L’impasse politique menace la Grèce et la stabilité de la zone euro
Aucun parti ne semble en mesure de former un gouvernement à Athènes. En position de force, l’extrême gauche demande la renégociation des plans d’aide, provoquant l’inquiétude de l’Europe et des marchés.
Aucun parti ne semble en mesure de former un gouvernement à Athènes. En position de force, l’extrême gauche demande la renégociation des plans d’aide, provoquant l’inquiétude de l’Europe et des marchés.
Le chef de la Coalition de la gauche radicale grecque, Alexis Tsipras, a été chargé, mardi 8 mai, de former un gouvernement de coalition. Ce mercredi, il va consulter les dirigeants des grandes forces politiques du pays sans espoir crédible de débloquer la situation qui menace jusqu’à l’appartenance de la Grèce à la zone euro.
Le chef de file du parti Syriza, propulsé contre toute attente deuxième force politique, après les législatives du 6 mai, a exclu hier de se plier aux plans européens de sauvetage et a posé comme condition la rupture des engagements pris avec les partenaires d’Athènes.
>>> Lire : « Le résultat des élections grecques inquiète l’Europe »
Plusieurs responsables politiques allemands ont prévenu qu’Athènes ne recevrait plus d’aide financière si elle ne respectait pas toutes les conditions du plan de sauvetage conclu avec l’Union européenne, le FMI et la Banque centrale européenne.
Mais, pour Alexis Tsipras, l’enseignement à tirer du scrutin est sans équivoque : « Le plan de sauvetage a été clairement annulé par le verdict populaire. »
Gouvernement minoritaire ?
Après l’échec du chef de file de Nouvelle Démocratie, Antonio Samaras, à former un nouveau gouvernement de coalition viable, le jeune chef de file de Syriza, 37 ans, dispose à son tour de trois jours pour constituer une majorité au sein d’un Parlement éclaté et morcelé.
>>> Le détail de la répartition des sièges au sein du nouveau Parlement grec : « Les résultats définitifs des élections grecques »
Il doit tout d’abord rencontrer dans l’après-midi Evangelos Venizelos, chef du file du parti socialiste (Pasok) sorti laminé du scrutin de dimanche. Il s’entretiendra juste après avec Antonio Samaras.
Mais l’hostilité de Syriza au plan d’austérité ne laisse aucun doute sur l’issue des consultations avec le chef de file de Nouvelle démocratie. « Il me demande de signer pour la destruction de la Grèce. Je ne le ferai pas », a réagi ce dernier dans une allocution télévisée.
« Après la réponse de Samaras à Tsipras, tous les ponts ont été détruits, coupés », commente Theodore Couloumbis, analyste politique du cercle de réflexion Eliamep.
En cas d’échec de Tsipras, le président Karolos Papoulias pourrait alors se tourner vers M. Venizelos pour former un gouvernement. Ce dernier s’est déclaré favorable à la formation d’un gouvernement comprenant toutes les forces favorables au maintien du pays dans la zone euro.
M. Samaras a indiqué qu’il était prêt à tolérer un gouvernement minoritaire basé sur ce consensus, mais a jugé que M. Tsipras n’offrait pas cette garantie.
Nouvelles élections ?
Si la classe politique ne parvient pas à former un gouvernement à même de négocier une nouvelle tranche d’aide avec l’UE et le FMI, le pays pourrait se retrouver à court de liquidités d’ici la fin du mois de juin, selon des responsables du ministère des Finances.
Deux ans après le premier plan de sauvetage grec, cette impasse risque de relancer la crise de la zone euro. En début de matinée, le 9 mai, toutes les bourses européennes étaient à la baisse.
Le deuxième plan de renflouement, conclu en février, prévoit un soutien financier de 130 milliards d’euros et l’effacement d’une partie de la dette des créanciers privés. Il est censé permettre à la Grèce de retourner sur les marchés financiers d’ici à 2015 moyennant de sévères mesures d’austérité.
Hormis la convocation de nouvelles élections dans un délai de trois à quatre semaines, la seule façon de sortir de l’impasse serait de renégocier les termes du plan d’aide. Mais cette solution est, pour l’heure, fermement rejetée par les bailleurs de fonds, certains pays d’Europe du Nord, et les institutions européennes.
« Les termes de l’accord doivent être respectés. Je ne pense pas que nous puissions ou que nous devions négocier à nouveau », a déclaré Martin Schulz, président du Parlement européen et membre du Parti social-démocrate (SPD).
« Le pays se dirige la tête la première vers une catastrophe », écrivait lundi l’éditorialiste du quotidien Kathimerini.