Espagne : la loi d’amnistie pour les séparatistes catalans divise les socialistes
L’approbation éventuelle d’une loi d’amnistie pour les séparatistes catalans, exigée par les partis nationalistes catalans en échange du soutien dont le Premier ministre Pedro Sánchez a besoin pour former un gouvernement, a créé une division au sein du Parti socialiste espagnol.
L’approbation éventuelle d’une loi d’amnistie pour les personnes impliquées dans le référendum illégal de 2017 sur l’indépendance de la Catalogne, exigée par les partis nationalistes catalans en échange du soutien dont le Premier ministre Pedro Sánchez a besoin pour former un gouvernement, a créé une division au sein du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE, S&D).
L’ancien Premier ministre socialiste Felipe González et son ancien vice-président Alfonso Guerra, tous deux membres du PSOE, ont sévèrement critiqué M. Sánchez pour les négociations que le parti mène avec les séparatistes catalans, a rapporté EFE, média partenaire d’Euractiv.
« Nous ne pouvons pas nous permettre d’être soumis au chantage de qui que ce soit, et encore moins de minorités en voie d’extinction », a déclaré M. González mercredi (20 septembre) lors de la présentation d’un livre.
M. Guerra a demandé que l’amnistie ne soit pas accordée aux personnes impliquées dans la tentative de sécession de 2017, car « cela falsifierait l’histoire » en présentant le gouvernement espagnol de l’époque comme des « félons » qui ont attaqué la liberté, a-t-il déclaré.
Alfonso Guerra et Felipe González se sont également montrés très critiques à l’égard de la demande de référendum sur l’autodétermination de la Catalogne, l’une des nombreuses conditions fixées par les forces indépendantistes catalanes pour rétablir M. Sánchez dans ses fonctions de Premier ministre.
Autre exemple du mécontentement croissant dans les rangs du parti, le président de la région de Castille-La Manche, Emiliano García-Page, a récemment clarifié sa position : « Ce que nous avons dit aux électeurs le 23 juillet [le jour des élections générales anticipées], c’est que l’amnistie n’a pas sa place dans la Constitution ».
Défier Pedro Sánchez
« Si un homme voit une injustice [la loi d’amnistie], il doit le dire haut et fort », a soutenu M. Guerra en critiquant M. Sánchez qui, selon lui, change constamment d’avis et « défend une chose un jour, et une autre un autre jour ».
M. Guerra a rappelé que le candidat socialiste avait changé de position à plusieurs reprises sur des dossiers politiquement sensibles, comme l’octroi de grâces aux personnes impliquées dans le référendum catalan de 2017 ou le pacte de coalition qu’il a conclu avec Unidas Podemos (Gauche européenne).
Une amnistie « fait disparaître le délit, […] elle ne gracie pas le délinquant », a déclaré M. González. Il a également souligné qu’une telle mesure de grâce, tout comme un hypothétique référendum sur l’autodétermination, n’avait pas sa place dans la Constitution espagnole de 1978.
Par ailleurs, M. Sánchez assure que tout dialogue avec les forces séparatistes catalanes — Ensemble pour la Catalogne (JxCat) et Gauche républicaine de Catalogne (ERC) — se déroulera toujours dans le cadre de la Constitution.
Pedro Sánchez a besoin des sept votes de JxCat pour gouverner à nouveau. Il doit également renouveler le soutien que l’ERC lui a accordé lors de la dernière législature afin de prolonger son mandat de quatre ans, et obtenir celui d’autres partis nationalistes, tels que les formations basques du Parti nationaliste (PNV) et Réunir le Pays basque (EH Bildu).
[Édité Anne-Sophie Gayet]