En 2022, la France est importatrice nette d’électricité pour la première fois en 42 ans

Le gestionnaire de réseau d’électricité français, RTE, annonce jeudi (16 février) que la France est importatrice d’électricité sur l’année 2022, avec de grandes conséquences sur la facture énergétique du pays.

Euractiv France
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Mercredi (11 janvier) à 18h00, la France exportait environ 7000 mégawatts (MW) d’électricité vers ses voisins anglais, suisse, italien et espagnol. En réalité, depuis le 1er janvier, la France est de nouveau exportatrice nette d’électricité, et sans discontinuité — si ce n’est une importation nette de quelques dizaines de MW le 6 janvier dans la matinée. [hpphtns / shutterstock]

Le gestionnaire de réseau d’électricité français, RTE, a annoncé jeudi (16 février) que, la France a été importatrice d’électricité en 2022, avec de grandes conséquences sur la facture énergétique du pays. 

Comme tous les autres pays européens, la France a fait face en 2022 aux effets de la guerre en Ukraine sur les prix et l’approvisionnement en énergie, des contraintes sur son parc nucléaire et hydraulique.

En conséquence, la France a dû importer massivement depuis ses voisins européens pour combler la baisse de sa production. Assez pour connaître une « inversion du solde » d’import-export de la France, avance Thomas Veyrenc, responsable Stratégie chez RTE, lors d’une conférence de presse jeudi (16 février). 

Cette situation est presque inédite, puisqu’il s’agit d’une première depuis 1980. 

Solde électrique négatif

En 2022, la production totale d’électricité française s’est établie à 445,2 térawattheures (TWh), en baisse de 15% par rapport à la moyenne entre 2014 et 2021, soit un plus bas depuis 1992, annonce RTE.

La France a en effet connu de nombreuses problématiques mettant à mal son parc électrique.

D’abord, le dysfonctionnement de son parc nucléaire comptant normalement pour 50 à 70% du mix électrique français.

Le calendrier de maintenance des réacteurs retardé par la crise de la Covid-19 et des problèmes de corrosion sous contraintes sur certains réacteurs, dont les plus puissants, l’ont en effet rendu moins disponible que les années précédentes.

Le taux d’indisponibilité a ainsi dépassé les 46% en moyenne sur l’année, battant tous les records.

Aujourd’hui, le parc a de nouveau atteint une production probante, bien supérieure à l’année 2022, avec 43 réacteurs en fonctionnement au 16 février. 

« La trajectoire de remise en service des réacteurs est exactement conforme à nos prévisions », déclare Thomas Veyrenc. 

En revanche, en 2023, la production restera inférieure à la moyenne des années 2015 à 2021.

En parallèle, la production hydraulique de 49,6 TWh a également atteint un niveau très bas, non atteint depuis 1976, en raison d’une année parmi les plus chaudes jamais enregistrée, ayant entrainté une sécheresse exceptionnelle durant l’été.

Les productions éoliennes et solaires ont quelque peu contrebalancé ce bilan, mais ce sont surtout les importations qui ont fortement compté dans l’équilibre.

Le soutien des voisins et du marché

Pour stabiliser son réseau et éviter les pénuries, la France a pu compter sur le soutien de ses voisins européens. Les importations se sont ainsi élevées à 16,5 TWh, amenant à une inversion du solde import-export, qui d’ordinaire est favorable à la France. 

À titre de comparaison, la France avait exporté plus de 43 TWh en 2021, rappelle RTE. 

L’essentiel des importations — qui représentent 60 % du solde négatif — s’est concentré sur les mois de juillet, août et septembre, au plus fort des problématiques sur le parc nucléaire et alors que les efforts de sobriété énergétique n’avaient pas commencé à apporter leurs effets.

Depuis lors, RTE peut constater que la baisse de la consommation d’électricité sur l’année a été de 4,2% par rapport à la moyenne des années 2014-2019, proches des données de l’année marquée par le Covid-19 — principalement 2020.

En outre, Thomas Veyrenc insiste sur l’importance du marché européen de l’électricité, dans cette période de trouble sur son rôle en raison des prix de l’électricité qui se sont envolés. 

« Le système d’interconnexion adossé au marché européen de l’électricité de court terme a conduit à une inversion instantanée des flux permettant de maintenir la performance du système », déclare-t-il. 

Il précise toutefois que, comme de nombreux acteurs tels que les États membres et la Commission européenne elle-même, RTE est favorable à une réforme de son fonctionnement pour « stabiliser les prix de l’électricité ».

En conséquence de ces troubles, la facture énergétique de la France devrait tout de même s’élever à 115 milliards d’euros, portée par une moyenne des prix spot — court terme —  de 276 euros par mégawattheure (€/MWh) en 2022, contre 109 €/MWh en 2021.

Entre 2010 et 2019, la facture n’a pas dépassé les 80 milliards d’euros.

L’importation de combustibles fossiles, notamment de gaz naturel liquéfié (GNL) a avant tout dopé cette facture, bien plus que les importations des électricités comptant pour 7 milliards d’euros, toutefois en hausse significative par rapport aux années précédentes.