La Commission annonce un plan pour décarboner le secteur de la pêche
L’exécutif européen a présenté lundi (21 novembre), lors du Conseil « Agriculture et pêche », différentes mesures permettant d’accélérer la transition écologique dans un secteur miné par la crise de l’énergie.
L’exécutif européen a présenté lundi (21 novembre), lors du Conseil « Agriculture et pêche », différentes mesures permettant d’accélérer la transition écologique dans un secteur miné par la crise de l’énergie.
Conséquence de la guerre en Ukraine, la hausse des prix des carburants a des « conséquences catastrophiques » sur la pêche de l’UE, jusqu’à menacer la « viabilité » du secteur, a déclaré le commissaire européen à l’Environnement, aux Océans et à la Pêche Virginijus Sinkevicius devant les différents ministres des États membres.
Selon les travaux de la Commission, chaque augmentation du prix du gazole marin de 10 centimes d’euros, engendre une perte de rentabilité de la flotte européenne de 188 millions d’euros. Ces coûts représentent parfois la moitié des dépenses des navires.
Si le secteur a pu bénéficier du déblocage rapide des aides d’État et du Fonds européen pour les affaires maritimes, la pêche et l’aquaculture (FEAMPA), lui permettant de garder un temps la tête hors de l’eau, cette dépendance aux combustibles fossiles reste « une faiblesse structurelle » pour Virginijus Sinkevicius. Faiblesse dont il faut remédier par des transformations plus profondes.
« Nous avons besoin d’une transition stratégique et systémique pour assurer la résilience de notre secteur. C’est essentiel si nous voulons parvenir à nos objectifs de politique commune de la pêche (PCP) et assurer une activité à la fois viable et durable », a déclaré le commissaire.
Le ministre grec de l’Agriculture Georgios Georgantas a rappelé que les conséquences sont « catastrophiques d’un point de vue socio-économique pour les petits pêcheurs » en particulier, cette pêche artisanale occupant une part importante du secteur en Grèce.
Mais paradoxalement, l’augmentation des prix concerne surtout les gros navires très gourmands en carburant. « Les petits pêcheurs ne vont pas très loin en mer, ont des bateaux moins lourds avec des techniques de pêche légères (petits filets, palangres) », explique à EURACTIV l’eurodéputée Caroline Roose (Les Verts/ALE).
« Les gros bateaux qui pâtissent le plus de cette crise doivent donc faire des efforts en priorité pour moins consommer et adapter leurs techniques de pêche ».
Innovation
Pour la Commission, cette transition doit passer par l’innovation technologique. Depuis quelques années déjà, des initiatives émergent au sein de l’Union et contribuent à la modernisation des navires, en particulier des moteurs.
En Bretagne, la première barge ostréicole française à propulsion électrique a été inaugurée en juillet 2022. Le navire « est propulsé par deux moteurs électriques de 70 kW et dispose de deux batteries de 40 kWh. Plus tard, elle pourra recevoir un kit hydrogène », décrit Yannick Bian, patron du chantier, dans les colonnes de Ouest France à l’occasion de l’inauguration.
Quelques navires hybrides (moteur diesel-électrique) commencent également à naviguer ici et là, notamment aux Pays-Bas, avec des baisses d’émission de carbone pouvant atteindre 60 % par rapport aux moteurs diesel.
Si l’efficacité énergétique du secteur s’est nettement améliorée ces dernières années, et bien que ces avancées laissent entrevoir des possibilités d’avenir, ces dernières restent encore trop marginales. « Il n’y a pas assez de sensibilisation, de coordination » entre les différents acteurs, insiste Virginijus Sinkevicius.
« Choc de décarbonation »
Afin d’accélérer et amplifier la décarbonation de la pêche, la Commission a présenté ses quatre axes de travail.
Outre le soutien appuyé à l’innovation technologique, l’exécutif demande un « engagement fort » de toutes les parties prenantes (entreprises, ONG, pêcheurs, ingénieurs, fabricants de bateaux, etc.). Deux autres leviers proposés : l’accès facilité aux financements ainsi qu’à une main-d’œuvre qualifiée.
Hervé Berville, le Secrétaire d’État français chargé de la Mer a soutenu l’initiative, prônant lui-même un « choc de décarbonation ». Selon le ministre, ces problématiques sont « exacerbées » dans les territoires français d’outre-mer. La transition énergétique permettra ainsi d’y « développer le tissu économique local et de lutter contre la pêche illégale ».
Le représentant français a également pointé du doigt l’âge avancé de la flotte européenne – 65 % des bateaux ont plus de 25 ans – et fustigé les mesures de financement via la politique commune de la pêche et le FEAMPA, qui « ne sont pas à la hauteur de ces enjeux ».
Autre soutien de cette initiative, le ministre espagnol de l’Agriculture Luis Planas, qui a annoncé en faire une priorité lorsque son pays prendra la présidence du Conseil de l’UE au second semestre 2023. « La proposition de la Commission sera pour nous une boussole », a-t-il déclaré.
« Cela ne se fera pas du jour au lendemain » a tout de même prévenu Virginijus Sinkevicius, mais ce travail permettra de « sortir renforcés » de cette crise et « d’atteindre les objectifs du pacte vert ».