Les organisations allemandes de migrants appellent à une refonte de la politique d’intégration
Lors du sommet sur l’intégration mardi (9 mars), le gouvernement allemand a adopté un paquet de mesures, qui devraient soutenir l’intégration des immigrés en Allemagne par le biais d’une centaine d’initiatives. Peut mieux faire, d'après les organisations de migrants.
Lors du sommet sur l’intégration mardi (9 mars), le gouvernement allemand a adopté un paquet de mesures, qui devraient soutenir l’intégration des immigrés en Allemagne par le biais d’une centaine d’initiatives. Selon l’opposition et plusieurs associations, les conclusions tirées de cette réunion demeurent toutefois décevantes. Un article d’Euractiv Allemagne.
Le « Plan d’action national pour l’intégration » à cinq niveaux (NAP-I) a été élaboré par 300 organisations et groupes de pression fédéraux, étatiques et communaux, accompagnés de 75 associations de migrants de la société civile. En préambule y figurent ainsi des initiatives visant à soutenir les immigrés avant qu’ils n’arrivent en Allemagne, tandis que les conclusions mettent en exergue des mesures ayant comme objectif d’améliorer la cohésion sociale.
Le premier niveau dudit plan consiste à fournir diverses informations au sein même du pays d’origine.
Le deuxième niveau se concentre sur les immigrés arrivés récemment, notamment en ce qui concerne la valorisation de leurs diplômes et l’organisation de cours de langue.
Le troisième niveau s’attelle davantage à la participation fondamentale des immigrés dans la vie en société, en particulier la mise en place de mesures pour favoriser l’intégration sur le marché de l’emploi et faire la lumière sur les engagements civiques qui leur incombent.
Le quatrième niveau englobe plusieurs projets visant à garantir l’égalité des genres dans nombre de secteurs, comme les médias, le sport et la culture.
Enfin, le cinquième niveau s’axe sur la création de programmes qui abordent les processus de naturalisation, la formation politique et la lutte contre la discrimination.
Le sommet organisé ce mardi (9 mars) avait pour objectif de focaliser l’attention sur les deux dernières phases, qui devraient permettre de renforcer la cohésion sociale.
En outre, d’après la représentante de la CDU chargée du dossier intégration Annette Widmann-Mauz, le plan d’action « stimulera l’intégration à tous les niveaux de manière systématique et renforcera la cohésion sociale ».
Critiques de l’opposition et des associations
Les organisations de migrants et l’opposition ont certes salué les efforts du gouvernement en matière d’intégration, mais elles qualifient les mesures d’« insuffisantes » et appellent à un « changement de paradigme » dans la politique migratoire allemande.
L’experte sur les questions d’intégration Filiz Polat (Verts) souhaite une refonte fondamentale de la stratégie allemande, autrement dit que le pays se distancie du financement de projets à court terme afin de se tourner davantage vers un soutien à long terme des organisations de migrants.
« La politique d’intégration allemande nécessite un changement de paradigme de toute urgence, faute de quoi nous risquons de tourner en rond pendant les quinze prochaines années. Les mesures actuelles – le “saupoudrage” des aides, les campagnes de sensibilisation et les déclarations d’intention non contraignantes – ne sont pas suffisantes », a-t-elle expliqué dans un entretien avec Euractiv Allemagne.
Des propos qui font écho aux défis structurels qu’identifie le porte-parole du SPD pour la politique d’intégration Lars Castellucci.
« Nous ne parviendrons pas à nos fins en finançant des projets à court terme. Il convient d’opérer des changements structurels. Il s’agit également de fournir du soutien aux organisations engagées sur le long terme », maintient-il.
Le plan à cinq niveaux a été imaginé pour ceux qui sont récemment arrivés en Allemagne, mais il n’aborde pas les inégalités auxquelles sont confrontées les personnes issues de familles d’immigrés installées dans le pays depuis des dizaines d’années, a précisé Ümit Koşan, président de l’organisation BV-NeMo et participant au sommet.
« Il en va de la crédibilité de la politique d’intégration actuelle, qui devrait davantage s’axer sur la participation [citoyenne]. Il est donc nécessaire d’élaborer des structures ad hoc. Le rôle central des organisations de migrants pour ce faire est certes mis en avant, mais celles-ci ne reçoivent pas assez de soutien », a-t-il renchéri.
Selon Niklas Harder, codirecteur du département Intégration au Centre allemand de recherches pour l’intégration et la migration (DeZIM), il serait judicieux de réfléchir à des financements à long terme, plutôt que de focaliser son attention sur des projets de courte durée.
Cependant, la responsable CDU/CSU chargée du dossier intégration soulève des inquiétudes face à une telle transition, qui réduirait la transparence des aides publiques.
Quotas et candidatures anonymes
Les solutions législatives représentent un autre moyen pour faciliter ce changement structurel, arguent les parties en faveur. L’amélioration de la représentation des migrants dans la fonction publique était un point central abordé lors du sommet.
Daniel Gyamerah, président de l’organisme Each One Teach One, a mis en exergue que des actions politiques concrètes devraient réorienter l’approche de l’Allemagne, afin que le pays « s’éloigne de projets isolés, et se concentre sur l’élaboration d’une infrastructure axée sur la lutte contre le racisme et la responsabilisation ». Outre le renforcement de la lutte contre la discrimination et le soutien aux personnes concernées, M. Gyamerah a demandé l’adoption d’un texte de loi sur l’égalité et la participation assorti de quotas au niveau fédéral et au niveau des Länder.
De tels quotas n’existent pas à l’heure actuelle dans le pays, bien que l’introduction d’un « quota de migrants » de 35 % dans la fonction publique de la ville de Berlin eût fait l’objet de discussions. Le projet avait finalement été abandonné à la suite des critiques du SPD, autre parti de la coalition au pouvoir.
Cet échec récent ne signifie pas pour autant que tous les efforts pour améliorer la représentation des migrants sont vains, fait remarquer M. Harder. « Les administrations n’ont pas besoin de l’introduction de quotas afin de se diversifier et de rendre le gouvernement – en tant qu’employeur – plus attrayant pour les personnes issues de l’immigration. »
Comment accroître la diversité ? Une solution pourrait être de créer des procédures de candidatures anonymes pour des postes à la fonction publique.
Néanmoins, cette option suscite plusieurs critiques, notamment de la part de Lars Castellucci et Daniel Gyamerah. Ce dernier avance d’ailleurs que « les procédures de candidature anonymes ne peuvent être utiles, si tant est qu’elles le soient, que si l’on s’assure que davantage de personnes touchées par la discrimination structurelle ou raciale postulent et sont effectivement recrutées », souligne-t-il. « Sinon, nous aurons des demandes anonymes et aussi peu de demandes qu’auparavant. »