La Bretagne veut « aller plus vite et plus loin » sur l'éolien en mer, déclare le président de la région
A l’occasion des Vœux aux Bretons de Bruxelles, le 23 janvier, le président du conseil régional de Bretagne, Loïg Chesnais-Girard, s’est exprimé sur les ambitions sa région en matière d’énergie et plus particulièrement au sujet des éoliennes en mer.
À l’occasion des Vœux aux Bretons de Bruxelles, le 23 janvier dernier, le président du conseil régional de Bretagne, Loïg Chesnais-Girard, s’est exprimé sur les ambitions de sa région en matière d’énergie et plus particulièrement d’éolien en mer.
« Nous voulons prendre notre part. Nous devons être conscients que nous avons besoin d’énergie, que l’Europe a besoin d’énergie décarbonée, qui ne dépend pas de forces qui pourrait un moment donné se retourner contre nous » a déclaré Loïg Chesnais-Girard pour Euractiv.
La Bretagne possède le plus grand linéaire côtier de France (1 772 km). Cet atout géographique lui permet de se positionner en chef de file de l’éolien en mer français.
« Nous devons construire des éoliennes en mer. Nous devons construire des parcs photovoltaïques. Nous devons tirer profil de la méthanisation qu’en cela est faisable et nous devons participer à la course de la sobriété. », a détaillé le président sur les objectifs de la région Bretagne en matière d’énergie.
Sur l’éolien, la région a fait le pari de cette énergie locale et décarbonée depuis bien longtemps. Le port de Brest a choisi, il y a 20 ans déjà, d’investir dans la construction d’éoliennes flottantes avec l’extension du port de commerce par un polder de 40 hectares.
Aujourd’hui, la Bretagne historique abrite les deux seuls parcs français d’éoliennes en mer, à savoir Saint-Nazaire et Saint-Brieuc. L’objectif pour le président Chesnais-Girard est « d’aller plus vite et plus loin ».
Accélérer l’éolien offshore
Le président de la région ne compte pas s’arrêter en si bon chemin.
« Il y a depuis toujours l’annonce de deux ou trois autres parcs [éoliens] au large de la Bretagne, qui seront plus loin, qui seront flottants et qui se structureront au Nord et au Sud », nous annonce Loïg Chesnais-Girard.
Parmi ces projets, celui au large du département du Morbihan, entre les îles de Groix et de Belle-Île-en-Mer, sera le premier parc d’éoliennes flottantes en France. Prévu pour 2031 et d’une capacité de 250 mégawatts (MW), il devrait alimenter environ 175 000 foyers.
Durant le mois de février, sera publié le résultat de l’appel d’offre pour savoir quel consortium sera en charge de la construction et de l’exploitation du parc.
Parmi les candidats qui ont déposé un dossier à la commission de régulation de l’énergie se trouvent EDF avec le consortium Bretagne Grand Large, Armorique pour Total Energies et le producteur indépendant Qair, mais aussi Avel Vor porté par le conglomérat allemand RWE et Ailes Marines, le géant espagnol de l’énergie Iberdola qui a construit et exploite le parc de Saint-Brieuc.
Écologie et acceptabilité
Alors que le parc éolien de Saint-Brieuc est entré en activité en décembre 2023, les nombreuses oppositions et recours judiciaires ont retardé de douze ans sa mise en fonction.
«Nous ne pouvons pas mettre 10 ou 12 ans pour sortir chaque parc. Les nouvelles technologies vont nous permettre de nous éloigner des côtes, permettant de nous affranchir de certaines limites, notamment celle de la visibilité, qui peut irriter une partie de nos concitoyens», a-t-il justifié.
Pour éviter que ce scénario se reproduise, les élus et groupes industriels misent sur les concertations publiques, les collaborations et in fine, les compensations financières pour obtenir l’approbation des riverains et des acteurs économiques locaux.
Depuis novembre 2023 et jusqu’à avril 2024, la Commission nationale du débat public (CNDP) organise un débat public sur la planification maritime et l’avenir de l’éolien en mer.
La France mise sur les éoliennes en mer, en témoigne la quinzaine de parcs en projet. Faisant face à une moindre opposition que sur terre, ces derniers restent malgré tout décriés pour leurs impacts sur le paysage, la biodiversité et les zones de pêche.
Le président du conseil régional nous explique que la ligne politique de la Bretagne est « d’intégrer dans un modèle économique, la pêche, les éoliennes et la biodiversité. ». Une écologie qui se veut selon lui « humaniste ».
Pour illustrer, le président breton cite l’exemple du parc de Saint-Brieuc, qui a finalement augmenté l’écart entre les différentes éoliennes pour que les bateaux de pêche puissent passer et continuer de pêcher la coquille Saint-Jacques dans la zone.
« Nous avons fait la meilleure année de la coquille après quatre ans de travaux », s’est même félicité l’élu costarmoricain.
Néanmoins, « il faudra choisir», a assumé Loïg Chesnais-Girard. « Ceux qui pensent qu’il y a de l’énergie spontanée qui peut venir de je ne sais quoi, sans avoir aucun impact sur rien, se mettent le doigt dans l’œil profond », a-t-il tancé.
Une opposition locale
Concernant le futur parc éolien offshore au sud de la Bretagne, plusieurs consortiums ont signé des conventions ou des partenariats avec les représentants du milieu de la pêche. A la clé, des compensations financières pour les coopératives de pêches qui seront impactées par la construction et l’exploitation du parc.
Le projet ne fait cependant pas l’unanimité, notamment auprès des élus locaux. La raison ? Un manque de concertation, principalement au sujet de la visibilité et de la distance du parc par rapport aux sites Natura 2000 des îles de Groix et de Belle-Île-en Mer.
« D’un point de vue politique, les élus locaux n’ont pas eu d’influence sur ce projet, qui est décidé par le gouvernement et dans le cadre d’une politique européenne » a dénoncé le maire de Quiberon, Patrick Le Roux, au journal Ouest-France.
« Je suis pour la transition énergétique : il faut avancer mais il faut la concertation » a conclu de son côté le maire Ronan Juhel, premier vice-président de la Communauté de communes de Belle-Île (CCBI) et maire de Sauzon.
[Édité par Paul Messad]