En Allemagne, une communication inefficace freine la rénovation des bâtiments

Malgré un soutien gouvernemental important et un cadre politique solide, le secteur allemand de la construction peine à atteindre l’objectif climatique d’amélioration de l’efficacité énergétique des logements, ce que les experts attribuent à un « échec de communication » avec le public.

EURACTIV.com
Launch of digital electricity metering systems in Schleswig-Holstein
Une étude récente montre que le taux d’adoption est proche de 10 %, ce qui est encore loin de l’objectif gouvernemental de 20 % d’ici à la fin de 2025, date à laquelle les compteurs intelligents seront obligatoires pour les consommateurs dont la consommation annuelle est supérieure à 6 000 kW ou dont l’énergie solaire photovoltaïque est supérieure à 7 kW — ce qui est un droit que chaque ménage peut revendiquer volontairement. [Markus Scholz/picture alliance via Getty Images]

Malgré un soutien gouvernemental important et un cadre politique solide, le secteur allemand de la construction peine à atteindre l’objectif climatique d’amélioration de l’efficacité énergétique des logements, ce que les experts attribuent à un « échec de communication » avec le public.

Les experts allemands attribuent aux bâtiments entre 30 et 40 % des émissions totales de carbone du pays. Les deux éléments essentiels identifiés pour reduire cette empreinte sont les rénovations visant à améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments et l’installation de systèmes de chauffage et de refroidissement sans carbone, mais le secteur de la construction du pays peine à généraliser ces travaux.

Axel Gedaschko, président de l’Association allemande des sociétés de logement et d’immobilier, a récemment expliqué lors d’un événement industriel que le taux de rénovation des bâtiments en Allemagne était « bloqué à seulement 0,7 % depuis des années », soit moins de la moitié de ce qui serait nécessaire pour atteindre les objectifs du gouvernement.

En effet, sept bâtiments sur dix en Allemagne ont été construits avant l’entrée en vigueur de la première réglementation nationale en matière de protection thermique de 1977 et, selon une présentation de l’Agence allemande de l’énergie (Deutsche Energie-Agentur/dena), plus des trois quarts de la chaleur sont produits à l’aide de combustibles fossiles, état donné que la moitié des systèmes de chauffage ont été installés il y a plus de 20 ans.

S’exprimant lors du « Klimafestival » — un salon de l’industrie de la construction durable qui s’est tenu à Berlin à la fin du mois de novembre — Guido Sinn, directeur technique de la coopérative de logement BWB, a décrit les défis auxquels est confronté le secteur, expliquant que « tout part rapidement en vrille ».

Guido Sinn et d’autres représentants du secteur affirment que, si un cadre de soutien structurel est en place, le défi en termes de mise en œuvre réside dans la méfiance et le manque de connaissances du public concernant les projets de rénovation nécessaires pour améliorer l’efficacité énergétique de leurs habitations.

Heike Marcinek, spécialiste de la transformation des logements pour une neutralité nette chez dena, explique que si l’efficacité énergétique est « la clé, […] sa mise en œuvre est épuisante ».

Dans sa présentation au salon de l’industrie, elle a souligné que les modifications dans les politiques relatives à l’efficacité énergétique des bâtiments, ou même la suggestion de changements possibles, ont semé la confusion parmi les citoyens.

Les analystes ont souvent cité la loi sur l’énergie dans les bâtiments de la coalition gouvernementale — aujourd’hui dissoute — que beaucoup appellent la « loi sur le chauffage », comme un exemple d’échec de communication.

La couverture médiatique et le partage d’information n’ont pas non plus réussi à contrer les récits trompeurs, au point que certains électeurs allemands peu informés ont pu croire que le ministre de l’Économie Robert Habeck « voulait supprimer leur chauffage central ».

Les compteurs communiquants comme étude de cas

En ce qui concerne l’importance de la communication avec le public, le déploiement des compteurs communiquants en Allemagne doit être mentionné.

Une étude récente montre que le taux d’adoption est proche de 10 %, ce qui est encore loin de l’objectif gouvernemental de 20 % d’ici la fin de 2025, date à laquelle les compteurs communiquants seront obligatoires pour les consommateurs dont la consommation annuelle est supérieure à 6 000 kW ou dont la production d’énergie solaire photovoltaïque est supérieure à 7 kW.

Selon une enquête réalisée par le principal centre de conseil aux consommateurs du pays, 61 % des ménages allemands souhaiteraient qu’un compteur communiquant soit installé. Cependant, 81 % d’entre eux ne savent pas qu’ils ont droit à une installation sur demande, et déclarent donc ne pas avoir l’intention d’en installer un chez eux.

Espoirs et craintes

Dans un document soumis au gouvernement allemand, l’Institut de Potsdam pour l’impact sur le climat (Potsdam Institute for Climate Impact) considère qu’une « campagne d’information à grande échelle » est la première des six mesures nécessaires. Dans ce document, le think tank souligne l’importance de la « clarté, de la transparence et d’un langage simple ». En outre, l’Institut Fraunhofer souligne que « les principaux problèmes d’acceptation — un rapport coût-bénéfice favorable et un niveau élevé de protection des données — devraient être abordés ».

Mais avec l’augmentation des factures d’électricité, les gens sont de plus en plus conscients — et furieux — de l’impact que l’efficacité énergétique de leur maison peut avoir sur leur porte-monnaie.

Les rénovations de modernisation sont devenues un facteur que la plupart des acheteurs considèrent presque autant que l’emplacement d’un bâtiment, a rapporté l’ARD.

[Édité par Anna Martino]