L’Espagne envoie valser l’objectif budgétaire européen pour 2012

Étranglé par la récession, le gouvernement espagnol demande grâce pour ne pas avoir à couper brutalement dans les dépenses. Ses partenaires européens sont pris de court, mais Madrid assume une décision « souveraine ».

EURACTIV.fr
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Étranglé par la récession, le gouvernement espagnol demande grâce pour ne pas avoir à couper brutalement dans les dépenses. Ses partenaires européens sont pris de court, mais Madrid assume une décision « souveraine ».

A l’issue d’un sommet européen insipide, les 1er et 2 mars, l’Espagne a fait une annonce de dernière minute qui vaut son pesant de polémique. La décision est prise  : le gouvernement ne s’en tiendra pas à l’objectif attendu cette année par Bruxelles, visant à ramener le déficit à 4,4% du PIB.

« J’ai l’intention de réduire le déficit public de 8,5% à 5,8% », a simplement déclaré Mariano Rajoy, au cours d’une conférence de presse donnée à Bruxelles. Le Premier ministre espagnol a bien choisi son jour. Le 2 mars, date de la signature du traité par lequel 25 gouvernements européens promettent urbi et orbi de se conformer à la rigueur budgétaire, Madrid décide de sortir du cadre prévu par l’UE. Enfin, pas tout à fait, car les interprétations divergent. Mariano Rajoy souhaite desserrer l’étau pour 2012, jugeant que seule l’échéance de 2013, où le déficit doit être ramené à 3% du PIB, est vraiment contraignante.

Mauvaise surprise

Les échanges de politesse entre Madrid et Bruxelles n’auguraient rien de bon ces dernières semaines. Le Commissaire européen en charge des affaires économiques, Olli Rehn, n’avait pas caché ses doutes sur les intentions réelles de l’Espagne, allant jusqu’à suspecter la véracité des chiffres de déficit annoncés par le gouvernement.

Pour alimenter son argumentaire, Mariano Rajoy se fonde sur la mauvaise surprise découverte fin 2011 après avoir pris ses fonctions. Le déficit national, qu’il croyait établi à 6%, est en réalité bien plus élevé. Selon les dernières estimations, il atteint aujourd’hui 8,51% du PIB.

Autre embûche  : la récession. Sans croissance, les chances de coller aux objectifs budgétaires sont considérablement amoindries. Dans son programme de stabilité ébauché en avril 2011, l’Espagne a bâti un scénario en se fondant sur une croissance de 2,3% en 2012. Or, les dernières prévisions de la Commission européenne annoncent une récession de plus de 1% dans la péninsule ibérique cette année.

Retournement de conjoncture

« On peut difficilement dire que l’Espagne ne rencontre pas un retournement de conjoncture », explique un économiste proche des écologistes européens, pour qui la Commission aurait pu faire jouer les clauses de flexibilité prévues par les textes sur la gouvernance économique adoptés à l’automne (6-pack).

Le coup de théâtre espagnol est sans doute annonciateur des difficultés posées par l’interprétation des règles budgétaires européennes. « Lorsque la Commission avait fait ses propositions sur le 6-pack, les Verts avaient réclamé une étude d’impact, poursuit le conseiller, mais cette demande était restée lettre morte. »

Décision « souveraine »

L’Espagne pourrait peut-être devenir le terrain de l’application grandeur nature des étapes coercitives qui s’égrainent en cas de non-respect des objectifs européens. Confiant, le chef du gouvernement espagnol estime que son arbitrage relève des affaires nationales. 

“C’est une décision souveraine que nous Espagnols, nous prenons”, a réagi Mariano Rajoy, ajoutant que la Commission européenne en prendrait officiellement connaissance en avril, lorque Bruxelles commence à examiner les programmes de stabilité remis par les gouvernements.

S’il s’en tient à son objectif assoupli, Mariano Rajoy devra tout de même dégager 12 milliards d’euros de marge de manoeuvre budgétaire. Une politique qui revient à placer le pays sous le signe d’une « austérité importante », a-t-il signalé. Une façon de dire qu’aller plus loin serait insoutenable, dans un pays où 112 000 personnes supplémentaires sont sans emploi depuis février, et où le chômage concerne près de 5 millions d’Espagnols.