Réduire la contribution française au budget européen : l’impossible promesse de Jordan Bardella
Le président du RN Jordan Bardella s’est dit favorable jeudi à une baisse de la contribution française au budget européen « de deux à trois milliards d’euros » s’il devenait Premier ministre au soir du second tour. Petit hic : la réouverture des négociations sur un budget déjà adopté est quasi-impossible.
Le président du Rassemblement national (RN) Jordan Bardella s’est dit favorable jeudi (20 juin) à une baisse de la contribution française au budget européen « de deux à trois milliards d’euros » s’il devenait Premier ministre au soir du second tour. Petit hic : la réouverture des négociations sur un budget déjà adopté est quasi-impossible.
C’est une question d’équité, a affirmé le patron du RN lors des auditions du Medef, organisées à Paris jeudi : « Il n’y a pas de raison qu’on demande des économies à tout le monde, qu’on rationalise les dépenses de l’État, et qu’on ne rationalise pas les dépenses de fonctionnement de l’UE ».
Si Jordan Bardella devient Premier ministre au sortir des élections législatives anticipées, il s’engage à tailler dès l’été dans la contribution française au budget européen, « de deux à trois milliards d’euros », sur un total de 21,6 milliards d’euros pour la seule année 2024 – soit une baisse nette de 10 à 15 %.
Le budget européen est établi pour sept ans, selon les priorités fixées par l’Union européenne (UE), comme l’aide à l’Ukraine, le soutien à l’économie – à l’instar du Plan de relance européen, le « Next Generation EU » -, la Politique agricole commune (PAC) ou encore l’accompagnement financier des pays limitrophes de l’Union.
1 074 milliards d’euros ont été budgétés pour la période 2021-2027. Pour la seule année 2024, les États membres et le Parlement européen se sont engagés sur 189,4 milliards d’euros. La France est la deuxième contributrice de l’UE, finançant quelques 18,5 % du budget total de l’Union.
« Aujourd’hui, nous sommes contributeurs nets », a expliqué Jordan Bardella. « En donnant moins à l’UE, on flèche davantage vers l’économie réelle et française ».
Tout en nuançant : « On garantit le budget de la PAC », dont la France est première bénéficiaire nette.
« Mentir aux peuples » ?
Reste qu’une telle économie est avant tout symbolique, alors que le programme du RN a été chiffré par l’Institut Montaigne, un think tank libéral, à 100 milliards d’euros pour la simple année 2024.
Elle est surtout quasiment impossible à mettre en œuvre dans les délais indiqués par Jordan Bardella.
Le budget européen est adopté à l’unanimité des États membres, ainsi qu’à la majorité des eurodéputés. Dans les faits, « le budget [2021-2027] a déjà été adopté. Il est impossible de l’amender avant 2027 », souligne Siegfried Mureşan, rapporteur général du budget 2024 au Parlement européen.
« Malgré ses promesses, Jordan Bardella ne pourra pas changer le budget 2024. Il a été accepté en novembre 2023, la France l’a adopté, et elle est aujourd’hui dans l’obligation d’y contribuer », explique-t-il à Euractiv France.
Contrairement aux budgets nationaux, le budget européen doit impérativement être à l’équilibre, comme le souligne l’article 314 du Traité sur le fonctionnement de l’UE. La marge de manœuvre pour changer ce qui a été adopté est donc très faible.
Siegfried Mureşan ne se fait pas d’illusions : « De tels discours me rappellent le Brexit. Combien étaient-ils à nous faire miroiter les avantages d’une sortie de l’UE ? Ceux-là ont menti aux peuples ».