L’Union pour la Méditerranée exposée à de nouveaux blocages

L’Union pour la Méditerranée (UpM) pourrait connaître de nouveaux blocages. L’Egypte et la Syrie menacent de boycotter le prochain sommet si le ministre des affaires étrangères israélien Avigdor Lieberman y assiste.

EURACTIV.fr

L’Union pour la Méditerranée (UpM) pourrait connaître de nouveaux blocages. L’Egypte et la Syrie menacent de boycotter le prochain sommet si le ministre des affaires étrangères israélien Avigdor Lieberman y assiste.

Le prochain sommet de l’Union pour la Méditerranée (UpM) prévu le 7 juin à Barcelone aura-t-il lieu ? La question se pose, après les récentes déclarations du ministre des affaires étrangères israélien Avigdor Lieberman le 11 mai.

Interrogé sur les menaces de boycott de la réunion de l’Egypte et de la Syrie s’il faisait partie de la délégation israélienne, il a répondu : « J’ai l’intention d’y être et j’y serai. Nous ne nous imposons pas, mais personne n’a le droit de déterminer la composition de la délégation israélienne. »

Pour Elie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël en France, grand partisan de l’UpM, « Avigdor Lieberman n’est pas l’homme le plus populaire qui soit, et ce aussi bien dans les pays arabes qu’en Israël ». « Sa présence risque de faire tout capoter, ce n’est pourtant pas lui qui va diriger la délégation, mais le premier ministre Benyamin Netanayahou. », précise-t-il.

Ainsi, si Elie Barnavi reconnaît qu’Avigdor Lieberman est un provocateur, rappellant d’ailleurs que celui-ci avait proféré des menaces à l’encontre de l’Egypte, il soutient que sa présence au sommet ne relève pas de la provocation. « Israël ne va pas reculer sur la présence de Lieberman. C’est le ministre des Affaires étrangères d’Israel, et comme les autres ministres des Affaires étrangères il n’a pas d’autre choix que d’y assister », affirme-t-il.

En avril, l’Espagne avait d’ailleurs demandé à M. Lieberman, en visite à Madrid, de soutenir l’UpM et les efforts de paix au Proche-Orient. « Avec les Espagnols, nous avons été très souples, nous avons accepté toutes leurs demandes. Désormais, le problème n’est pas entre nous et l’Egypte ou la Syrie, mais entre l’Espagne, la Syrie et l’Egypte, c’est une gifle infligée à l’Espagne », a ainsi déclaré le ministre des Affaires étrangères israélien.

Cette idée de revers infligé à l’UE et à la présidence espagnole est partagée par Elie Barnavi, qui estime que « le boycott des pays arabes met mal à l’aise les dirigeants européens ». « Tant que Libierman sera présent sur la scène politique, il y aura des difficultés, il va falloir attendre qu’il en sorte pour qu’il y ait des progrès, ou bien il faudra apprendre à vivre avec lui », estime-t-il.  Elie Barnavi soutient que « les pays arabes peuvent toujours l’ignorer une fois sur place lors du sommet ».  « Le seul espoir pour l’UpM, est que les dirigeants européens arrivent à convaincre les pays arabes de participer au sommet », poursuit-il.

Crispations anciennes et nombreuses

Même son de cloche du côté du Quai-d’Orsay, où le porte-parole du ministère des Affaires étrangères a ainsi appelé lors d’un point presse le 11 mai 2010,  « l’ensemble des pays membres à concourir au succès de l’UpM ». « La logique de solidarité et de coopération autour de projets concrets doit être privilégiée », a-t-il poursuivi, précisant que les pays membres de l’UpM avaient « toute latitude pour déterminer la composition de la délégation qui les représentera au sommet de Barcelone en juin. »

Le conflit israélo-palestinien n’a de cesse de bloquer les développements de l’UpM : interruption du processus après les événements de Gaza, boycott d’un précédent sommet à Istanbul, les exemples sont nombreux.

Cependant, pour  Bichara Khader, directeur du Centre d’études et de recherches sur le monde arabe contemporain à l’Université catholique de Louvain, « ce n’est pas la participatipon d’Israël qui est ici remise en question, mais bien celle du ministre israélien des Affaires Etrangères dont les positions extrémistes heurtent les sensibilités des Arabes et de nombreux États européens ». Selon lui, le boycott était prévisible, « s’il maintient sa décision, le sommet sera boycotté par de nombreux pays arabes, à l’instar de ce qu’avaient fait les États Européens aux réunions auxquelles participait le fameux politicien autrichien d’extrême-droite, feu Jörg Haider ».

La situation au Proche-Orient n’est pas la seule à bloquer le processus. « Les crispations politiques autour de la Méditerranée sont anciennes et nombreuses, il existe également des différends entre l’Algérie et le Maroc, et à Chypre entre la Grèce et la Turquie », rappelle Elie Barnavi. « Et ce sont ces mêmes crispations qui ont fait souffrir le processus de Barcelone », conclut-il. « C’est une affaire à rebondissement, elle ne va pas s’arrêter là. »

Pour Bichara Khader, « le chemin de l’UpM est loin d’être balisé, il ne sera pas semé de pétales de rose. Le vice se niche quelque part dans la vertu. On a voulu la co-appropriation, mais on politise davantage le projet et on l’expose aux turbulences du Moyen-Orient ».

Le rapport Peillon adopté par la commission des affaires étrangères du Parlement européen, le 28 avril 2010, a pour ambition de relancer le processus de l’Union pour la Méditerranée. Bichara Kader, qui évoque notamment les problèmes de financement auquel le projet risque d’être confronté, estime que « les nuages s’amoncellent  et que le projet de l’UpM risque de ne pas décoller de si tôt ».