France Digitale : « nous avons l’ambition de créer des champions européens »
France Digitale fêtait mercredi (28 septembre) ses 10 ans. L’occasion pour Maya Noël, sa directrice générale, de faire le point sur dix années d’innovation radicale et d’expliquer l’entrée fracassante des start ups dans l’économie française.
France Digitale, association phare de l’écosystème start-up français, fêtait mercredi (28 septembre) ses 10 ans. L’occasion pour Maya Noël, sa directrice générale, de faire le point sur dix années d’innovation radicale et d’expliquer l’entrée fracassante des start-ups dans l’économie française.
« En 2012, notre objectif était de lever 500 millions d’euros en un an. Aujourd’hui, il nous arrive d’atteindre 500 millions d’euros en une seule levée de fonds, pour une seule entreprise ». Le ton est donné, et c’est sans hésiter que Maya Noël parle d’un « changement de paradigme » : « tout l’écosystème s’est développé, les structures de soutien sont légion, nous avons même un guichet dédié au sein de la Direction générale des entreprises ».
France Digitale voit le jour en 2012 avec l’objectif de fédérer des start-ups et représenter de manière cohérente leurs intérêts auprès des investisseurs et des pouvoirs publics. Aujourd’hui « la 1ère communauté tech française et européenne », selon le manifeste de l’organisation, représente 1 800 start-ups, sur les 13 000 « entreprises innovantes » françaises que recense France Stratégie dans un rapport de 2021. Celui-ci estime que ces entreprises innovantes représentaient, en 2018, 114 000 emplois.
Montrer la force de frappe de cette nouvelle économie digitale française, telle est la mission de Maya Noël : « il est possible aujourd’hui de se dire qu’une start-up française peut avoir un rayonnement international. Le slogan de France Digitale ‘jouons collectif’ prend tout son sens : nous avons l’ambition collective de créer des champions européens ».
Face à la crise, l’optimisme
Alors que le moral des entrepreneurs est au plus bas et que les crises économiques et énergétiques frappent l’Europe de plein fouet, le dernier baromètre EY de santé économique des start-ups révèle un optimisme au beau fixe : 39 % d’entre elles comptent doubler leur chiffre d’affaires en 2023.
« Les start-ups sont soumises à la conjoncture économique comme toute autre entreprise. Mais notre optimisme vient du fait qu’elles répondent à des besoins actuels », analyse la directrice générale.
Selon elle, le numérique permet une optimisation des coûts, qui se traduit par des prix plus faibles pour des services dont tous les Français ont besoin. « Nous avons des entreprises qui répondent directement à des problématiques d’inclusion ou d’éducation. Prenez Ornicar, qui permet à des particuliers de payer leur permis de conduire 30 % moins cher : cela concerne tous les Français ».
Et de remarquer que, contrairement à un grand groupe, « une start-up peut rentrer dans un nouveau marché à un moment opportun et adapter son offre en fonction de la demande. Les grandes entreprises sont beaucoup moins agiles. »
Le numérique et l’environnement vont de pair
Le numérique a donc toute sa place pour répondre aux enjeux cruciaux du moment, en premier lieu le réchauffement climatique. Mme Noël en veut pour preuve la venue de Christophe Béchu, ministre de la Transition Ecologique, pour clore la conférence. Une première pour France Digitale.
« Il y a une prise de conscience générale de la part de jeunes entreprises d’intégrer l’environnement dans leurs prises de décision – même si toutes n’ont évidemment pas la transition écologique au cœur de leurs modèles économiques », explique la directrice générale.
Ce que confirme le baromètre EY : « 37 % [des start-ups] déclarent avoir réalisé un bilan carbone en 2021, et 33 % sont labellisées “entreprise à mission” ». En 2021, une étude de la Banque publique d’investissement, en partenariat avec France Digitale, réalisait en 2021 le premier « mapping » des start-ups « à impact » : plus de 700 entreprises étaient répertoriées comme agissant en faveur de l’environnement et de la transition écologique, avec 4,4 milliards d’euros de fonds levés.
N’y a-t-il pourtant pas de paradoxe entre la préservation de l’environnement et un monde numérique particulièrement énergivore ? « L’intérêt est moins dans la technologie en tant que telle, qui n’est qu’un outil : regardons plutôt l’usage qu’on en fait », rétorque Mme Noël. « Les impacts peuvent être gigantesques : encore faut-il que nous soyons tous éduqués pour faire usage de cette technologie dans les meilleures conditions ».
Les synergies entre start-ups et pouvoirs publics
Les exécutifs français et européens prennent-ils la mesure de l’ampleur du poids économique et technologique que cela représente ?
« Il y a une envie à Bruxelles de faire émerger des grandes entreprises européennes. Des textes de loi comme le DMA [Digital Markets Act] et DSA [Digital Services Act] font preuve d’une volonté de réguler le marché européen pour donner plus de clarté juridique aux entreprises et les protéger face à l’hégémonie de certains grands groupes », analyse la directrice générale.
Même chose avec le gouvernement français : en dix ans, « le canal de communication a été ouvert. Aujourd’hui, à une conférence comme la nôtre, nous accueillons deux ministres et plusieurs députés » sans que cela surprenne.
La création de la French Tech, par le biais duquel l’Etat soutient le développement de pôles d’innovation dans les villes françaises, témoigne de cet engouement. Et Mme Noël d’ajouter : « la création du ‘visa French Tech’, qui permet d’attirer des talents étrangers pour contribuer au rayonnement de start-up françaises, a été une victoire ».
Mais des chantiers méritent encore d’être ouverts : « aujourd’hui, si une start-up veut se développer dans un autre pays européen, elle doit faire face à des réalités administratives parfois radicalement différentes. Il existe de vraies barrières réglementaires », explique-t-elle.
Selon elle, il manque en Europe une « préférence » européenne dans les commandes publiques, contrairement aux Etats-Unis « qui savent défendre leurs entreprises innovantes, ce qui contribue à leur développement économique ». Ainsi certains appels d’offres européens, de par leur complexité et la longueur des échéances, ne sont pas du tout adaptés aux start-up, et de grands groupes américains s’en emparent.
Travailler de concert avec toutes les parties prenantes, soutenir la création de « bacs à sable réglementaires » pour faciliter l’accès à de nouveaux marchés européens, harmoniser le cadre réglementaire européen… Vastes sujets qui ne confirment qu’une chose : France Digitale a de beaux jours devant elle.