Invasion du crabe bleu : la Commission invitée à soutenir les conchyliculteurs italiens
L’exécutif européen a été invité, dans une question parlementaire, à jouer son rôle dans la lutte contre l’invasion du crabe bleu en Méditerranée en accordant des fonds supplémentaires aux producteurs aquacoles victimes de l’espèce prédatrice.
L’exécutif européen a été invité, dans une question parlementaire, à jouer son rôle dans la lutte contre l’invasion du crabe bleu en Méditerranée en accordant des fonds supplémentaires aux producteurs aquacoles victimes de l’espèce prédatrice.
La mer Méditerranée a vu la propagation d’une nouvelle espèce invasive qui menace les pêcheurs locaux de la côte Adriatique.
Originaire de l’Atlantique occidental, le crabe bleu (Callinectes sapidus) prospère dans les régions lagunaires d’Italie, comme le delta du Pô et la région de Venise, où il se nourrit de mollusques bivalves tels que les palourdes, les moules et les huîtres ainsi que d’œufs de poisson et d’autres formes de vie aquatique.
Le crustacé meurtrier met à mal la viabilité du secteur économique local : les quelque 3 000 entreprises familiales qui pratiquent la conchyliculture dans cette région contribuent à faire de l’Italie le plus grand producteur de palourdes d’Europe.
Dans une question parlementaire prioritaire, l’eurodéputée Paola Ghidoni (Identité et Démocratie) a demandé à la Commission si elle envisageait de « soutenir les entreprises d’aquaculture et de pêche concernées par les conséquences de la prolifération du crabe bleu en Italie au moyen de fonds ad hoc ».
L’UE dispose d’un fonds consacré à la pêche — le Fonds européen pour les affaires maritimes, la pêche et l’aquaculture (Feampa) — spécifiquement conçu pour soutenir les actions visant à renforcer la résilience du secteur de la pêche de l’UE, notamment les mesures de crise destinées à faire face aux perturbations temporaires.
Le programme européen pour l’environnement et l’action pour le climat (LIFE) et le Fonds de cohésion, principale politique d’investissement de l’UE pour lutter contre les disparités régionales, permettent également d’obtenir un soutien supplémentaire pour lutter contre les conséquences des espèces invasives.
En août, le gouvernement italien a présenté un décret prévoyant le versement de 2,9 millions d’euros aux entreprises aquacoles et aux pêcheurs qui participent à la capture et à l’élimination des espèces envahissantes.
« Il est maintenant temps que Bruxelles intervienne : soutenir les entreprises en difficulté et aider à protéger la biodiversité du delta du Pô relève également de la mission de la Commission », a déclaré Mme Ghidoni, commentant sa question parlementaire déposée mardi (29 août).
Selon l’eurodéputée, l’invasion du crabe bleu fait peser un risque sérieux d’extinction sur une ressource environnementale précieuse. « Les moules, les palourdes et les huîtres peuvent absorber jusqu’à 254 grammes de dioxyde de carbone par kilogramme au cours de leur cycle de vie », a-t-elle poursuivi.
De l’autre côté de l’Adriatique
En Albanie, de l’autre côté de l’Adriatique, l’alarme concernant les crabes bleus a été déclenchée pour la première fois en 2020.
Considérés comme l’une des 100 espèces les plus invasives de la région, ils ont perturbé l’équilibre des populations indigènes, entraînant le déclin et l’extinction de certaines autres, dont les crabes locaux. Les conséquences se sont également fait sentir sur les bivalves de la région, notamment la palourde.
Le réchauffement climatique aggrave la situation en créant des conditions propices à la prolifération des crabes.
Les pêcheurs affirment qu’ils collectent jusqu’à 300 kg de crabes bleus par jour, alors qu’ils ne peuvent vendre que 5 ou 6 kg de poisson au quotidien. L’Albanie n’a pas de demande pour ces crabes, qui ne valent en outre que 40 centimes le kilo.
Spase Shumka, professeur à l’Université agricole de Tirana et spécialiste en hydrologie, a expliqué à Exit que la population de ces crabes « est bien établie dans tous les plans d’eau côtiers d’Albanie ».
Un règlement de 2014 sur les espèces exotiques envahissantes prévoit un cadre européen pour les mesures de lutte contre les espèces aquatiques exotiques introduites par les activités humaines, afin de préserver la biodiversité continentale et les écosystèmes marins.
En mars, la Commission européenne a annoncé le lancement d’une analyse de risque, requise avant d’envisager d’inscrire ou non le crabe bleu sur la liste des « espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l’Union ».
Cependant, la plus récente mise à jour de cette liste remonte à 2022, ce qui signifie qu’une actualisation comprenant le crabe bleu pourrait avoir lieu en 2024 au plus tôt, car la liste est mise à jour tous les 2 à 3 ans en moyenne, selon la Commission.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]