José Bové veut enrayer la chute des revenus des agriculteurs

Face à la « variabilité spectaculaire » des prix sur les marchés agricoles, le député européen demande notamment à la Commisison de rédiger un rapport sur les abus de position dominante.

EURACTIV.fr

Face à la « variabilité spectaculaire » des prix sur les marchés agricoles, le député européen demande notamment à la Commisison de rédiger un rapport sur les abus de position dominante.

A la veille de l’examen de la loi de modernisation de l’agriculture (LMA) par le Sénat, le président Nicolas Sarkozy a convoqué à l’Elysée, lundi 17 mai, tous les acteurs de la grande distribution. Visés : les industriels, régulièrement accusés de ponctionner une marge trop importante, à l’heure où les agriculteurs français on vu, en 2009, leurs revenus baisser de plus d’un quart par rapport à l’année précédente. Le phénomène est similaire partout en Europe, où les salaires ont chuté en moyenne de 12%. Dans certains pays, les baisses sont plus importantes : – 35% en Hongrie et – 25% en Italie. 

Le salaire des agriculteurs est au centre d’un rapport rédigé par le député européen (Verts-ALE) José Bové, sur une communication de la Commission européenne publiée en octobre 2009. «Les agriculteurs et les consommateurs semblent être les perdants aux deux extrémités de la chaîne alimentaire, alors que les secteurs de la transformation, du commerce, des grossistes et des détaillants peuvent plus facilement compenser la volatilité des prix», constate-t-il.

Or pour l’eurodéputé, la «variabilité spectaculaire» des prix des produits de base dans les secteurs agricole et alimentaire est due à l’augmentation du nombre d’intermédiaires dans la chaîne alimentaire : grossistes, détaillants, chaînes de supermarchés…

Pour répondre à ce phénomène, la Commission européenne propose donc d’accroître la transparence des prix, pour favoriser la concurrence et limiter la volatilité des prix. Mais, critique l’ancien porte-parole de la Confédération paysanne, Bruxelles devrait également prendre en compte les informations qui révèlent les coûts de production réels des agriculteurs par rapport à ceux pratiqués par les autres acteurs de la filière. «Le blé ne représente que 5% du prix d’une baguette de pain», dénonce-t-il.

« Vision schématique »

Dans le secteur de la restructuration de la chaîne alimentaire, José Bové pointe que les propositions de la Commission ne tiennent pas compte de la diversité des structures agricoles, des industries de transformation, des vendeurs (détaillants locaux, supermarchés, marchés,…) ou de la «disparition rapide» des petits détaillants dans les zones rurales défavorisées. José Bové dénonce également la «guerre des prix» qui fait rage entre les chaînes de supermarchés dans la plupart des pays et son incidence sur les prix à la production et la qualité des denrées alimentaires.

Dans un discours prononcé devant la commission Agriculture du Parlement européen, le 4 mai, José Bové dénonce ainsi une « vision schématique » de la chaîne alimentaire européenne de la part de la Commission. Il pointe notamment les «tensions réelles entre les grandes entreprises de la transformation et celles de la grande distribution». «Ces firmes, de tailles économiques équivalentes, poursuivent des logiques similaires et sont en capacité les unes par rapport aux autres de négocier d’égales à égales», poursuit-il. Des industriels qui négocient entre eux au détriment des agriculteurs. 

Le rapport critique également les pratiques déloyales relatives au pouvoir d’achat et à la passation des contrats. «Les propositions de mesures à l’encontre de ces pratiques se limitent à l’échange de bonnes pratiques», relève le document de travail attenant au rapport Bové. Le député européen demande notamment à la Commission européenne de rédiger un rapport sur les abus de position dominante. Il regrette que les propositions de la Commission n’incluent aucune mesure contre les pratiques qui imposent de faibles prix au producteur en exigeant des volumes élevés. Il fustige également le manque de mesures contre les retards de paiement injustifiés, «tels qu’ils ont lieu dans la plupart des chaînes de détaillants». 

Il faut dire qu’en France, les entreprises du secteur n’appliquent pas la loi de modernisation de l’économie, qui vise, entre autres, à raccourcir les délais de paiement. «Nous ne l’avons signée que moyennant des conditions, qui ne sont pas respectées. Il faut prévoir des sanctions dans la loi de modernisation agricole», affirme le président de l’Association nationale des industries agroalimentaires (Ania) Jean-René Buisson, aux Echos.