Expulsions de Roms : le gouvernement français sous le feu des critiques
Des organisations de défense des droits de l'Homme ont accusé les dirigeants français socialistes de ne pas tenir leurs promesses électorales en poursuivant les expulsions arbitraires de Roms d'Europe orientale qui avaient débuté sous l'ancien président, Nicolas Sarkozy.
Des organisations de défense des droits de l'Homme ont accusé les dirigeants français socialistes de ne pas tenir leurs promesses électorales en poursuivant les expulsions arbitraires de Roms d'Europe orientale qui avaient débuté sous l'ancien président, Nicolas Sarkozy.
Hier (12 août), l'association française La Voix des Roms a comparé la politique de démantèlement des camps de Roms du ministre de l'intérieur, Manuel Valls, à celle de ses prédécesseurs de centre-droit.
L'association a affirmé dans ses déclarations que M. Valls, une éminente figure du Parti socialiste français, devrait porter les couleurs du parti UMP de M. Sarkozy lors des prochaines élections présidentielles de 2017.
M. Valls est considéré comme un dirigeant socialiste ambitieux et certains le voient déjà briguer la présidence. Les positions tranchées sur l'immigration étaient la marque de fabrique de l'UMP et M. Sarkozy a eu recours à un discours anti-immigration lors de la campagne électorale à l'issue de laquelle il a dû céder sa place à François Hollande le 6 mai.
Il y a deux ans, la Commission européenne a menacé la France d'une action en justice suite à des mesures prises contre des camps de Roms et l'année dernière, le Conseil de l'Europe, la plus ancienne institution européenne spécialisée dans les droits de l'Homme, a condamné la France pour son attitude envers les Roms d'Europe de l'Est.
M. Valls a déclaré que les expulsions des Roms vivant dans des camps illégaux devraient être menées avec fermeté. Plusieurs camps ont été démantelés dans les banlieues de Lille, Lyon, Marseille et Paris.
Un avion charter avec 240 Roms à son bord ayant reçu 300 euros de « compensation » pour leur « retour volontaire » en Roumanie a décollé de Lyon vers Bucarest jeudi dernier, une pratique initiée sous Nicolas Sarkozy. Plusieurs organisations ont qualifié ces mesures d'inefficaces, dans la mesure où rien n'empêche ces personnes d'utiliser l'argent qui leur a été donné pour revenir à l'Ouest.
Quelque 90 % des 15 000 Roms vivant en France sont originaires de Roumanie, le reste d'entre eux venant de Bulgarie, selon la presse. Les citoyens bulgares et roumains sont libres de se déplacer au sein de l'espace Schengen durant 90 jours sans visa. De nombreux Roms de ces pays restent plus longtemps et tentent de s'installer en Europe de l'Ouest, se prêtant parfois à la mendicité. Leurs revenus seraient bien plus importants en Occident que dans leur pays.
M. Valls a affirmé que le démantèlement des camps était nécessaire pour des raisons sanitaires, précisant que les immigrés n'étaient rapatriés qu'une fois leur statut juridique évalué en France.
« Les éloignements ne peuvent se transformer en des expulsions collectives forcées », a-t-il déclaré dans un communiqué.
Promesses non tenues
Laurent Elghozi, le président d'une organisation qui défend les droits des Roms en France, a fustigé le premier ministre français, Jean-Marc Ayrault, pour ne pas avoir respecté les promesses de M. Hollande à ce sujet.
« On ne peut pas croire que les engagements du président de la République lorsqu'il était candidat ne soient pas tenus dans des délais extrêmement brefs », a-t-il affirmé.
Lors d'un discours de campagne largement relayé dans la presse, M. Hollande avait attaqué M. Sarkozy sur sa gestion des problèmes des Roms, arguant que s'il était élu, il aurait recours à d'autres solutions que le démantèlement des camps et les expulsions.
« On ne peut pas continuer à accepter que des familles soient chassées d’un endroit sans solution. Cela les conduit à s’installer ailleurs, dans des conditions qui ne sont pas meilleures », avait déclaré M. Hollande au printemps de cette année.
Dans le même temps, des associations de citoyens se sont mobilisées pour dénoncer les « nuisances » causées par les Roms. La Voix Perdue à Villeneuve d'Asq, près de Lille, s'est plainte de la pollution de l'air causée par les Roms qui brûlent des câbles en plastique pour en extraire du cuivre, ainsi que des déchets qu'ils produisent et de la musique qu'ils jouent tard dans la nuit.
Un problème estival ?
Malik Salemkour de l'organisation Romeurope a expliqué au quotidien français La Croix que ces expulsions estivales laissaient entendre que les autorités profitaient des vacances pour éviter publicité et controverse.
La Commission européenne a déclaré le 10 août qu'elle surveillait de près la manière dont la France expulsait les membres de la communauté Rom pour s'assurer que leur renvoi était conforme aux règles de l'Union sur la libre circulation des personnes.
La Commission a décidé de ne plus interrompre ses briefings de presse au mois d'août après la frénésie médiatique dont ont fait l'objet les expulsions de Roms en France en 2010.