Engrais : les députés européens s’entendent sur une stratégie d’indépendance vis-à-vis de la Russie
Dans un projet de résolution voté mardi (31 janvier), les députés européens ont demandé à la Commission de mettre en œuvre des mesures pour se passer des engrais russes, comme la fin des droits d’importations et le développement des engrais organiques.
Dans un projet de résolution voté mardi (31 janvier), les députés européens ont demandé à la Commission de mettre en œuvre des mesures pour se passer des engrais russes, notamment la fin des droits d’importations et le développement des engrais organiques.
Depuis les débuts de la guerre en Ukraine et les sanctions infligées à la Russie et à la Biélorussie, qui fournissent 60 % des engrais de l’Union européenne, les agriculteurs européens sont frappés de plein fouet par l’explosion des prix.
Le 9 novembre dernier, la Commission européenne a publié une stratégie pour que les engrais soient plus « disponibles » et « abordables ». Cette communication avait été considérée comme insuffisante par le monde agricole, en particulier par le COPA-COGECA, principal syndicat agricole européen.
Globalement, celui-ci reprochait à Bruxelles de ne pas répondre « aux difficultés à court terme » des filières agricoles.
Pour compléter ces annonces, les parlementaires ont donc voté une résolution, approuvée ce mardi 31 janvier par la commission Agriculture (38 voix contre 7 et 2 abstentions).
« Les mesures adoptées […] vont toutes dans le bon sens et corrigent certaines des principales lacunes identifiées dans la communication de la Commission », s’est réjouit le COPA-COGECA le lendemain du vote.
Suspension des droits d’importation
Pour aider les agriculteurs et les producteurs d’engrais, les députés enjoignent la Commission et les États membres à accentuer les aides financières en 2023, en plus de la réserve de crise européenne, afin de stabiliser le marché et de trouver des alternatives aux engrais minéraux.
Alors que la Commission a déjà proposé de suspendre les droits de douane sur certains produits utilisés pour la production d’engrais azotés, les eurodéputés demandent cette fois « d’étendre la suspension des droits d’importation à tous les engrais minéraux ». Ce levier, qui ne concernera ni la Russie, ni la Biélorussie, devrait favoriser la disponibilité des intrants et faire baisser les prix.
« Il faut amener un peu de souplesse pour que l’effet de notre dépendance soit le moins pénalisant possible. Souplesse dans la production, les échanges, dans l’utilisation des engrais », explique à EURACTIV l’eurodéputé Jérémy Decerle qui a soutenu le texte.
Transition vers les engrais organiques
À plus long terme, les députés demandent un soutien accru au développement des alternatives aux engrais de synthèses. Ils suggèrent notamment d’encourager les engrais RENURE (REcovered Nitrogen from manURE), obtenus par le traitement et la transformation de fumier animal. Pour cela, les élus veulent modifier la directive « Nitrate » qui limite l’utilisation de ces engrais azotés afin d’éviter la pollution des eaux.
Le texte propose une stratégie européenne durable pour les engrais et plus largement pour les nutriments des sols d’ici juin 2023, dans la droite ligne de ce qu’avait proposé la Commission au mois de novembre.
Cette stratégie vise à pousser l’industrie à utiliser des éléments nutritifs recyclés pour produire des engrais et à avoir recours aux énergies renouvelables.
Elle intègre également un soutien à la recherche scientifique sur les alternatives, la diversification des sources d’engrais et l’identification de nouveaux gisements minéraux dans l’Union européenne. Ils préconisent enfin le recours aux cultures de légumineuses (riches en azote) pour améliorer la qualité des sols et favoriser la biodiversité.
« Il faut être prudent dans la libéralisation, pour ne pas quitter une dépendance pour une autre, prévient Jérémy Decerle. Nous savons que nous ne pourrons pas produire tous les engrais dont on a besoin, mais il faut diversifier nos dépendances et nos lieux de production. »
Il est également précisé que les écorégimes de la nouvelle PAC (conditionnalité des aides aux efforts environnementaux) pourront être un levier intéressant pour parvenir à ces changements, même si selon eux, l’UE ne doit pas tout miser sur la PAC et rechercher d’autres moyens de financer les activités agricoles.
Cette résolution sera soumise aux autres députés lors d’une session plénière en février, avec comme principal objectif de mettre un terme à la domination de la Russie, laquelle se sert des engrais comme « arme politique », selon les parlementaires.
« La poursuite de l’utilisation accrue de ces engrais dans l’UE risque d’alimenter l’effort de guerre russe et de soutenir d’autres régimes autocratiques », ont-ils précisé.