L’UE réfléchit aux eurobonds

Angela Merkel est opposée au principe de l’émission d’une dette européenne commune, mais a accepté que cette perspective soit étudiée par la Commission et le Conseil. Une première victoire symbolique pour François Hollande.

EURACTIV.fr
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Angela Merkel est opposée au principe de l’émission d’une dette européenne commune, mais a accepté que cette perspective soit étudiée par la Commission et le Conseil. Une première victoire symbolique pour François Hollande.

Comme prévu, aucune décision n’a été prise lors de la réunion informelle des Vingt-Sept, mercredi 23 mai, baptême de feu de François Hollande à Bruxelles. Mais le nouveau Président a marqué des points en réussissant à inclure dans l’agenda européen des semaines à venir une réflexion sur les euro-obligations (mutualisation des dettes des pays de la zone euro) qui constituent, selon lui, l’un des outils pour relancer l’activité économique. 

Pas un outil de croissance

Dès son arrivée à Bruxelles, un peu avant 18h, il a déclaré que l’Europe avait l’obligation « de relever très rapidement les taux de croissance ». Sans quoi « les objectifs de réduction des déficits » ne seront pas atteints et « des doutes se créeront sur les marchés ».

Cette insistance française à vouloir mettre en commun la dette, soutenue par l’Italie et l’Espagne dans sa démarche, a froissé la chancelière allemande. Quelques minutes après François Hollande, Angela Merkel a rappelé sa position et déclaré que les eurobonds n’étaient en rien un outil de croissance.

Fin juin

Cette divergence de point de vue s’est retrouvée lors du dîner, qui s’est prolongé jusqu’à 1h du matin. Les diplomates français se sont voulus rassurants, y voyant une preuve que les dirigeants « parlaient vraiment de fond ». Le temps a surtout permis à chacun d’exprimer ses positions.

Alors que les Pays-Bas et la Finlande sont opposés au principe de mutualisation de la dette, l’Allemagne a évité l’isolement et accepté que le sujet soit mis à l’agenda des semaines à venir. Les autres États réticents se sont rangés derrière Berlin.

Le président du Conseil européen a malgré tout été chargé de travailler à une feuille de route sur « l’approfondissement de l’Union monétaire ». Il a cité parmi les pistes de travail « les euro-obligations dans une perspective de long terme, une supervision des banques plus intégrée et un schéma commun de garantie des dépôts » bancaires.

Herman Van Rompuy, conjointement avec la Commission européenne, le président de l’Eurogroupe et la Banque centrale européenne, devra présenter le résultat de ses travaux lors du Conseil européen des 28 et 29 juin.

Objectif lointain

Lors de sa conférence de presse, François Hollande a détaillé sa vision des différents scénarios. Il a réfuté l’idée de mutualiser les dettes déjà existantes, mais s’est dit intéressé par la possibilité de lever des fonds en commun pour de grands projets ou pour permettre à certains pays de se financer à moindre coût.

Pour Angela Merkel, les eurobonds sont un objectif lointain de l’intégration européenne. « Il y a eu un débat varié au sujet des euro-obligations, mais très équilibré et avec différents points de vues », a-t-elle déclaré à l’issue du sommet. 

« J’ai expliqué ma position allemande, et le président français François Hollande s’est exprimé comme il l’avait annoncé, mais ça a été une discussion très variée », a-t-elle ajouté.

Pour la France, cet outil doit servir à renforcer la cohésion de l’Union économique et monétaire. Deux approches qu’il va falloir tenter de concilier.

Francophones vs. germanophones

Si cette option est évoquée officiellement pour la première fois par les dirigeants de l’UE, ils ont tout de même pris soin de préciser que les eurobonds n’émergeront pas en quelques semaines.

Comme l’a souligné le président de la Commission, José Manuel Barroso, lorsque ses services ont fait des propositions similaires en 2010, tous les États y étaient opposés. Aujourd’hui, le rapport de force penche plutôt en faveur de cette option. La ligne de fracture se situe une nouvelle fois entre les pays du Nord et du Sud.

Le président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker a évoqué une division entre les « germanophones » et les « francophones » du Conseil.

L’Europe entre dans une nouvelle phase de réflexion sur les solutions à apporter à la crise qui couve toujours. L’idée d’une recapitalisation de la Banque européenne d’investissement continue de faire son chemin ainsi que celle d’une taxe sur les transactions financières. 

La renégociation du traité budgétaire, signé à l’époque par Nicolas Sarkozy, et réclamée par le nouveau Président lors de sa campagne est pour le moment entre parenthèses. Mais il ne semble pas question de modifier le texte existant. Une déclaration ou un protocole, contraignant juridiquement, devrait être adossé au pacte budgétaire. Le choix dépendra de la nature des mesures de croissance décidées. 

La question sera à nouveau sur la table lors du sommet de juin, après les élections législatives en France.