Israël adresse un message à l’Europe : « Vous n’êtes pas les États-Unis »

Dans un entretien accordé à Euractiv, Yossi Amrani, ambassadeur d'Israël en Grèce met l'Europe en garde contre toute menace à l'encontre de son pays.

EURACTIV.com
Israelis gather at Hostages Square
Des Israéliens se rassemblent sur la place des Otages pour célébrer la libération du premier groupe d'otages détenus à Gaza, le 13 octobre 2025 à Tel Aviv, en Israël. [Mostafa Alkharouf/Anadolu via Getty Images]

Un haut diplomate israélien a exhorté l’Europe à traiter son pays avec « respect » et à cesser de « s’immiscer » dans sa politique si elle veut maintenir de bonnes relations avec l’État hébreu et jouer un rôle dans l’élaboration du processus de paix au Proche-Orient.

« L’Union européenne devrait réaliser qu’Israël est un acteur et un partenaire, et qu’il devrait être traité équitablement », a déclaré l’ambassadeur d’Israël en Grèce Yossi Amrani, directeur politique au ministère israélien des affaires étrangères, lors d’un entretien avec Euractiv à Bruxelles. Il a réprimandé les politiciens européens qui, selon lui, pensent pouvoir « faire pression » sur Israël avec des sanctions et d’autres tactiques.

« L’UE, ce n’est pas les États-Unis d’Amérique, et je ne suis pas sûr que les États-Unis utilisent le terme « pression » pour évoquer leurs relations avec Israël », a-t-il ajouté. « Si vous respectez un partenaire, vous discutez et négociez avec lui. On ne fait pas pression, on ne menace pas. »

Les tensions entre Israël et plusieurs pays européens, dont la France, l’Espagne et la Belgique, se sont exacerbées au cours des derniers mois dans le cadre de la guerre à Gaza. De nombreux responsables politiques, dont les commissaires européens Teresa Ribera (Espagne) et Hadja Lahbib (Belgique), ont publiquement suggéré qu’Israël avait commis un génocide à Gaza dans le cadre de sa guerre contre le Hamas, une accusation que le pays rejette avec véhémence.

Yossi Amrani, à la carrière diplomatique de haut vol, estime que les dirigeants européens qui font de telles déclarations ignorent les réalités du terrain pour faire appel au sentiment anti-israélien dans leur pays.

Alors qu’Israël continue d’entretenir des relations étroites avec de nombreux États membres de l’UE, les liens avec l’ensemble du bloc restent globalement tendus, en partie à cause de ce qu’Israël considère comme une ingérence européenne dans ses affaires intérieures.

« L’Europe s’ingère (…) par le biais d’ONG, de financements, de certaines initiatives », a dénoncé Yossi Amrani, pointant du doigt le président Emmanuel Macron, qui a récemment irrité Israël en reconnaissant un État palestinien et en organisant des conférences pour promouvoir une solution à deux États.

Avant que le président américain Donald Trump ne négocie un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas au début du mois d’octobre, l’UE avait menacé d’imposer des sanctions à Israël pour ce que de nombreux dirigeants européens ont décrit comme une campagne disproportionnée à Gaza.

Israël a lancé son offensive en réponse aux attaques meurtrières du Hamas du 7 octobre 2023. Depuis lors, des dizaines de milliers de Gazaouis ont été tués dans le cadre de la guerre menée par Israël contre le Hamas, les bombardements sur ce territoire densément peuplé ayant réduit de grandes parties de celui-ci à l’état de ruines.

Les divergences entre l’Europe et Israël au sujet du conflit en cours ont également mis l’UE à l’écart des récents pourparlers de paix menés sous l’égide des États-Unis. Ni l’UE ni aucun de ses États membres n’ont joué un rôle dans les négociations, a souligné Yossi Amrani. Cette exclusion a notamment été mise en lumière lors de la visite de Donald Trump en Égypte à la mi-octobre pour son sommet sur la paix à Gaza.

« Souvenons-nous de la photo de Charm el-Cheikh, qui en dit long sur ceux qui dirigent et ceux qui sont dans les coulisses », a relevé Yossi Amrani, faisant référence à la façon dont les dirigeants européens ont été relégués en marge de la « photo de famille » du sommet. 

Pour remettre les relations israélo-européennes sur les rails, le diplomate a appelé les dirigeants européens à « s’exprimer au-delà de la politique intérieure et à faire preuve de clarté morale et de leadership politique » en s’opposant à ceux qui accusent Israël de génocide.

Matthew Karnitschnig a contribué au reportage.

(sn)