Eurobonds : Hollande ne peut pas compter sur la gauche allemande

Les sociaux-démocrates et les verts allemands rejettent l’idée de recourir aux eurobonds pour mutualiser les dettes en Europe. Ils proposent un "fonds de rédemption" pour une réduction commune de l’endettement dans l’UE.

EURACTIV.fr
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Les sociaux-démocrates et les verts allemands rejettent l’idée de recourir aux eurobonds pour mutualiser les dettes en Europe. Ils proposent un « fonds de rédemption » pour une réduction commune de l’endettement dans l’UE.

Les lignes semblent bouger. François Hollande n’est plus le seul à plaider en faveur d’une mutualisation, à court terme, de la dette des États européens par le biais des fameuses euro-obligations (« eurobonds »). Son principal opposant sur cette question reste l’Allemagne. Mais Angela Merkel n’est pas la seule à traîner les pieds dans son pays. La gauche du SPD est également contre cette option. 

Si les sociaux-démocrates allemands et les verts soutiennent François Hollande sur le pacte de croissance – augmentation des fonds propres de la Banque européenne d’investissement, « project bonds », réorientation des fonds structurels -, ils s’opposent à l’émission de titres de dette européens.

Aucun besoin

« Nous ne voyons aucun besoin d’eurobonds généraux pour le financement des dettes européennes, ce n’est pas d’actualité », a déclaré Thomas Oppermann (SPD), influent député du Bundestag en charge de l’organisation du groupe parlementaire, mercredi 23 mai à Berlin.

Le Président du SPD Sigmar Gabriel a même parlé « d’un débat un peu bouffon ».

« Ce sont des dettes garanties conjointement. Cela ne se fera sûrement pas de manière générale », a-t-il déclaré dans interview télévisée, jeudi 24 mai, sur la chaîne publique ARD, quelques heures avant d’en discuter avec Angela Merkel.

Les observateurs de la scène politique allemande font le même constat. « Le SPD est, sans ambigüité, contre les eurobonds », explique Henrik Uterwedde, directeur adjoint de l’institut franco-allemand (Dfi) de Ludwigsburg.

Pour les Allemands, de droite et de gauche, la mutualisation de la dette ne peut être que le point final d’un processus très long, qui mène l’Europe vers le fédéralisme budgétaire. Les Allemands n’accepteront jamais les eurobonds s’ils n’ont pas, dans le même temps, leur mot à dire sur les dépenses des autres pays, estime le chercheur, convaincu que l’Allemagne ne bougera pas d’un centimètre sur ce point.

François Hollande devra par ailleurs renoncer à sa stratégie de confrontation, visible lors de la dernière rencontre des chefs d’État et de gouvernement à Bruxelles. « L’Europe, c’est une grande coalition. Il ne suffit pas d’organiser une majorité pour encercler quelqu’un. Cela ne marchera pas avec l’Allemagne », estime M. Uterwedde.

>>> Lire « L’UE réfléchit aux eurobonds« 

Distance avec Hollande

Le SPD commence, quant à lui, à prendre ses distances avec le nouveau Président français, malgré la proximité affichée entre son président Sigmar Gabriel et François Hollande lors de la campagne électorale française. Ce rapprochement fait tout sauf l’unanimité parmi les sociaux-démocrates allemands.

Lors de la dernière réunion du comité directeur du parti, mardi 22 mai, plusieurs responsables du SPD ont mis en garde M. Gabriel sur un trop grand rapprochement avec le chef de l’État français, a rapporté l’hebdomadaire allemand « Der Spiegel ».

L’ancien chef du parti Franz Müntefering, poids lourd de l’aile droitière de la formation politique, a enfoncé le clou. Selon lui, il ne doit pas y avoir d’ »automatisme » franco-allemand sur l’euro. Il a appelé le parti à affirmer davantage ses propres positions.

Même tonalité du côté de M. Oppermann. « Le président Hollande travaille pour la France, nous travaillons pour l’Allemagne », a-t-il déclaré le même jour.

Un sondage publié par la télévision publique ZDF le 25 mai montre que 79% des Allemands sont opposés à une mutualisation de la dette. Même si la raison du refus des eurobonds est plus profonde, difficile d’imaginer qu’un parti, de droite comme de gauche, prenne le risque de s’engager dans cette voie au plan européen, un peu plus d’un an avant les élections législatives de septembre 2013. 

Fons de rédemption

Si le SPD et les verts, les deux principaux partis d’opposition, ne veulent pas des eurobonds, ils sont en revanche favorables à la création d’un fonds de rédemption, tel qu’il a été proposé par le Conseil allemand des experts économiques en novembre 2011.

Comme les eurobonds, le fonds de rédemption permettrait à certains États de la zone euro, tels que l’Espagne et l’Italie, d’emprunter à des taux moindres sur les marchés financiers. Mais au-delà de cet objectif à court terme, ce fonds contraindrait les États à ramener leur dette au-dessous de la barre des 60% du PIB. Un État qui dérive de la trajectoire de consolidation fixée verrait son accès aux fonds restreint ou entièrement interdit.

Le président des verts, Jürgen Trittin, a de son côté résumé l’esprit du fonds de rédemption : « Nous proposons de réduire nos dettes ensemble ».