L'accord grec permettra de gagner du temps mais pas de sauver la Grèce

Hier (21 février), de nombreux experts et décideurs politiques se sont accordés sur le fait que le second renflouement de la Grèce ne permettrait que de faire gagner du temps à Athènes. Certains misent même déjà sur une sortie discrète de la zone euro pour ce pays surendetté et frappé par la récession.

EURACTIV.com
Greek soldiers. Athens, undated. [Shutterstock]
Greek soldiers. Athens, undated. [Shutterstock]

Hier (21 février), de nombreux experts et décideurs politiques se sont accordés sur le fait que le second renflouement de la Grèce ne permettrait que de faire gagner du temps à Athènes. Certains misent même déjà sur une sortie discrète de la zone euro pour ce pays surendetté et frappé par la récession.

Le plus grand mérite du plan de sauvetage approuvé mardi matin (21 février) est de garantir que le reste de la zone euro sera protégé des retombées de la crise de la dette grecque, ont affirmé les experts et personnalités politiques.

« C'est un résultat important qui permet d'éviter les risques immédiats de contagion », a déclaré le premier ministre italien, Mario Monti.

Cet accord complexe conclu lors de négociations ardues qui ont duré toute la nuit permet de gagner du temps pour stabiliser la zone euro et renforcer ses pare-feu financiers, mais personne ne sait si la Grèce sera capable de se remettre sur pied et d'éviter le défaut de paiement sur le long terme.

Le ministre suédois des finances, Anders Borg, s'est montré particulièrement direct dans ses déclarations.

« Bien sûr que les Grecs demeurent coincés dans leur tragédie ; c'est un nouvel acte dans une pièce dramatique qui va encore durer longtemps. Je ne pense pas que nous devrions considérer qu'ils ont réglé certains de leurs problèmes, mais je pense par contre que nous sommes parvenus à faire du problème de la Grèce un problème uniquement grec. La Grèce n'est plus une menace à la relance de l'Europe, c'est un pas en avant. »

Vers une sortie discrète de la zone euro

L'accord implique qu'Athènes s'engage à continuer à appliquer des mesures d'austérité. Les fonctionnaires européens affirment en effet qu'une nouvelle vague de réduction des salaires et de privatisations devrait permettre de remettre l'économie sur le chemin de la croissance dès 2014.

Mais personne ne semble trouver cet objectif réaliste. Dans un rapport confidentiel, la troïka (le FMI, l'UE et la BCE) reconnaît que les perspectives budgétaires de la Grèce se sont détériorées à un tel point que son ratio dette/PIB pourrait toujours être de 160 % en 2020.

Jennifer McKeown, économiste senior spécialisée sur l'Europe chez Capital Economics, a déclaré : « Les mesures d'austérité [que la Grèce] devra mettre en oeuvre et le contrôle renforcé de la troïka sur fond de protestations de la population rendront les choses plus difficiles et entraîneront le pays vers une récession encore plus profonde. »

« Il existe un risque que la Grèce sorte de la zone euro cette année. »

Eurointelligence, un site économique de commentaires et d'analyses géré par Wolfgang Münchau, un membre de l'équipe fondatrice du Financial Times, a expliqué que cet accord avait « ouvert la voie à une sortie discrète de la Grèce ».

Le plan de sauvetage est « un exercice cynique » auquel même ceux qui l'ont approuvé ne croient pas, peut-on encore lire sur ce site.

Le leader conservateur Antonis Samaras qui devrait devenir le prochain premier ministre grec, a déclaré que les objectifs de réduction de la dette stipulés dans l'accord ne pourraient être atteints que si la croissance économique reprenait.

Mais le jour de la conclusion de l'accord, la Grèce a revu ses prévisions de déficit pour cette année, les faisant passer de 5,4 à 6,7 %, ce qui rendra cet objectif encore plus difficile à atteindre.

« Sans rebond et sans croissance […] même les objectifs budgétaires immédiats ne pourront être atteints, la dette ne pourra pas non plus devenir soutenable sur le long terme », a-t-il affirmé lors d'une visite à Chypre.

Dans le Financial Times, l'ancien vice-ministre polonais des finances, Gregorz Kolodko, s'est montré encore plus pessimiste, affirmant que la Grèce courrait tout droit à la catastrophe.

« Après la dernière réunion des ministres des finances de la zone euro, qui a résulté en l'approbation d'un second renflouement de 130 milliards d'euros pour la Grèce, on pourrait penser que la situation va s'améliorer. »

« Mais ce n'est pas le cas. Le pays va à la catastrophe, lentement mais sûrement. Tromper la population, mal évaluer la situation et tromper les marchés n'est ni une stratégie, ni une politique à suivre. Cela relève de la pure bêtise. »

Vassilis Korkidis, le directeur de la Confédération grecque du commerce, a déclaré :  « Nous avons semé le vent, nous récoltons la tempête aujourd'hui […] Ce nouveau renflouement nous vend du temps et de l'espoir à un prix très élevé tout en continuant de nous imposer des mesures d'austérité très dures qui nous maintiendront dans une récession longue et profonde. »

A Bruxelles, les fonctionnaires européens ont défendu l'accord, affirmant que des mesures d'austérité supplémentaires et des privatisations remettraient la Grèce sur pied en deux ans.