Israël coupe « tous contacts » avec Kaja Kallas après ses déclarations sur l'apartheid
Le ministre israélien des Affaires étrangères estime que la haute représentante de l'UE pour les affaires étrangères doit revenir sur sa « calomnie de type "meurtre rituel" qu'elle a lancée contre le seul État juif au monde ».
Le ministre israélien des Affaires étrangères a déclaré jeudi qu’il n’avait « d’autre choix que de rompre tout contact » avec la haute représentante Kaja Kallas, jusqu’à ce qu’elle revienne sur ses propos comparant le traitement des Palestiniens par Israël à celui de l’Afrique du Sud durant le régime de l’apartheid.
Euractiv écrivait la semaine dernière que Mme Kallas – la Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité et Vice-Présidente de la Commission européenne – avait comparé l’apartheid sud-africain à la politique d’Israël actuelle envers les Palestiniens lors de réunions avec des représentants du gouvernement mexicain durant une visite au Mexique le mois dernier.
« Je suis reconnaissant envers les nombreux élus européens qui ont condamné cette déclaration choquante », a posté sur X jeudi le ministre israélien des Affaires étrangères, M. Gideon Sa’ar.
« Cependant, à ce jour, aucune dénégation, clarification ni réponse n’a été formulée par elle concernant ces déclarations graves. Par conséquent, en tant que ministre des Affaires étrangères de l’État d’Israël, je n’ai d’autre choix que de suspendre tous contacts avec Mme Kallas.»
Le ministre israélien a également affirmé que, tant que Mme Kallas n’aurait pas rétracté ce qu’il a qualifié de « calomnie assimilable à l’accusation antisémite de meurtre rituel » visant Israël, présenté comme le seul État juif au monde et la seule démocratie du Moyen-Orient, la question resterait entière.
Un responsable à Jérusalem a déclaré à Euractiv que les remarques de M. Sa’ar visaient personnellement Mme Kallas, suite au fait qu’elle n’ait pas réagi ni démenti ses propos, plus de six jours après qu’ils aient été rendus publics.
Israël continuera à dialoguer avec le Service européen pour l’action extérieure (SEAE), que Mme Kallas dirige, ainsi qu’avec la Commission européenne, a ajouté ce responsable à Jérusalem.
Kallas a néanmoins réagi aux propos de M. Sa’ar au moyen d’un message publié jeudi 18 juin sur X.
« Cher Gideon, comme vous le savez, l’UE et Israël sont liés par de nombreux liens », a écrit Kallas.
« J’attache une grande importance à notre dialogue et à notre engagement, et je suis disposée à poursuivre dans cet esprit, de manière respectueuse et constructive. Le dialogue est le fondement de la diplomatie, en particulier lorsque des divergences apparaissent. L’UE reste attachée à entretenir des relations constructives avec Israël. », dit son message.
« Pour instaurer la paix au Moyen-Orient, la solution à deux États reste la seule voie viable. L’UE a condamné les colonies israéliennes illégales en Cisjordanie, qui rendent cet objectif de plus en plus difficile à atteindre. Telle est la position de l’UE. », a-t-elle écrit.
Plus tard le même jour, M. Sa’ar a répondu à Mme Kallas, également par le biais d’un message sur X : « La question est simple : si vous avez effectivement tenu ces propos ignobles et diffamatoires, assumez-les. Si vous ne les avez pas tenus, démentissez-les. Tant que cette affaire ne sera pas éclaircie, ma décision restera inchangée. »
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S’adressant aux journalistes jeudi, les porte-parole de la Commission ont refusé de confirmer ou d’infirmer que Mme Kallas avait établi un parallèle avec l’apartheid.
Anouar El Anouni, porte-parole de la Commission chargé des affaires étrangères, a déclaré que l’UE restait « attachée à une relation constructive avec Israël » et que « le dialogue est le fondement de la diplomatie, en particulier lorsque des divergences apparaissent ».
Interrogé sur la capacité de Mme Kallas à diriger la politique étrangère de l’UE – compte tenu des informations faisant état de tentatives de communication avec le président russe Vladimir Poutine de la part de collaborateurs du président du Conseil européen António Costa –, M. El Anouni a répondu que Mme Kallas « s’acquitte à 100 % de son mandat ».
Armin Laschet, président de la commission des affaires étrangères du parlement allemand, figure parmi les responsables politiques qui ont critiqué les propos de Mme Kallas la semaine dernière.
« Si les États membres de l’UE continuent de permettre à Mme Kallas de saper la politique étrangère européenne semaine après semaine par des propos malvenus, nous risquons un retour en force des approches nationales unilatérales qui affaibliraient l’influence de l’Europe dans le monde », avait déclaré M. Laschet.
Björn Stritzel et Magnus Lund Nielsen ont contribué à cet article.
(cs, vc)
Cet article a été mis à jour.