18-34 ans sont des clients plus ou moins réguliers des services de livraison, confirme en ce sens une enquête de l’IFOP pour Hello My Business.

La sénatrice s’interroge donc : s’il est plus efficace écologiquement, l’usage unique permettra-t-il en revanche les changements de comportement ?