Espace : la Suède inaugure son nouveau site de lancement de satellites
Trois jours après une tentative manquée de lancement de satellites depuis un avion décollant du Royaume-Uni, la Suède a inauguré son nouveau site de lancement de satellites, en pleine course au premier décollage depuis le continent européen.
[Cet article a été mis à jour avec les commentaires de Stefan Gustafsson, chef de la stratégie à la Swedish Space Corporation.]
Trois jours après une tentative manquée de lancement de satellites depuis un avion décollant du Royaume-Uni, la Suède a inauguré vendredi (13 janvier) son nouveau site de lancement de satellites, en pleine course au premier décollage depuis le continent européen.
Le roi de Suède Carl XVI Gustave, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le Premier ministre suédois Ulf Kristersson, ont coupé le ruban du « port spatial d’Esrange », présenté comme « le premier complexe de lancement de satellite en Europe continentale ».
« Il y a beaucoup de bonnes raisons pour lesquelles nous devons accélérer le programme spatial européen », a affirmé Mme von der Leyen, sur ce site où l’Agence spatiale européenne (ESA) est très active.
« L’Europe a un pied dans l’espace et va le garder », a-t-elle lancé.
La cérémonie a coïncidé avec l’inauguration de la présidence suédoise du Conseil de l’UE, qui a eu lieu à Kiruna, la ville la plus septentrionale de Suède, située à 145 km au nord du cercle polaire.
Le site, fruit d’un investissement de 15 millions d’euros, est une extension du centre spatial d’Esrange dans l’Arctique suédois. Situé à quelque 40 km à l’est de Kiruna, ce centre spatial a été à la base de la recherche scientifique concernant les ballons à haute altitude, l’étude des aurores boréales, le lancement de fusées-sondes et le suivi des satellites, entre autres.
Avec des fusées plus petites, il doit devenir un complément du site de Kourou, en Guyane française, site historique des lancements européens. D’autant que la guerre en Ukraine a compromis l’avenir de la coopération spatiale avec la Russie, et le site kazakh de Baïkonour.
L’opérateur public d’Esrange, la Swedish Space Corporation (SSC), qui espérait un temps un lancement fin 2023, vise désormais plutôt un premier lancement d’un satellite « au premier trimestre 2024 », a précisé à l’AFP un porte-parole du groupe vendredi.
« C’est un grand moment pour l’Europe. C’est un grand moment pour l’industrie spatiale européenne. […] Ce port spatial offre une passerelle européenne indépendante vers l’espace. C’est exactement l’infrastructure dont nous avons besoin, non seulement pour continuer à innover mais aussi pour continuer à explorer la dernière frontière », a déclaré Mme von der Leyen dans son discours.
Plus de 600 fusées suborbitales ont déjà été lancées depuis Esrange. Si ces fusées sont capables d’atteindre l’espace à 260 kilomètres d’altitude, elles n’ont jusqu’à présent pas réussi à entrer en orbite autour de la Terre.
Avec la SSC, la Suède espère être le premier pays d’Europe continentale (hors Russie) à effectuer un lancement de satellite sur son sol.
Mais de nombreux spatioports participent également à la course ailleurs en Europe.
Concurrence européenne
Des Açores portugaises à l’île d’Andøya dans l’Arctique norvégien en passant par l’Andalousie en Espagne ou le Royaume-Uni, la liste des projets européens concurrents ne cesse de s’allonger, tous déterminés à effectuer le premier lancement.
Le petit lanceur allemand RFA vient ainsi de choisir le site de SaxaVord, sur les îles britanniques des Shetlands, avec un lancement prévu fin 2023.
La société Virgin Orbit du milliardaire britannique Richard Branson, qui utilise un Boeing 747 pour faire décoller sa fusée en altitude, a effectué son premier lancement — raté — mardi (10 janvier).
Le secteur est en plein boom : le nombre de satellites opérationnels en 2040 devrait atteindre 100 000, a rappelé la SSC, contre 5 000 actuellement.
Avec le projet Thémis d’étage réutilisable, le centre spatial suédois va aussi accueillir les essais de l’ESA sur des fusées capables de se reposer au sol — comme les lanceurs du milliardaire américain Elon Musk.
Russie et cybersécurité
Stefan Gustafsson, chef de la stratégie à la SSC, a affirmé face aux journalistes que la cybersécurité est un élément de plus en plus important pour les infrastructures critiques de l’Union européenne.
À la lumière des cyberattaques russes du 24 février contre un système de communication par satellite géré par Viasat, qui ont perturbé les communications en Ukraine juste au moment de l’invasion par les troupes russes, M. Gustafsson a souligné que cette guerre avait permis à l’UE de prendre conscience de l’importance de l’espace.
Il a expliqué que la technologie actuelle, qui permet à quiconque d’acheter des images satellite en ligne, avait changé la donne en matière de conflits, car, selon lui, seules les « superpuissances » avaient auparavant accès à ces informations.
Il a ajouté que l’Union devait combler ce vide car, avant la guerre en Ukraine, 20 à 30 des satellites européens étaient lancés grâce à la technologie et aux lanceurs russes. En ce qui concerne sa propre entreprise, la SSC, il a déclaré qu’elle n’était pas vraiment affectée car elle n’avait pas de relations directes avec Moscou.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]