État de l’Union : Ursula von der Leyen sonne le tocsin

La présidente de la Commission, à l’origine du Pacte vert, adopte désormais le kaki militaire.

/ EURACTIV.com
European Parliament plenary session in Strasbourg
Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne. [EPA/RONALD WITTEK]

Ursula von der Leyen, a adopté un ton résolument martial ce mercredi 10 septembre lors de son discours annuel sur l’état de l’Union devant le Parlement européen. Dans une allocution au cours de laquelle elle a largement utilisé le vocabulaire lié à la guerre (« lutte », « se battre », « guerre », « défense »…), elle a exposé comment l’UE doit se préparer à une éventuelle confrontation militaire avec la Russie et a expliqué que le bloc devait dépasser son rôle traditionnel de « club économique ».

« Notre Union est fondamentalement un projet de paix », a-t-elle déclaré à Strasbourg face aux eurodéputés. « Mais la vérité est que le monde d’aujourd’hui est impitoyable. »

Ses propos interviennent quelques heures après que la Pologne a annoncé avoir abattu des drones russes ayant violé son espace aérien lors d’une attaque contre l’Ukraine. Dans la foulée, le Premier ministre polonais Donald Tusk a estimé que le risque de guerre avec Moscou était aujourd’hui plus élevé qu’à aucun autre moment depuis 1945.

Ursula von der Leyen a déclaré que le message qu’elle avait reçu lors de ses visites dans les États membres de l’Est était que « l’Europe doit se préparer », et ce dès « aujourd’hui » sur le plan de la défense. Traduction : la Russie représente une menace directe pour les Vingt-Sept, et pas seulement pour l’Ukraine.

Vêtue d’une veste verte rappelant l’uniforme militaire, la présidente de l’exécutif a proposé un plan de 6 milliards d’euros pour soutenir les forces armées ukrainiennes en utilisant les avoirs russes gelés, ainsi que de nouvelles sanctions étendues aux « pays tiers » et des plans pour ériger un « mur de drones » à la frontière orientale de l’UE avec la Russie et la Biélorussie, alliée de Moscou.

En parallèle, les responsables européens sont à Washington cette semaine pour coordonner les sanctions contre le Kremlin avec Washington, qui pousserait l’UE à imposer des « droits de douane secondaires » à l’Inde et à la Chine afin de les punir pour avoir acheté des combustibles fossiles russes.

« L’Europe défendra chaque centimètre carré de son territoire », a-t-elle assuré à Strasbourg.

Toutefois, sa rhétorique martiale s’oppose aux limites de l’autorité de Bruxelles vis-à-vis des États membres. En effet, les affaires militaires relèvent en grande partie de la prérogative nationale, et l’Allemagne, par exemple, a récemment reproché à Ursula von der Leyen d’avoir outrepassé ses compétences en évoquant un possible déploiement de troupes européennes en Ukraine après la guerre.

Les appels à accroître les dépenses de défense se heurtent en outre à des contraintes budgétaires. Plusieurs pays, dont la France et l’Italie, ont déjà été rappelés à l’ordre par la Commission pour leurs déficits publics jugés excessifs.

À ce sujet, Ursula von der Leyen a fait référence à des rapports qu’elle a commandés aux anciens Premiers ministres italiens Mario Draghi et Enrico Letta (sur la compétitivité et le marché unique), et a évoqué la mise en place du nouvel instrument de prêts pour financer la défense, le programme SAFE (Security Action for Europe), doté de 150 milliards d’euros. En revanche, elle n’a présenté aucune initiative nouvelle pour stimuler l’économie de l’Union.

Elle a toutefois proposé d’assouplir l’exigence de l’UE selon laquelle les décisions en matière de politique étrangère et de sécurité doivent être prises à l’unanimité, ce qui pourrait permettre à Bruxelles de contourner le veto hongrois à l’envoi d’armes à l’Ukraine.

Selon elle, de telles réformes pourraient ouvrir la voie à son ambition visant à mettre en place une « Union européenne de la défense ».

Une Europe indépendante

Face à la montée des rivalités entre grandes puissances — Russie, Chine, États-Unis —, Ursula von der Leyen a insisté sur la nécessité pour l’Europe de tracer sa propre voie et d’être indépendante. « Tout l’enjeu de l’indépendance de l’Europe est de protéger nos libertés », a-t-elle dit.

Elle a également formulé plusieurs critiques à l’égard de Pékin, qui a considérablement renforcé ses liens économiques et politiques avec la Russie depuis son invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022.

Ursula von der Leyen a proposé la création d’un « nouvel instrument commercial à long terme » pour protéger la sidérurgie européenne face aux importations chinoises à bas prix, massivement subventionnées par l’État chinois.

« La surcapacité mondiale réduit les marges » et entrave les efforts des fabricants de métaux de l’UE pour réduire leurs émissions de carbone, a déclaré l’Allemande.

Cet avertissement fait suite à la décision de Donald Trump d’imposer des droits de douane de 50 % aux exportateurs d’acier européens au début de l’année, qui a fait craindre que de grandes quantités de métaux chinois ne soient redirigées vers l’Europe et y soient vendues à bas prix.

La présidente de l’exécutif européen a également défendu l’accord commercial conclu en juillet entre l’UE et les États-Unis, arguant que les entreprises européennes bénéficient désormais d’un « avantage relatif ». Elle a notamment souligné que « certains de nos concurrents directs font face à des droits de douane [américains] beaucoup plus élevés » que les 15 % auxquels sont actuellement soumis la plupart des exportateurs européens. « Nous avons veillé à ce que l’Europe obtienne le meilleur accord possible », a-t-elle assuré.

Ursula von der Leyen a ouvert et clôturé son discours en appelant l’Europe à « se battre » pour sa prospérité et sa sécurité.

Ainsi, l’Europe doit selon elle « défendre sa place dans un monde où nombre de grandes puissances adoptent une attitude ambiguë à l’égard de l’Europe, lorsqu’elles ne lui sont pas ouvertement hostiles ».

« C’est un monde où règnent les ambitions et les guerres impérialistes […], dans lequel les dépendances sont instrumentalisées sans pitié », a-t-elle affirmé. « C’est pour toutes ces raisons qu’une nouvelle Europe doit émerger. »

Aurélie Pugnet a contribué à la rédaction de cet article. 

(asg)