Guerre en Ukraine : la Chine épouse la campagne de désinformation de la Russie, selon un organe de l’UE

Selon l’organe de politique étrangère de l’UE, la Chine relaye des informations sur la guerre en Ukraine, renforçant dans de nombreux cas la désinformation russe.

EURACTIV.com
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Si la Chine a cherché à se positionner comme un étant relativement neutre et un médiateur potentiel dans le conflit, le pays a refusé de condamner les actions de la Russie ou de soutenir les sanctions internationales. [[Shutterstock / Photo Veterok]]

Selon l’organe de politique étrangère de l’UE, la Chine relaye des informations sur la guerre en Ukraine, renforçant dans de nombreux cas la désinformation russe.

Les médias chinois, contrôlés par l’État, reprennent fréquemment la rhétorique dominante du Kremlin sur la guerre, notamment en niant les atrocités et en attribuant la responsabilité du conflit à l’OTAN et aux États-Unis, indique EUvsDisinfo, un projet d’analyse de la désinformation géré par le Service européen pour l’action extérieure.

Si la Chine a cherché à se positionner comme un étant relativement neutre et un médiateur potentiel dans le conflit, le pays a refusé de condamner les actions de la Russie ou de soutenir les sanctions internationales.

Les propos de la Chine sur la guerre, en particulier sa propre attitude à son égard, sont variés, a déclaré à EURACTIV Katja Drinhausen, analyste principale au Mercator Institute for China Studies (MERICS). Elle a tout de même noté qu’il y avait eu un rapprochement étroit avec les médias russes dès le début.

« La question au début était “s’agit-il simplement d’un comportement opportuniste ou de tomber dans des sortes de schémas de coopération prédéfinis ?” », a-t-elle déclaré.

Selon EUvsDisinfo, la Chine a cherché à conserver un rôle neutre en s’abstenant de condamner les actions de la Russie et en s’alignant sur des éléments narratifs que le projet décrit comme empruntés à la stratégie du Kremlin.

Parmi les plus importants, on trouve la thèse selon laquelle les sentiments anti-chinois et anti-russes de l’OTAN et des États-Unis ont poussé la Russie à la confrontation. Parmi les autres thèses, figurent les théories du complot sur les laboratoires biologiques militaires gérés par les États-Unis et les tentatives répétées du Kremlin de justifier l’invasion par volonté de « dé-nazifier » l’Ukraine.

Les liens entre les médias d’État chinois et russes, qui datent de bien avant la crise, notamment les accords officiels de partage de contenu en vigueur depuis plusieurs années, contribuent aux discours communs sur la guerre qui ont émergé ces dernières semaines.

Peu avant l’invasion, les médias chinois ont reçu l’ordre de ne publier que des informations provenant de certains médias officiels ayant conclu de tels accords. Les discussions relatives à l’Ukraine sur les médias sociaux ont également été censurées.

« Les médias d’État chinois ont pratiquement copié-collé le contenu des médias russes », a déclaré Mme Drinhausen. « Il y a des segments entiers du journal télévisé chinois du soir qui reprennent en grande partie la position russe ».

« Parfois, ils contiennent de très brèves séquences reprenant ou résumant les propos des représentants de l’Union européenne ou des États-Unis, ou de M. Zelensky et du gouvernement ukrainien, mais il s’agit alors à 90 %, non pas d’un soutien direct à la position russe, mais essentiellement de la lecture des déclarations des ministères russes des Affaires étrangères », a-t-elle ajouté.

De nombreux médias d’État chinois se sont également abstenus d’utiliser des termes tels que « invasion » dans leur communication, selon EUvsDisinfo, et ont choisi de ne pas relater certaines informations ou alors de publier les démentis du Kremlin concernant des événements tels que les massacres découverts à Boutcha ces derniers jours.

Si elle a continué à mettre l’accent sur la « souveraineté et l’intégrité territoriale de toutes les nations » dans le contexte de l’Ukraine, la Chine a également fait un effort concerté pour faire la distinction avec sa position sur Taïwan, en maintenant que les deux situations ne sont pas comparables.

Les responsables de l’UE ont appelé à une approche plus proactive de la désinformation et de la propagande, en faisant explicitement le lien entre les approches des deux pays. En mars, l’eurodéputé Raphaël Glucksmann, président de la Commission des Affaires étrangères du Parlement, a averti que la désinformation en provenance de Chine, en particulier au sujet de Taïwan, devait être prise au sérieux avant le début d’une crise semblable.

Il existe cependant quelques divergences essentielles entre la couverture de la guerre par les médias russes et les médias chinois. EUvsDisinfo note que la Chine n’a pas donné autant d’importance à tous les éléments de désinformation émanant de la Russie. En effet, certains médias ont fait état des pertes russes et de l’aide humanitaire chinoise aux civils en Ukraine.

La stratégie médiatique de la Chine diffère également en fonction du public cible. En Europe, a déclaré Mme Drinhausen, les médias chinois ne se sont pas autant tournés vers la désinformation et, tout en présentant un discours qui s’aligne étroitement sur la position russe, ont intégré des déclarations contrastées.

Toutefois, tant au niveau national que dans d’autres régions, a-t-elle ajouté, l’alignement sur le Kremlin est beaucoup plus marqué et la désinformation beaucoup plus fréquente.

Il y a également des limites à la censure chinoise du contenu concernant la guerre. Mme Drinhausen a fait remarquer qu’il ne s’agit pas de la priorité absolue du gouvernement par rapport à des sujets qui pourraient susciter des réactions au niveau national, comme les événements à Hong Kong ou au Xinjiang. Selon elle, au lieu d’une censure pure et simple, l’accent est souvent mis sur le choix des personnalités qui s’expriment sur l’Ukraine, tant en Chine qu’à l’étranger.

Ce qui est toutefois notable dans l’ensemble, dit-elle, c’est que la Chine n’a pas encore renoncé à s’aligner sur les médias russes et continue de donner une voix forte à la position du Kremlin.

« La grande question est de savoir s’il y aura un changement, ou s’ils continueront essentiellement à jouer leur stratégie d’alignement sur la Russie chez eux tout en essayant de conserver ce vernis de neutralité supposée et de flexibilité rhétorique en Europe », a déclaré Mme Drinhausen. « La réponse, je suppose, reste ouverte ».