Google et les leaders des télécoms prônent l’interopérabilité des « iMessages » d’Apple

Google, accompagné des plus grands opérateurs télécoms de l’UE, a appelé la Commission à ce que l’application iMessage d’Apple tombe sous le coup de la réglementation sur les marchés numériques, ce qui obligerait Apple à assurer l’interopérabilité de son application avec d’autres services de messagerie.

Euractiv France
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Les signataires de la lettre soutiennent que ce devrait être le cas puisque : « iMessage ne permet des conversations groupées ou une messagerie enrichie qu'entre utilisateurs Apple », ce qui en fait un contrôleur d'accès permettant aux utilisateurs professionnels d’atteindre les utilisateurs finaux. [sdx15 / Shutterstock]

Selon une lettre consultée par Euractiv, Google, accompagné des plus grands opérateurs de télécommunications de l’UE, a appelé la Commission européenne à ce que l’application iMessage d’Apple tombe sous le coup de la règlementation sur les marchés numériques, ce qui obligerait Apple à assurer l’interopérabilité de son application avec d’autres services de messagerie.

Les signataires de la lettre, datée du 3 novembre et adressée au commissaire au marché intérieur Thierry Breton, sont de hauts responsables de Google, Orange, Deutsche Telekom, Telefónica, Vodafone, Element et Wire.

L’initiative exhorte la Commission européenne à désigner iMessage d’Apple, une application présente par défaut sur les iPhones et les iPads, comme un « service de plateforme essentiel » dans le cadre du règlement sur les marchés numériques (Digital Markets Act, DMA), en soulignant que le service de messagerie « atteint les seuils quantitatifs » définis dans la règlementation européenne.

« L’application « Messages » d’Apple, qui contient le service iMessage, est préinstallée et définie comme l’application de messagerie mobile par défaut de tous les utilisateurs d’iOS [qui représentent >35% des utilisateurs européens]. Cette pratique restrictive d’Apple oblige les utilisateurs d’iOS à télécharger et à installer des applications tierces qui ne sont pas directement intégrées à l’appareil », peut-on lire dans la lettre.

La lettre n’a pas été cosignée par Meta, qui possède pourtant les deux seules applications de messagerie entrant dans le champ d’application du DMA : Facebook Messenger et WhatsApp.

Les « services de plateforme essentiels »

En septembre, la Commission européenne a publié la liste des 22 « services de plateforme essentiels » qui devront respecter une série de règles ex ante de préservation de la concurrence. En ce qui concerne l’application iMessage d’Apple et le moteur de recherche Bing de Microsoft, deux des absents les plus notables, la Commission européenne a lancé une enquête plus poussée qui vise à définir si ces services doivent également être couverts par les obligations antitrusts.

Les signataires de la lettre soutiennent que ce devrait être le cas puisque : « iMessage ne permet des conversations groupées ou une messagerie enrichie qu’entre utilisateurs Apple », ce qui en fait un contrôleur d’accès permettant aux utilisateurs professionnels d’atteindre les utilisateurs finaux.

La désignation « service de plateforme essentiel » signifierait, entre autres obligations, qu’Apple devrait rendre iMessage interopérable avec d’autres services de messagerie sur demande.

L’entreprise Apple dans son entièreté a déjà été désignée comme un « contrôleur d’accès » et ses services actuellement couverts par le DMA sont son magasin d’applications AppStore, son navigateur internet Safari et son système d’exploitation iOS. Le créateur de l’iPhone a refusé de répondre à la demande de commentaires d’Euractiv, mais a fait allusion à un document publié en septembre, résumant le point de vue d’Apple.

Apple affirme que, d’après ses données, « l’utilisation d’iMessage est négligeable par rapport à d’autres services de messagerie utilisés dans l’Union européenne ».

Toutefois, si les iPhones ne sont pas les smartphones les plus répandus de l’UE, leurs taux de pénétration de marché sont corrélés aux revenus des habitants, et atteignent donc la majorité des utilisations sur les marchés des pays européens les plus riches, situés au nord du bloc.

Les rivaux d’Apple soutiennent que l’entreprise a refusé d’adopter la norme industrielle des SMS appliquée par d’autres systèmes d’exploitation, préférant construire son propre système de communication exclusif pour les utilisateurs d’iOS.

En conséquence, « des millions d’utilisateurs, tant dans le segment des petites entreprises (via l’utilisation directe d’iMessage) que dans celui des grandes entreprises (via le contrôleur d’accès Messages for Business d’Apple) [dépendent] de la plateforme de messagerie préinstallée d’Apple ».

Dans le même document, Apple affirme que « iMessage n’est pas principalement conçu comme un canal de communication entre entreprises et consommateurs (business-to-consumer, ou B2C) » et souligne le « peu d’importance d’iMessage pour la communication B2C ».

Selon une source proche du dossier qui a demandé à rester anonyme, cette initiative prouve que Google a un intérêt commercial à forcer l’interopérabilité de l’application iMessage avec son système d’exploitation Android.

L’enquête de la Commission sur les obligations d’iMessage en matière de règlementation antitrust devrait être achevée d’ici février 2024. Selon les informations d’Euractiv, l’exécutif européen fait face à des difficultés en termes de moyens, et la lettre pourrait par conséquent être considérée comme un moyen de pousser les priorités en matière d’application du règlement européen du DMA.

Dans le document cité par Apple, la Commission a pris note des arguments d’Apple et a indiqué que l’enquête en cours sur iMessage déterminerait si l’utilisation prétendument limitée d’iMessage était une justification suffisante pour que l’application ne soit pas considérée comme un « service de plateforme essentiel ».