Touchés par la précarité, un tiers des Européens renoncent à se faire soigner

Un nouveau sondage du Secours populaire témoigne de la vague de pauvreté qui touche l’Europe, obligeant les plus précaires à renoncer à des besoins essentiels comme se nourrir ou se soigner.

Euractiv.com
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Plus d’un Européen sur trois (34%) a déjà renoncé à se faire soigner en raison de sa situation financière.   [Shutterstock/Zetar Infinity]

Un nouveau sondage du Secours populaire témoigne de la vague de pauvreté qui touche l’Europe, obligeant les plus précaires à renoncer à des besoins essentiels comme se nourrir ou se soigner.

« Le Covid et la guerre en Ukraine ont déclenché une inflation des prix sans précédent, entraînant une crise économique qui touche l’ensemble des pays européens », table d’emblée Sébastien Thollot, secrétaire général du Secours populaire, lors d’un entretien avec Euractiv.

Dans un sondage publié jeudi 12 septembre avec l’institut IPSOS, l’ONG analyse les conséquences de cette crise dans neuf pays européens : la France, l’Allemagne, la Pologne, l’Italie, la Serbie, le Portugal, la Roumanie, la Moldavie, et le Royaume-Uni.

Et les résultats sont sans appel. Près de trois Européens sur dix (29 %) se déclarent aujourd’hui en situation de précarité face à l’ensemble de leurs dépenses. « Plus le pays est pauvre, plus l’impact est fort », souligne Sébastien Thollot.

20 % des Grecs et 14 % des Moldaves déclarent s’en sortir difficilement et craignent de basculer dans la précarité. Ce chiffre concerne 5 % des Français et des Italiens, 6 % des Polonais, des Anglais et des Portugais, et 8 % des Allemands.

« En Grèce, la crise économique de 2008 n’est pas terminée, et a créé une situation de précarité dont le pays n’arrive pas à se relever », analyse le secrétaire général du Secours populaire.

Quant à la Moldavie, son économie déjà modeste (le pays possède l’un des plus petits PIB en Europe) a été largement fragilisée par la guerre en Ukraine et l’arrivée massive de réfugiés ukrainiens.

À l’inverse, « les questions de précarité sont souvent mieux amorties lorsqu’il y a des dispositifs d’aides sociales », poursuit Sébastien Thollot en référence à l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni.

Un amortissement à relativiser toutefois, puisque malgré l’ensemble des minimas sociaux disponibles pour les personnes les plus précaires dans les pays avec un PIB plus élevé, « ça ne fonctionne pas non plus », pointe-t-il.

Impasse sur la santé

La précarité n’est pas sans conséquences : les personnes les plus touchées font des économies, comme sur les repas, le chauffage ou les soins de santé.

Plus d’un Européen sur trois (34 %) a déjà renoncé à se faire soigner en raison de sa situation financière.

Face à ce chiffre « extrêmement préoccupant », Sébastien Thollot tire la sonnette d’alarme : « Derrière le renoncement aux soins, il y a aussi des conséquences budgétaires pour les états membres, qui sont indirectement impactés ».

En clair, le manque d’accès aux soins peut entraîner une aggravation des maladies chez les personnes les plus touchées. « Les gens qui ne peuvent pas se soigner, ça a un coût pour l’ensemble de la collectivité », décrypte-t-il.

Là aussi, l’accès aux soins de santé varie d’un pays à l’autre. « Plus l’on est dans un pays riche, comme la France et l’Allemagne, plus on a un accès aux technologies de santé et aux médicaments. »

Responsabilité européenne

Le sondage alerte également sur le fait que travailler ne suffit plus : 35 % des Européens déclarent que les revenus issus de leur activité professionnelle ne leur permettent pas de faire face à l’ensemble de leurs dépenses.

Face à la précarité grandissante qui touche l’Europe, le Secours populaire appelle les responsables politiques à en faire plus.

« Les fonds de relance européens post-Covid ont été des filets de sécurité, mais ces plans se terminent et les populations les plus pauvres vont en être les premières victimes », alerte Sébastien Thollot.

Alors que la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen devrait nommer la semaine prochaine le nouveau collège des commissaires, le Secours populaire et ses partenaires européens appellent à un réveil collectif.

« Les questions santé et sociale ont été le parent pauvre de ce mandat, comme celui du mandat précédent. La réponse européenne doit être plus forte », conclut le directeur associatif.