La candidate bulgare mord la poussière au Parlement [FR]
L’audition hier (12 janvier) devant le Parlement européen de la commissaire désignée bulgare Rumiana Jeleva s’est révélée être un fiasco. Elle s’est montrée incapable de contrer les accusations de conflit d’intérêt et a donné des réponses décevantes sur les questions de politique. Son éviction de l’équipe Barroso II devrait être annoncée plus tard dans la journée.
L’audition hier (12 janvier) devant le Parlement européen de la commissaire désignée bulgare Rumiana Jeleva s’est révélée être un fiasco. Elle s’est montrée incapable de contrer les accusations de conflit d’intérêt et a donné des réponses décevantes sur les questions de politique. Son éviction de l’équipe Barroso II devrait être annoncée plus tard dans la journée.
Les membres du Parlement toutes tendances politiques confondues, à l’exception notable du Parti populaire européen (PPE) de centre droit, ont déclaré que Mme Jeleva – la nouvelle commissaire désignée bulgare pour l’aide humanitaire et les réponses aux crises – avait échoué lors de son « entretien d’embauche ».
Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso devrait prendre une décision concernant son avenir aujourd’hui (13 janvier), en supposant que Mme Jeleva ne décide pas d’elle-même de se retirer entre temps, ont affirmé des eurodéputés à EURACTIV.
Des sources au Parlement ont indiqué qu’il était dans l’intérêt de tous de liquider cette affaire rapidement, et ils ont pressé la Bulgarie de proposer un autre candidat dès que possible.
Le nom de Nickolay Mladenov, du parti GERB (centre droit) au gouvernement, est souvent mis en avant. M. Mladenov, né en 1972, était un membre du Parlement européen de 2007 à 2009 et il est désormais le ministre de la défense bulgare. Il est connu pour ses compétences dans les affaires européennes et pour son anglais excellent.
La faible performance de Mme Jeleva a apparemment porté un coup sévère à la fierté nationale du pays, générant une tempête sans précédent de réactions dans les médias bulgares et sur les forums internet. L’audition parlementaire de Mme Jeleva a été diffusée sur la radio nationale de sa propre initiative.
Son éviction probable de l’équipe Barroso II est également un choc pour le PPE, le groupe politique (centre droit) le plus important du Parlement européen, qui l’a récemment élu vice-présidente du parti.
Avant sa nomination en tant que commissaire candidate, Rumiana Jeleva était ministre des Affaires étrangères en Bulgarie.
Faible performance sur les questions de politique
Malgré le poids politique modeste de son portefeuille assigné, la salle de réunion parlementaire à Bruxelles était remplie dès le début, révélant un intérêt plus important que d’habitude pour de telles auditions.
Mme Jeleva était déjà considérée comme la plus problématique des 26 commissaires candidats, principalement en raison d’accusations de conflit d’intérêt, pour lesquelles elle n’a pas réussi à fournir d’explications satisfaisantes au cours de l’audition (EURACTIV 17/12/09 et 08/01/10).
Le modeste CV de Mme Jeleva présentait également un risque particulier. En effet, lors de cet évènement, la commissaire désignée a échoué à montrer des connaissances suffisantes dans le domaine politique qu’elle s’est vue assigner.
Elle a répondu à la plupart des questions uniquement dans des termes généraux, s’engageant à travailler en coopération avec d’autres commissaires et avec le Parlement, à visiter les zones à risque personnellement et à préparer des scénarios à l’avance.
En réponse à une question, elle a fait preuve de son ignorance du Golfe d’Aden, un point chaud mondial situé entre le Yémen et la Somalie où les attaques de pirates se sont multipliés et où des ressortissants bulgares, entre autres, sont retenus en otage.
Dans un autre point, les eurodéputés lui ont demandé de commenter la situation humanitaire de la République démocratique du Congo. Elle a répondu qu’il revenait à un fonctionnaire de moindre niveau de connaître de tels détails, ajoutant qu’elle n’était pas candidate au poste de directrice générale.
Mme Jeleva torturée par ses opposants
Mme Jeleva a déclaré avoir été attaquée par Antonia Parvanova, eurodéputée bulgare du groupe libéral ADLE (parti NDSV), qui a affirmé que la commissaire aspirante n’avait pas abandonné ses activités commerciales lorsqu’elle était membre du Parlement européen en 2007-2009.
Mme Jeleva était la gérante d’une entreprise appelée Global Consult jusqu’en avril 2009 mais elle aurait du abandonner cette charge lorsqu’elle a rejoint l’assemblée de l’UE en 2007, selon la loi bulgare.
Mme Jeleva a essayé de repousser les attaques en disant que son opposante avait monté une campagne médiatique contre elle, envoyant des lettres contenant des copies de sa déclaration d’intérêt financier de 2007 à certaines personnes politiques et aux médias.
Elle a insisté sur le fait que ces accusations étaient infondées et a pressé son audience de discuter plutôt des questions politiques avec elle.
Cependant, Mme Parvanova s’est vu rendre la parole par la présidente de la commission du développement du Parlement Eva Joly (Verts/ALE), lui donnant la possibilité d’insister sur le fait que les documents sur l’intérêt financier montraient un non respect de la loi bulgare.
Mme Jeleva détient toujours 60 % des parts de Global Consult, qui a été vendu et renommé entre temps, encore une fois en contradiction avec la loi bulgare, a affirmé Mme Parvanova.
Mme Jeleva a semblé se contredire dans sa réponse, expliquant qu’elle avait anticipé les attaques. Cependant, elle a été incapable d’indiquer le montant de la vente de ses parts dans l’entreprise. Lorsqu’elle a été interrogée par la presse après son audition, elle a déclaré que ce montant était faible, parce que selon ses propres mots l’entreprise n’était engagée dans aucune activité.
Joseph Daul, dirigeant du groupe du Parti populaire européen (centre droit), a déclaré à notre site Internet que personne dans sa situation n’aurait été capable de tenir une discussion sur les politiques, affirmant qu’elle avait été torturée par ses opposants politiques.
M. Daul s’est déclaré dégoûté par les attaques contre Mme Jeleva, ajoutant qu’en tant que fermier dans sa vie précédente, il avait en fait une expérience professionnelle substantielle des abattoirs.
Déclarations confuses sur les intérêts financiers
Parmi les documents qui ont circulé au Parlement, on trouve les déclarations de Mme Jeleva à la Cour des Comptes bulgare. La loi demande aux personnalités publiques de révéler leur situation financière.
Ces déclarations semblent confuses.
Une déclaration de 2009, par exemple, affirme qu’il n’y a rien à déclarer sur tous les comptes, expliquant qu’elle ne détient aucune propriété et n’a aucune source de revenu d’aucune sorte.
Une déclaration similaire en 2008 rapporte un remboursement de la part du Parlement européen pour un montant de 73 000 euros, ainsi que des parts dans Global Consult pour un montant de 2 500 euros.
Le même montant de 2 500 euros apparaît dans la déclaration 2007, à côté de deux appartements détenus par la famille. Toutefois, plus curieusement, elle montre l’acquisition d’une villa en bord de mer de 81 mètres carré construite sur un terrain de 570 mètres carré en 2004 pour le montant négocié d’environ 1 000 euros. Une consultation rapide d’agents immobiliers révèle que les villas sur la côte bulgare coûtent au moins 1 000 euros par mètre carré, notamment lorsqu’elles sont situées dans des zones prestigieuses comme le bord de mer.
Les eurodéputés ont aussi fait circuler les déclarations financières de Mme Jeleva au Parlement européen. L’une d’entre elles, déposée le 20 juin 2007, dit qu’elle est la gérante de l’entreprise Global Consult. Une autre, en date du 14 novembre, dit qu’elle n’a rien à signaler sur aucun sujet, il en est de même pour 2008 et 2009.
Bizarrement, aucune des quatre déclarations, qui ont été acceptées au même moment par le Parlement européen, n’ont été signées par l’eurodéputée elle-même.
Pour 2007, une déclaration est datée du 20 juin, et une autre du 14 novembre. La déclaration de 2008 n’a pas été cachetée par le Parlement, et celle de 2009 est datée du 1er juillet.
Interrogé par EURACTIV afin de savoir si un membre du Parlement européen pouvait sécuriser les remboursements du Parlement pour une telle somme, l’eurodéputé Charles Goerens (Luxembourg, ADLE) a dit qu’en ce qui le concerne, il finit souvent le mois avec aucune économie.