Glaris, le canton suisse où l’on peut voter dès 16 ans

Il y a 15 ans, le canton de Glaris a abaissé l’âge légal du vote à 16 ans. C’est depuis lors la seule région suisse à l’avoir fait, ce qui pourrait être dû au processus démocratique très ancien utilisé pour le vote, un processus qui ne subsiste que dans deux cantons aujourd’hui.

Euractiv.com
This article is part of our special report "La parole aux jeunes : la participation politique dans l’UE et au-delà"
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Chaque année, à Glaris, a lieu ce que l’on appelle la Landsgemeinde, où les citoyens se réunissent pour discuter et voter sur les changements législatifs dans la loi cantonale. [Arno Balzarini (EPA)]

Il y a 15 ans, le petit canton suisse de Glaris a abaissé l’âge légal du vote à 16 ans. C’est depuis lors la seule région suisse à l’avoir fait, ce qui pourrait être dû au processus démocratique très ancien utilisé pour le vote, un processus qui ne subsiste que dans deux cantons aujourd’hui.

Le canton de Glaris est situé à une heure de train de Zurich et est habité par 40 000 personnes seulement. À première vue, on ne s’attend pas à ce que des révolutions s’y produisent. Mais les apparences sont trompeuses, et les habitants de Glaris réservent parfois des surprises politiques, comme le premier dimanche de mai 2007, lorsque les habitants de la ville de Glaris se sont réunis pour la Landsgemeinde.

Chaque année à la même période a lieu ce que l’on appelle la Landsgemeinde (assemblée du pays), au cours de laquelle les citoyens se réunissent pour discuter et voter sur les changements législatifs dans la loi cantonale. Chaque citoyen a le droit de suggérer une modification législative, qui est ensuite débattue et votée.

« La Landsgemeinde peut créer une dynamique particulière », a confié Daniel Kübler, professeur de démocratie et de gouvernance publique, à EURACTIV.

Une dynamique particulière qui semble également s’être enclenchée en 2007. En amont de la Landsgemeinde cette année-là, une proposition pour augmenter l’âge de vote à 19 ans et l’éligibilité à 20 ans avait été déposée. En guise de protestation, Michael Pesaballe, alors âgé de 20 ans et membre des jeunes socialistes, a déposé une autre proposition visant à accorder le droit de vote actif (pouvoir voter pour des candidats) et passif (être candidat) pour les citoyens dès l’âge de 16 ans.

Le gouvernement cantonal a réagi en présentant une proposition alternative qui donnerait aux jeunes le droit de vote à partir de 16 ans mais réserverait le droit d’être élu à une fonction publique aux citoyens âgés d’au moins 18 ans.

Tout naturellement, les avis divergeaient ce jour-là. Alors qu’un citoyen plus âgé affirmait que les jeunes ne pouvaient pas se voir attribuer cette responsabilité car beaucoup d’entre eux n’étaient pas intéressés par la politique et manquaient de respect pour les aînés, M. Pesaballe a soutenu que les jeunes devaient avoir leur mot à dire car c’était leur avenir qui était le plus affecté par les décisions politiques.

Un autre jeune militant a exhorté les habitants de la vallée à « briser les hautes montagnes de l’entêtement ».

Et ils y sont finalement parvenus, même si le vote était serré et qu’il a dû être répété trois fois de suite pour déterminer quelle proposition obtenait le plus de voix. Ainsi, les jeunes de 16 et 17 ans ont obtenu le droit de vote.

« J’espère que c’est un signe pour d’autres cantons, pour qu’ils suivent le mouvement et que cette mesure soit ensuite appliquée à l’échelle nationale », avait alors déclaré M. Pesaballe à la radio publique suisse après le vote.

Toutefois, ce n’était qu’un espoir vain et cette mesure n’a pas été appliquée ailleurs depuis lors.

En 1864, la Landsgemeinde avait servi de modèle au reste de la Suisse avec l’adoption d’une loi sur les usines introduisant la journée de travail de 12 heures. Cette loi avait jeté les bases d’une loi nationale similaire en 1877. Mais l’abaissement de l’âge du droit de vote a pour sa part été rejeté à plusieurs reprises dans d’autres cantons du pays.

« Les propositions d’élargissement du suffrage ont historiquement toujours été très difficiles à faire passer », a indiqué M. Kübler.

En réalité, dans le seul autre canton suisse qui utilise encore ce processus démocratique très ancien, Appenzell Rhodes-Intérieures, la Landsgemeinde est plus tristement connue pour avoir refusé d’étendre le suffrage aux femmes jusqu’en 1991.

Quoi qu’il en soit, à Glaris, nombreux sont ceux qui considèrent l’abaissement de l’âge de vote comme un véritable succès.

« Nous constatons, ces dernières années, que les jeunes sont plus souvent montés sur le podium des orateurs [de la Landsgemeinde] », a expliqué Marianne Lienhard, membre du gouvernement cantonal pour le parti conservateur nationaliste suisse, l’Union démocratique du centre (UDC), à un média local il y a quelques mois.

Toutefois, Daniel Kübler, qui a analysé les conséquences de cette décision dans une étude réalisée en 2021, a constaté que les citoyens de 16 et 17 ans étaient moins susceptibles de participer aux votes que le reste de la population.

Il a reconnu qu’« il est généralement vrai que les jeunes ont tendance à être des électeurs moins actifs que les personnes plus âgées », mais a toutefois affirmé que cette tendance n’était pas une raison pour ne pas accorder le droit de vote aux jeunes.

Mme Lienhard a elle aussi défendu cette position, expliquant que la participation au système de vote ne devrait pas être déterminée par l’âge mais par l’intérêt politique.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]