INTERVIEW : Le commissaire à la Défense annonce un projet de satellite-espion prêt dès l’an prochain
La Commission européenne est en train d’établir une liste de services satellitaires à usage militaire destinés à alimenter une nouvelle constellation européenne. Pour Euractiv, le commissaire à la Défense et à l’Espace, Andrius Kubilius, a détaillé les contours de ce projet.
Dans le cadre du renforcement des capacités de défense du bloc, l’UE prépare un programme doté de plusieurs milliards d’euros pour déployer des satellites capables de fournir aux gouvernements des images haute définition de n’importe quel point du globe, dans des intervalles d’environ 30 minutes.
« Étant donné que les données de géointelligence sont indispensables, nous examinerons également la possibilité, dans un premier temps, d’utiliser des données commerciales et de voir comment nous pouvons intégrer les ressources nationales, puis, en parallèle, mettre en place un tout nouveau système européen », a expliqué Andrius Kubilius.
Une analyse détaillée des besoins des utilisateurs devrait être finalisée à la nouvelle année. Le commissaire lituanien a précisé que l’avancée des discussions dépendra également de la répartition des budgets dédiés à la défense et à l’espace dans le prochain cadre financier pluriannuel — le budget septennal de l’UE.
« Les États membres nous ont fait part de leurs demandes et nous sommes en train de préparer ce que l’on appelle les besoins des utilisateurs, c’est-à-dire ce dont ils ont spécifiquement besoin », a-t-il déclaré. « Il s’agit d’un projet stratégique crucial. »
Parallèlement aux financements européens, les pays membres de l’Agence spatiale européenne (ESA) — qui inclut aussi la Suisse, la Norvège et le Royaume-Uni — se sont engagés la semaine dernière à verser 1,2 milliard d’euros pour lancer les premières phases du programme.
Outre les systèmes d’observation, le programme comprendrait également des composantes de navigation et de communication.
Les ministres des pays de l’ESA ont obtenu un délai supplémentaire d’un an pour décider s’ils souhaitent contribuer à un financement supplémentaire, ont confirmé des responsables après une réunion ministérielle à Brême, en Allemagne, alors que des discussions hebdomadaires sont en cours avec les experts techniques de la Commission sur la conception finale de la constellation.
La Commission a déjà indiqué qu’elle souhaitait lancer en 2026 une initiative appelée « Bouclier spatial », qui comprendra des capacités de surveillance de la Terre.
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Définition et déploiement
La prochaine étape pour l’équipe d’Andrius Kubilius consiste à préciser le mandat politique du réseau et à définir son déploiement avec l’ESA.
L’UE dispose déjà de trois grands programmes spatiaux :
- Galileo, la constellation de géonavigation la plus précise au monde ;
- Copernicus, un réseau de satellites d’observation de la Terre et de stations au sol pour surveiller le changement climatique, déjà opérationnels ;
- IRIS², conçu comme une alternative solide au réseau de communications par satellite Starlink d’Elon Musk. Un consortium regroupant les principaux acteurs européens du secteur aérospatial élabore actuellement un plan technique visant à déployer 282 satellites sur différentes orbites. Ce projet devrait également aboutir début 2026.
À Brême, le commissaire Kubilius a déclaré qu’il n’était pas opposé aux efforts d’Airbus, Thales et Leonardo — qui travaillent tous sur IRIS² — visant à fusionner leurs activités spatiales afin d’être plus compétitifs sur le marché mondial des satellites.
« Nous ne devons pas avoir peur de la taille… c’est ce qui renforce notre compétitivité », a noté le commissaire, ajoutant qu’il appartenait aux responsables de la concurrence de l’UE d’évaluer pleinement l’impact de tout accord sur le marché européen.