En Europe, la Covid-19 a fragilisé un peu plus encore les ménages les plus pauvres

Les eurodéputés de la commission COVI ont entendu des représentants d'ONG et de la société civile, lundi et mardi (28 et 29 novembre), sur la manière dont la pandémie a affecté les ménages les plus pauvres.

Euractiv France
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Les personnes en situation de précarité ont également eu plus de difficultés à se protéger du coronavirus. [Ground Picture/Shutterstock]

Les eurodéputés de la commission COVI ont entendu des représentants d’ONG et de la société civile, lundi et mardi (28 et 29 novembre), sur la manière dont la pandémie a affecté les ménages les plus pauvres.

« La pandémie de Covid est une crise sanitaire et sociale. Pendant la crise, les plus pauvres ont subi les pires conséquences et sont devenus encore plus pauvres », a déclaré Kahina Rabahi du Réseau européen de lutte contre la pauvreté face aux députés du Parlement européen, faisant référence à des familles monoparentales, des personnes handicapées, les Roms, des travailleurs en première ligne comme le personnel soignant et les employés de supermarché.

De nombreux acteurs présents en Commission COVI ont reproché aux gouvernements européens de ne pas avoir assez soutenu cette partie de la population financièrement d’une part, et dans l’accès aux soins d’autre part.

Selon Mme Rabahi, « la Covid-19 a montré que l’Etat providence était en déclin ».

Pour autant, plusieurs gouvernements européens ont mis en place des allocations pour soutenir les personnes en difficulté financière pendant la pandémie.

En Autriche, par exemple, le fonds pour les familles en difficulté a permis de soutenir les ménages dont l’un des deux parents avait été licencié.

« Mais nombreuses sont les personnes exclues de ces allocations », a souligné Mme Rabahi, citant entre autres les étudiants, les travailleurs des plateformes, les prostituées ou encore les artistes.

D’autant que ces métiers sont généralement exercés par des femmes, des migrants ou des personnes issues d’une minorité, soit des personnes qui se trouvaient déjà en situation de précarité après la crise financière de 2008, a rappelé Mme Rabahi.

« Les mesures mises en place par les différents gouvernements ont-elles été discriminatoires ? », a demandé à Mme Rabahi l’eurodéputé (S&D) Sara Cerdas.

« Oui et non », a répondu cette dernière, avant de préciser : « si elles n’excluaient pas les personnes de la pauvreté, la plupart de ces mesures n’étaient pas adaptées ».

Accès aux soins limité

Les personnes en situation de précarité ont également eu plus de difficultés à se protéger du coronavirus. À titre d’exemple le risque d’infection était plus élevé pour les soignants et il était quasi impossible de se faire tester ou vacciner pour les sans-abris.

Globalement les personnes en situation de précarité bénéficient d’un accès aux soins plus limités que les personnes aisées.

En France par exemple, en cas d’accident vasculaire cérébral, « appartenir au quart des ménages les plus modestes diminue de 10% les chances d’être pris en charge dans ce type d’unité, par rapport au quart des ménages les plus aisés », selon un rapport de la Direction de la Recherche, des Études, de l’Évaluation et des Statistiques (Drees) publié en 2021.

Des chiffres qui se vérifient également dans les soins de santé plus courants comme les soins dentaires et l’ophtalmologie qui ne sont en général pas couverts par les assurances.

« Certaines personnes pauvres préfèrent se faire arracher une dent plutôt que de la soigner. D’une, car la soigner coûte plus cher, et de deux car ils attendent trop longtemps et l’extraction n’est plus évitable », selon Mme Rabahi.

La Commission COVI a également révélé que la pandémie avait eu un impact « négatif » sur la santé mentale des plus pauvres.

L’augmentation des factures et du budget course à la suite des différents confinements a généré un « stress supplémentaire » aux familles, selon l’eurodéputé (PPE) Cindy Franssen.

Sans oublier que si les soignants se sont vus qualifiés de « héros » partout en Europe, ils sont restés dans une situation économique fragile et leurs revenus ont peu ou pas augmenté.

Fracture numérique

La Commission COVI a longuement insisté sur une autre fracture entre les plus modestes et les plus aisés : l’accès au numérique.

La pandémie et les mesures de restrictions successives ont accéléré l’essor du numérique dans le domaine de la santé, où de nombreux services ont été numérisés. Les patients peuvent ainsi, via des plateformes en ligne, prendre rendez-vous chez le docteur, consulter leurs résultats d’analyse médicale ou encore faire une consultation à distance.

Si ces progrès sont « considérables », ils sont aussi une « vraie préoccupation », a relevé Kirsten Rennie de l’École de médecine clinique de l’Université de Cambridge.

« L’accès aux soins en ligne ne tient pas compte de la fracture numérique et de l’accès aux données », a-t-elle expliqué, citant en exemple le grand nombre de foyers ne possédant qu’un seul smartphone.

Il faut « éviter de refaire les mêmes erreurs » que pendant la pandémie et garantir un « accès de base » notamment pour ceux qui n’ont pas « la maîtrise des outils numériques », a confirmé Mme Franssen.

« Il y a un manque d’investissement dans les services essentiels et une criminalisation de la pauvreté. L’État providence doit s’investir et mettre un terme à la stigmatisation de la pauvreté », a conclu Mme Rabahi.