La Commission appelle à « surmonter la polarisation des débats passés » sur l'agriculture
Le vice-président de la Commission européenne a annoncé quelques-uns des travaux menés par l'exécutif pour répondre aux défis de l'agriculture dans le cadre du dialogue stratégique, tout en appelant les eurodéputés à dépasser les polarisations politiques
Le vice-président de la Commission européenne a annoncé quelques-uns des travaux menés par l’exécutif pour répondre aux défis de l’agriculture dans le cadre du dialogue stratégique, tout en appelant les eurodéputés à dépasser les polarisations politiques.
« Les agriculteurs sont descendus sur les routes ces dernières semaines pour différentes raisons, il ne faut pas trop simplifier la situation, ce sont des problèmes complexes […] Raison pour laquelle le dialogue stratégique doit couvrir toutes les questions cruciales et doit impliquer toutes les parties prenantes », a indiqué Maroš Šefčovič, vice-président de la Commission européenne lors d’un débat au Parlement européen le mercredi 7 février.
Le débat qui a duré plus de deux heures, intitulé « dialogue pour une agriculture européenne qui soit durable et correctement rémunérée », s’inscrit dans une volonté d’un dialogue stratégique lancé le 25 janvier dernier par la présidente Ursula von der Leyen, avec l’idée de réconcilier les ambitions environnementales du Pacte vert (Green deal) et les impératifs de compétitivité, tout en transcendant les clivages politiques.
À l’avenir, « agriculture et nature devront avancer de pair » a réitéré M.Šefčovič ce mercredi à Strasbourg, insistant sur la nécessité d’« une vision commune » et d’un « nouveau consensus ». Certains eurodéputés ont par ailleurs déploré l’absence du commissaire européen à l’Agriculture Janusz Wojciechowski, en cette période de haute tension pour le secteur dans l’ensemble de l’Union.
Cette nouvelle phase politique pour l’agriculture européenne s’est déjà traduite par plusieurs mesures mardi (6 février), comme la mise à l’arrêt par la Commission du texte phare sur l’utilisation durable des pesticides (SUR). La semaine dernière, des annonces ont également été faites par l’exécutif européen, comme la fin des jachères ou l’ajout de clauses de sauvegardes sur l’importation de produits ukrainiens.
Revenu des agriculteurs, accès aux terres et financements
Après avoir écouté une dizaine d’eurodéputés issus des principaux groupes politiques, le représentant de la Commission a délivré une synthèse des dossiers que l’exécutif prendra en charge cette année, avant de fournir un « rapport final » avant la fin de l’année, précise-t-il.
Plusieurs élus à l’instar d’Isabel Carvalhais (S&D) ont exprimé leur solidarité vis-à-vis des petits agriculteurs et des jeunes, « qui se battent pour un mode vie digne et un revenu décent ». La hausse des revenus est l’une des principales revendications portées par les agriculteurs européens lors des dernières manifestations.
« Un point crucial », reconnaît Maroš Šefčovič, qu’il entend « traiter ». Il a également souligné que la Commission allait « œuvrer » pour faciliter l’accès aux terres et aux financements, dans un contexte démographique tendu en Europe. Selon un rapport parlementaire sur le renouvellement des générations, 57 % des agriculteurs européens ont plus de 55 ans.
M. Šefčovič déclare également travailler avec Elisa Ferreira, commissaire chargée de la cohésion et des réformes, à une politique de développement des zones rurales — écoles, numériques, transport, etc. — afin d’attirer les jeunes vers le secteur agricole.
Régulation du libre-échange
Pour améliorer le revenu des agriculteurs, et lutter contre les excès de l’industrie agroalimentaire, la Commission demande à tous les États membres que la directive sur les pratiques commerciales déloyales soit « correctement appliquée » afin d’écarter « complètement ces pratiques du secteur ». Elle précise être en phase d’inspection de son l’application en UE, et vise une « mise en œuvre uniforme » de la réglementation.
Sujet brûlant, les accords commerciaux avec les pays tiers sont sûrement le principal grief fait à l’UE depuis le début des manifestations. La gauche européenne, en particulier française, est la plus virulente sur ce sujet, reprochant au Parlement européen d’avoir voté pour tous les accords, en particulier le dernier avec la Nouvelle-Zélande.
« Notre groupe est le seul à avoir rejeté unanimement l’ensemble des accords de libre-échange […] Et ne dites pas que l’accord avec le Mercosur est en pause alors que les négociations se poursuivent », déclare Manon Aubry (GUE/NGL) à ses collègues parlementaires et à la Commission.
Réponse de Maroš Šefčovič : « Je peux vous confirmer [que] les conditions pour une conclusion ne sont pas remplies ».
Les eurodéputés, principalement issus de la droite, ont insisté sur les surcharges administratives, chose que la Commission entend aussi prendre en charge. Mais pas seule.
« Il faut aussi réduire les transpositions à l’échelon national, et il y a des problèmes au niveau régional… assurons-nous tous de limiter la bureaucratie au minimum, au nécessaire », souligne M. Šefčovič.
L’objectif du dialogue stratégique consiste enfin à mettre l’agriculteur au cœur de la prise de décision, martèle la Commission, qui assure être en contact avec tous types d’exploitants, mais aussi des représentants de la chaîne de valeur et même des universitaires. L’objectif : collecter des idées pour mener cette nouvelle politique pour l’UE, et les intégrer au prochain cadre financier pluriannuel (CFP).
« Nous ne prendrons pas de décisions sans consulter les agriculteurs », insiste-t-il.
Pas de polarisation
Alors que l’ambiance générale est à l’accusation des opposants, demandant à l’opposition d’assumer ses responsabilités dans la crise actuelle, seuls les députés Renew se sont mis dans le sillage de la Commission européenne : le « compromis » plutôt que la « polarisation ».
Pascal Cafin, notamment, a dénoncé, ceux qui cherchent « un bouc émissaire », que ce soit « l’écologie », à droite ou « le libre-échange », à gauche. Il appelle à un compromis sur trois enjeux : les revenus, la transition écologique, et la lutte contre la concurrence déloyale.
« Si voulez faire une transition avec des accords de libre-échange qui ne protègent pas les agriculteurs, vous n’y arriverez pas ; et si vous voulez augmenter les revenus sans transition vous n’y arriverez pas non plus, car la première menace pour les revenus c’est le dérèglement climatique », lance M. Canfin.
« Il y a nécessité de mieux travailler ensemble, afin de trouver de bonnes solutions constructives », renchérit Maroš Šefčovič. Selon lui, « les agriculteurs ont besoin d’UE, et l’UE a besoin des agriculteurs ».
« Il est grand temps d’œuvrer à surmonter la polarisation de nos débats passés, et il n’y a pas meilleur endroit pour entamer ce processus, jeter des ponts, trouver des solutions communes que cette assemblée », conclut-il.