La commissaire proposée par la Belgique auditionnée sur fond de controverses

La commissaire désignée à la Préparation, à la Gestion de crise et à l’Égalité, la Belge Hadja Lahbib, est auditionnée par les eurodéputés ce mercredi 6 novembre. Certaines controverses durant sa carrière de journaliste et son mandat de ministre des Affaires étrangères devraient être au menu des discussions.

/ EURACTIV.com
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Hadja Lahbib a pour objectif de conduire une stratégie axée sur le renforcement de la résilience et la gestion des risques de catastrophe, visant à établir une « approche stratégique globale de la gestion des catastrophes et des crises pour les années à venir », en mettant fortement l’accent sur la préparation civile, a-t-elle écrit dans ses réponses écrites. [Alexis HAULOT]

La commissaire désignée à la Préparation, à la Gestion de crise et à l’Égalité, la Belge Hadja Lahbib, est auditionnée par les eurodéputés ce mercredi 6 novembre. Certaines controverses durant sa carrière de journaliste et son mandat de ministre des Affaires étrangères devraient être au menu des discussions.

Depuis lundi, les commissions du Parlement européen procèdent aux auditions des candidats qui souhaitent rejoindre le Collège des commissaire pour la législature 2024-2029. Les candidats sont interrogés sur leur expérience professionnelle, leurs compétences, leur carrière et leur connaissance de leur futur portefeuille.

Par le passé, les auditions de commissaires ont souvent été très politisées, les alliés des candidats posant des questions « faciles » tandis que les partis adverses tentaient de faire pression sur eux et d’exposer leurs faiblesses.

Le processus d’évaluation qui suit les auditions de trois heures se prête également aux manœuvres politiques. Si un candidat ne reçoit pas le soutien des deux tiers des eurodéputés, son approbation restera en suspens jusqu’à une date beaucoup plus tardive.

L’actuelle ministre belge des Affaires étrangères et la candidate de l’État à un siège à la Commission européenne, Hadja Lahbib, pourrait être victime de cette dynamique.

Alors que la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a choisi d’attribuer à l’aspirante commissaire belge Hadja Lahbib le portefeuille de la Préparation, de la Gestion des crises et de l’Égalité, certaines sources parlementaires de l’ensemble du spectre politique, y compris de son propre groupe politique, Renew Europe, estiment qu’elle pourrait constituer un point faible au sein de la nouvelle composition de la Commission.

La commissaire désignée belge pourrait donc voir son processus d’approbation prolongé après l’audition de ce mercredi et risquerait de se voir simplement rejeter.

Controverses

Hadja Lahbib est devenue ministre des Affaires étrangères de la Belgique en 2022, après avoir été nommée à ce poste par le chef du Mouvement réformateur (MR, Renew Europe) Georges-Louis Bouchez, alors qu’elle n’avait que peu d’expérience en politique.

Avant sa nomination, elle avait passé la majeure partie de sa carrière à la Radio-Télévision belge de la Communauté française (RTBF), où elle a été envoyée spéciale en Afghanistan et au Moyen-Orient.

La faille qu’elle semble présenter au sein du futur Collège des commissaires découle d’une série de controverses liées à sa carrière journalistique et politique.

En 2021, avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie, Hadja Lahbib s’est rendue en Crimée dans le cadre d’un voyage de presse pour assister à un festival organisé par un théâtre russe, déclarant lors d’une interview sur la RTBF qu’elle s’était rendue « en Russie ».

Dans la même émission, elle a éludé la question de savoir si elle était revenue « d’Ukraine ou de Russie », affirmant simplement qu’un visa russe était nécessaire pour atterrir à l’aéroport de Simferopol.

Évoquant les manœuvres politiques derrière les processus d’approbation des aspirants commissaires, un eurodéputé a confié à Euractiv que « si un candidat considère l’annexion illégale de la Crimée comme légitime et échoue en tant que commissaire désignée », cela ne devrait pas nuire à « un candidat fort et crédible issu d’une autre famille politique », qualifiant les éventuelles représailles politiques qui pourraient découler d’un rejet de la candidate belge de « prise d’otage« .

Malgré ses précédentes déclarations, en 2022, alors qu’elle était ministre des Affaires étrangères, Hadja Lahbib a déclaré que la Crimée était illégalement occupée par la Russie et a appelé au respect total de l’intégrité territoriale de l’Ukraine.

Outre cette controverse sur la Crimée, sa carrière a également été entachée d’un scandale lorsque son ministère et a délivré des visas à une délégation iranienne de 14 membres, dont le maire de Téhéran, et à des responsables russes pour le sommet urbain de Bruxelles en 2023.

Le secrétaire d’État bruxellois Pascal Smet a été accusé d’avoir fait pression sur le ministère des Affaires étrangères pour qu’il accorde ces visas — allégations qu’il a toutefois démenties — et d’avoir détourné des fonds belges pour l’hébergement de la délégation. La controverse a conduit à sa démission, mais Hadja Lahbib a conservé son poste.

Commissaire à la Préparation

Si sa nomination est confirmée, la Belge supervisera la planification, la coordination et l’élaboration d’un plan européen de prévention et de gestion des crises et des situations d’urgence.

Hadja Lahbib a pour objectif de conduire une stratégie axée sur le renforcement de la résilience et la gestion des risques de catastrophe, visant à établir une « approche stratégique globale de la gestion des catastrophes et des crises pour les années à venir », en mettant fortement l’accent sur la préparation civile, a-t-elle écrit dans ses réponses écrites.

Comme le laissent entendre les questions écrites de la commission des Libertés civiles, de la Justice et des Affaires intérieures du Parlement (LIBE), elle participera également à la rédaction de la future législation de l’UE sur la préparation.

Hadja Lahbib s’est également engagée à tirer les leçons du récent rapport spécial sur la préparation civile et militaire de l’ancien président finlandais Sauli Niinistö, présenté mercredi 30 octobre dernier — ce qui avait été demandé par Ursula von der Leyen dans sa lettre de mission.

La responsable politique belge sera le fer de lance des efforts d’aide humanitaire, soulignant qu’il n’existe pas de « crise oubliée ». Dans sa lettre de mission, Ursula von der Leyen insiste sur l’engagement de la Commission à soutenir les outils de réponse humanitaire de l’UE et à renforcer le mécanisme rescEU.

Thomas Moller-Nielsen a contribué à la rédaction de cet article.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]