En France, la hausse des prix et les inégalités fragilisent le « Pacte alimentation », selon une étude
En France, le marché de l’alimentation est de plus en plus fragmenté, tandis que les cas d’inflation alimentaire suscitent des inquiétudes dans toute l’Europe, selon une nouvelle étude de l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI).
Plusieurs années après la flambée des prix alimentaires à l’échelle européenne, provoquée par la guerre en Ukraine, l’étude de l’IDDRI montre que l’accès à une alimentation abordable reste un défi en France.
Selon le think tank, le marché alimentaire français se fracture de plus en plus : les produits haut de gamme mettant l’accent sur la santé et l’environnement se multiplient, tandis que les gammes les moins chères se limitent à une valeur ajoutée minimale. Entre ces deux extrêmes, de plus en plus de consommateurs peinent à s’y retrouver.
L’étude souligne que la « foodflation » — la hausse continue des prix alimentaires — reste bien installée en France. Après une période de relative stabilité entre 1990 et 2010, avec une inflation alimentaire inférieure à 2 % par an, la hausse a atteint 6 % par an entre 2020 et 2024. En cause, le changement climatique, les crises sanitaires (comme les maladies animales), les coûts énergétiques…
En 2023, les prix en France étaient 10 % supérieurs à la moyenne européenne.
Cette évolution s’accompagne d’une augmentation de la pauvreté et de l’insécurité alimentaires, ce qui exerce une pression supplémentaire sur le budget alimentaire des ménages, note l’étude.
Selon les chercheurs, ces tendances menacent le Pacte alimentation — la promesse de la France de garantir à tous l’accès à une alimentation sûre et abordable.
Un défi européen
Des tendances similaires en matière de prix sont observées dans toute l’Europe. Cependant, les raisons sont différentes et incluent la structure de la chaîne alimentaire et du marché.
Au Royaume-Uni, en Autriche et dans plusieurs pays d’Europe de l’Est, les consommateurs sont confrontés à une flambée des prix dans les supermarchés, les abus de marché étant identifiés comme un facteur clé.
En août, le ministre autrichien de l’Économie, Wolfgang Hattmannsdorfer, a exhorté la Commission européenne à agir plus rapidement contre ces pressions du marché.
« Le coût élevé de la vie continue de peser sur les ménages et les prix des denrées alimentaires continuent d’augmenter dans toute l’Europe », a déclaré Samuele Tonello, responsable des politiques alimentaires au Bureau européen des consommateurs (BEUC).
Afin d’alléger la pression sur le budget alimentaire des ménages, l’IDDRI recommande des politiques axées sur la demande qui encouragent une alimentation plus saine et plus durable, tout en apportant un soutien aux groupes les plus vulnérables de la société.
Au niveau européen, Samuele Tonello estime que le changement nécessite des « politiques systémiques ».
Il suggère aux décideurs politiques de modifier radicalement la Politique agricole commune (PAC), afin qu’elle évolue d’une politique conçue pour les agriculteurs vers une politique qui réponde à la demande et facilite les choix alimentaires sains et durables pour les consommateurs.
L’amélioration de l’environnement alimentaire en Europe, ajoute-t-il, nécessitera « un changement dans la manière dont les produits sont commercialisés, tarifés, placés et mis à disposition ».