Greenpeace : en Europe, la route a attiré 66 % d'investissements de plus que le rail
Les pays européens ont consacré entre 1995 et 2018 quelque 1 500 milliards d’euros aux infrastructures routières contre seulement 930 milliards au rail, selon une étude publiée mardi par l’ONG environnementale Greenpeace, qui demande de « rediriger » les financements.
Les pays européens ont consacré entre 1995 et 2018 quelque 1 500 milliards d’euros aux infrastructures routières contre seulement 930 milliards au rail, selon une étude publiée mardi (19 septembre) par l’ONG environnementale Greenpeace, qui demande de « rediriger » les financements.
Dans 30 pays (UE, Norvège, Suisse et Royaume-Uni), la longueur cumulée du réseau autoroutier a progressé de 60 % entre 1995 et 2020 pour passer de 51 500 à 82 500 kilomètres. Le réseau ferroviaire a lui perdu 6,5 %, selon l’étude réalisée pour l’ONG par T3 Transportation et l’Institut Wuppertal, un centre de recherche allemand.
L’étude estime que l’expansion des autoroutes observée au cours de cette période a entraîné une augmentation de 29 % de la demande de transport routier en Europe et que les émissions dues au transport dans l’UE ont augmenté de 15 %, contrairement à la tendance à la baisse observée dans la plupart des secteurs.
Greenpeace a également dénoncé les quelque 130 milliards d’euros dépensés pour les infrastructures aéroportuaires entre 1995 et 2018 en Europe, soulignant l’impact des déplacements aériens sur le climat.
Les calculs se basent sur les données disponibles dans chaque pays.
Un investissement en dépit du changement climatique
Dès 1995, « nous étions déjà bien informés de la réalité du dérèglement climatique, il y avait déjà des négociations sur le climat et des engagements pour réduire les gaz à effet de serre », souligne auprès de l’AFP Lorelei Limousin, responsable transports chez Greenpeace UE. « Malgré ces alertes sur le changement climatique à venir, les pays ont continué à investir dans les routes. »
La France, notamment, « a investi plus que deux fois plus dans les routes que dans le rail », selon l’étude : 278 milliards d’euros pour les routes contre 130 milliards pour le rail, trains urbains, métros et trams inclus. Un ratio quasi équivalent à l’Allemagne, avec 278 milliards contre 132 milliards d’euros.
En Europe, quelque 13 700 km de lignes de trains passagers ont fermé depuis 1995, note l’étude, mais « plus de la moitié » des lignes de trains passagers « pourrait être rouverte relativement facilement ».
L’écart de financement entre route et rail se réduit pour la période de 2018 et 2021, avec 34 % de fonds de plus alloués au réseau automobile qu’au train.
La France a notamment investi 10 % de plus dans le rail que dans les routes sur cette période.
Parmi les pays étudiés, c’est la Roumanie qui présente l’écart le plus important entre les niveaux d’investissement, ayant consacré 12 fois plus de fonds à l’expansion des routes qu’à celle du réseau ferroviaire depuis 1995.
La Croatie est seconde dans le classement, avec 586 % d’investissements de plus dans les routes que dans les chemins de fer, tandis que la Pologne se place en troisième position, avec des investissements 6,5 fois plus importants.
La plus forte expansion du réseau autoroutier a été observée en Espagne, qui l’a étendu de 8 623 km depuis 1995, dépassant de loin la France, en deuxième position, qui a vu son réseau s’accroître de 3 385 km.
La croissance autoroutière la plus importante par rapport à la taille du réseau a été observée en Irlande, qui a augmenté son réseau routier de 1 321 % entre 1995 et 2020. La Roumanie, qui a connu l’écart le plus important entre le financement de la route et du rail, a augmenté ses autoroutes de 714 %.
Pas encore un retournement de tendance
Cependant, tous les pays n’ont pas suivi la tendance consistant à investir davantage dans les autoroutes.
Entre 1995 et 2018, la Belgique a investi 210 % de plus dans son réseau ferroviaire que dans son réseau routier, et l’Autriche et le Royaume-Uni ont également investi davantage dans le rail. Toutefois, « on ne peut pas encore parler d’un retournement de tendance » au niveau européen, explique Mme Limousin.
« Il ne faut pas se satisfaire d’augmenter les financements dans le rail, il faut aussi arrêter de financer les problèmes comme les autoroutes », soutient-elle.
« Des fonds publics ne doivent pas être gâchés pour l’expansion d’autoroutes et d’aéroports », selon Greenpeace, qui demande « l’arrêt de tous les nouveaux projets d’autoroutes » en « limitant les investissements routiers au strict minimum pour l’entretien » et les mesures de sécurité.
L’ONG demande ainsi de « rediriger » les financements vers le rail, mais aussi les transports en commun et les modes non-motorisés comme le vélo ou la marche.
Des fermetures qui nuisent aux habitants des zones rurales
Environ 13 700 km de routes ont été fermés aux trains de passagers au cours de la période examinée, tandis que quelque 2 500 gares ferroviaires ont été fermées temporairement ou définitivement — une tendance qui affecte principalement les communautés rurales.
« Des millions de personnes vivant en dehors des villes n’ont d’autre choix que de posséder une voiture pour se rendre au travail, emmener les enfants à l’école ou accéder aux infrastructures de base, car elles vivent dans des zones où les transports publics sont peu nombreux, voire inexistants. Cette situation est le résultat direct du démantèlement par les gouvernements des réseaux ferroviaires locaux et régionaux, alors qu’ils investissent massivement dans le réseau routier », a déclaré Mme Limousin.
L’Allemagne a été désignée comme le pays ayant le plus réduit son réseau ferroviaire, avec la fermeture de 2 700 km de lignes de chemin de fer pour passagers depuis 1995.
La Pologne et l’Italie viennent ensuite, avec respectivement 2 330 km et 1 831 km de lignes ferroviaires fermées.
Toutefois, comme l’infrastructure n’a souvent pas été complètement démantelée, plus de la moitié des lignes ferroviaires fermées pourraient être rouvertes relativement facilement, selon Greenpeace.
Réduire l’écart
Dans la stratégie de la Commission européenne pour une mobilité durable et intelligente à l’horizon 2020, l’exécutif européen s’est fixé pour objectif de doubler le nombre de trajets en train à grande vitesse d’ici à 2030, et de doubler le trafic de fret ferroviaire d’ici à 2050.
Favoriser le transport des personnes et des marchandises par le rail est considéré comme un moyen de réduire rapidement l’empreinte carbone de l’Europe. En effet, alors que le transport routier est responsable d’environ 72 % des émissions liées au transport en Europe, le transport ferroviaire représente moins de 1 % de ces émissions.
Reconnaissant publiquement les avantages écologiques du rail, la Commission européenne a fait de 2021 « l’Année européenne du rail », organisant une série d’évènements pour promouvoir les avantages du train par rapport à la route ou à l’avion.