Européennes : l’inflation au cœur des préoccupations des électeurs grecs

Les Grecs se rendront aux urnes pour les élections européennes furieux contre la flambée des prix, notamment des denrées alimentaires et des carburants — une situation qui a déclenché un débat politique intense sur la manière d’endiguer une inflation qui semble impossible à arrêter.

Euractiv.com
This article is part of our special report "Tour d’horizon des capitales à l’approche des élections européennes"
European People’s Party congress in Bucharest, day two
Pour Kyriakos Mitsotakis, il sera crucial de rester au-dessus de 30 %, sachant qu’il a obtenu 41 % lors des dernières élections nationales, et de maintenir la baisse depuis l’année dernière à moins de 10 points de pourcentage. [[EPA-EFE/ROBERT GHEMENT]]

Les Grecs se rendront aux urnes pour les élections européennes furieux contre la flambée des prix, notamment des denrées alimentaires et des carburants — une situation qui a déclenché un débat politique intense sur la manière d’endiguer une inflation qui semble impossible à arrêter.

Cette inflation a causé des maux de tête à la Nouvelle Démocratie (Parti populaire européen, PPE), le parti de centre droit au pouvoir. Combinée à un accident de train aux causes mystérieuses qui a causé la mort de 57 personnes et provoqué la colère de l’opinion publique l’année dernière, la situation pourrait se traduire par la perte de milliers de voix, si l’on en croit les sondages.

Un sondage présenté mardi (28 mai) sur la chaîne MEGA TV révèle que 40 % des personnes interrogées considèrent la flambée des prix comme le principal problème du pays.

En mars, la Grèce avait le deuxième taux d’inflation alimentaire le plus élevé de la zone euro, selon les données d’Eurostat.

Malte arrive en tête de ce classement avec 6,2 %. Elle est suivie de la Grèce, où l’inflation des denrées alimentaires s’est élevée à 5,4 %, et de l’Espagne, avec 4,4 %.

L’huile d’olive, un produit important en Grèce, a connu la deuxième inflation la plus élevée (67,2 %), derrière l’Espagne (70 %), alors que la moyenne de l’UE était de 51,5 %.

Le Premier ministre Kyriákos Mitsotákis a récemment envoyé une lettre à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, dans laquelle il lui demande de prendre des mesures pour défendre les consommateurs contre les multinationales. Les Pays-Bas, la Belgique, la Croatie, la République tchèque, le Danemark, le Luxembourg et la Slovaquie ont cosigné cette lettre.

Le principal parti d’opposition dans le pays, le parti de gauche SYRIZA, insiste sur la suppression de la TVA sur les denrées alimentaires et les produits de base. Il cite comme exemples d’autres États membres du sud de l’UE tels que l’Espagne, qui a conservé une TVA nulle jusqu’en juin 2024 et a réduit drastiquement l’inflation sur les produits alimentaires, qui est passée de 16,5 % en mars 2023 à 4,4 % en mars 2024.

Parallèlement à la flambée des prix des denrées alimentaires, la Direction générale de l’énergie (ENER) de la Commission européenne a réitéré que le marché des carburants en Grèce est l’un des plus chers d’Europe.

Les données de l’UE suggèrent que les prix des carburants sont constamment plus élevés dans le pays que la moyenne de l’Union. Le prix de détail de l’essence sans plomb (après taxes) en Grèce était de 1 949 euros/litre, soit le troisième prix le plus élevé, après les Pays-Bas (2 046 euros) et le Danemark (2 045 euros).

Le centre droit reste en tête des sondages

Selon le même sondage, le parti de centre droit au pouvoir, Nouvelle Démocratie, remporterait toujours les élections européennes avec 31 %. Il serait suivi par SYRIZA (La Gauche, GUE/NGL) avec 15,7 % et le Mouvement socialiste panhellénique (PASOK, Socialistes et Démocrates européens/S&D) avec 12,9 %.

Le Parti communiste se situe à 7,9 %, suivi par le parti conservateur Solution grecque (Conservateurs et Réformistes européens, CRE) à 7,3 %.

Des données similaires sont fournies par Europe Elects, partenaire d’Euractiv, qui prévoit que Nouvelle Démocratie obtiendra sept sièges au Parlement européen, SYRIZA quatre et les Socialistes trois.

Les Grecs éliront au total 21 eurodéputés et le seuil pour rejoindre l’hémicycle européen s’élève à 3 % des voix.

Les objectifs des partis

La Nouvelle Démocratie gouverne le pays depuis juillet 2019, suite à une large victoire contre le responsable politique de gauche Alexis Tsipras (SYRIZA). Le parti grec de centre droit a réitéré sa victoire lors des élections de 2023 et a remporté les élections locales en octobre dernier.

Pour Kyriákos Mitsotákis, il sera crucial de rester au-dessus de 30 %, sachant qu’il a obtenu 41 % lors des dernières élections nationales, et de maintenir la baisse observée depuis l’année dernière à moins de 10 points de pourcentage.

Pour Stefanos Kasselakis — qui a remplacé Alexis Tsipras à la tête de SYRIZA — maintenir les taux des élections régionales de 2023 (17,8 %) pour son parti est une condition préalable pour éviter que son leadership soit remis en question.

Le dirigeant socialiste Nikos Androulakis (PASOK) pourrait également voir son leadership remis en question, car son parti stagne aux alentours de 11,5 % depuis 2023.

Un front progressiste en vue ?

Dans l’ensemble, les analystes estiment que le résultat des élections enverra un message aux partis progressistes (SYRIZA, PASOK et d’autres partis plus petits) selon lequel ils réussiront à chasser les conservateurs du pouvoir uniquement en unissant leurs forces.

Dans un entretien récemment accordé à Euractiv, le leader de Nouvelle Gauche (qui devrait obtenir un siège au Parlement européen) Alexis Charitsis a appelé le PASOK et SYRIZA à mettre fin à leur approche « hégémonique » et à se mettre d’accord avec les autres forces progressistes sur un plan de gouvernance alternatif.

En effet, SYRIZA et le PASOK partagent le même électorat mais leurs dirigeants n’entretiennent pas les meilleures relations.

On ne sait pas encore qui pourrait diriger une telle coalition potentielle, mais le sujet a déjà déclenché des discussions.

Une enquête du GPO publiée en début de semaine par le journal Parapolitika suggère que les électeurs progressistes considèrent l’ancien Premier ministre Alexis Tsipras (16 %) comme la personne la plus apte à unir les forces progressistes, suivi par M. Androulakis du PASOK (13,4 %) et M. Kasselakis de SYRIZA (10,5 %).

Quel portefeuille à la Commission européenne pour Athènes ?

Tous les partis qui devraient avoir des eurodéputés — à l’exception de la Solution grecque (CRE) et des communistes — sont pro-UE, bien qu’ils soient en désaccord avec Bruxelles sur les questions liées à la migration et aux politiques économiques.

La Nouvelle Démocratie est considérée comme puissante au sein du PPE et c’est M. Mitsotákis qui a désigné — avec son homologue polonais Donald Tusk — Ursula von der Leyen pour mener la campagne électorale du centre droit de l’UE.

M. Kasselakis de SYRIZA a indiqué qu’il resterait dans la famille de La Gauche européenne, mais il a souligné qu’il souhaitait que son parti soit un pont entre les Socialistes et les Verts à l’échelon européen.

En ce qui concerne les portefeuilles que la Grèce pourrait obtenir au sein de la prochaine Commission européenne, certaines rumeurs suggèrent que le pays se verra attribuer les questions d’agriculture ou d’élargissement. Cependant, des sources soulignent que M. Mitsotákis a demandé un portefeuille « productif » tel que la compétitivité.

Le PPE a pour sa part indiqué qu’il n’y avait pas encore de discussions sur les portefeuilles qui seraient attribués au sein du nouvel exécutif européen.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]