La Commission estime que les couloirs de solidarité permettent à peine aux céréales ukrainiennes d’atteindre les pays dans le besoin
La Commission européenne estime que la majorité du blé ukrainien reste encore trop bloqué dans les pays voisins de l’UE et n’atteint pas les pays tiers qui en ont besoin.
Alors que les « couloirs de solidarité » ont permis d’augmenter les exportations de céréales ukrainiennes, la Commission européenne estime que la majorité du blé reste tout de même bloqué dans les pays voisins de l’UE et n’atteint pas les pays tiers qui en ont besoin.
Lors d’une réunion conjointe des commissions de l’agriculture (AGRI) et des transports (TRAN) du Parlement européen, la Commission européenne a expliqué aux eurodéputés, lundi (11 juillet), qu’en dépit de l’augmentation des exportations due à l’initiative des « couloirs de solidarité », la structure globale des exportations a changé, puisque peu de blé provenant d’Ukraine a atteint sa destination finale.
Pour rappel, l’initiative — un ensemble de mesures visant à faciliter les exportations de céréales de l’Ukraine vers les pays tiers via l’UE — a été lancée il y a deux mois.
Son objectif était d’aider l’Ukraine à exporter des céréales vers les pays tiers — notamment en Afrique et au Moyen-Orient — qui sont très dépendants du blé ukrainien.
Parmi les actions mises en place, on peut citer la simplification des procédures administratives pour les cargaisons de céréales ukrainiennes ainsi que l’augmentation des exportations par tous les moyens et via tous les itinéraires possibles afin de surmonter le blocus des ports maritimes ukrainiens.
Ces mesures ont effectivement permis d’augmenter les exportations jusqu’à 2,47 millions de tonnes de céréales en juin, contre 1,7 million en mai. Toutefois, la structure de ces exportations et la manière dont elles sont effectuées provoquent aujourd’hui une « défaillance du marché », comme l’a souligné Norbert Lins, eurodéputé de centre-droit et président de la commission AGRI.
M. Lins, qui s’est récemment rendu à la frontière entre l’Ukraine et la Pologne pour vérifier le fonctionnement des « couloirs de solidarité », a ajouté que seulement 138 000 tonnes de blé ont franchi les deux frontières, celle de la Roumanie et celle de la Pologne, qui sont désormais essentielles pour les exportations de l’Ukraine, et que pratiquement rien n’a atteint la destination finale — à savoir les pays tiers où la crise alimentaire est particulièrement grave.
Pour le moment, le maïs a été privilégié par rapport au blé dans la structure d’exportation, car la majorité du blé en Ukraine est bloqué dans des silos, dans des ports ou sur des territoires occupés.
« Dans de telles circonstances, les commerçants et les agriculteurs ukrainiens se concentrent sur ce qu’ils peuvent exporter. Et il s’agit du maïs », a déclaré Michael Scannell, directeur général adjoint au service agricole de la Commission (DG AGRI).
Il a ajouté que le problème ne concerne pas seulement la disponibilité du blé, mais aussi son accessibilité financière. « Les deux sont très étroitement liés. Mais dans l’ensemble, vous pouvez obtenir du blé sur le marché. La question est maintenant de savoir combien vous êtes prêt à payer pour l’obtenir », a-t-il ajouté.
Des céréales bloquées sur les marchés européens
Un autre problème soulevé par le représentant de l’exécutif européen est que les céréales ukrainiennes, une fois arrivées en Europe, restent bloquées sur des marchés où elles n’étaient traditionnellement pas vendues auparavant, ce qui a un impact sur les agriculteurs locaux.
Par exemple, parmi les acheteurs traditionnels de maïs ukrainien figurent l’Italie, le Portugal, l’Espagne et, dans une moindre mesure, les Pays-Bas. Ce produit est largement utilisé pour l’élevage car ces pays présentaient un déficit structurel d’aliments pour animaux.
Désormais, ce maïs est acheminé en quantités beaucoup plus modestes vers les pays voisins où il n’était pas commercialisé auparavant. M. Scannell a expliqué que « cela a évidemment un impact sur les marchés locaux, mais pas nécessairement sur les prix ».
Une grande partie des céréales qui quittent maintenant l’Ukraine se présentent sous la forme de petits lots qui n’intéressent pas les grands négociants et qui, par conséquent, arrivent sur les marchés locaux et sont vendus à des prix inférieurs, ce qui a une incidence disproportionnée sur les prix.
Néanmoins, la Commission a souligné l’importance des « couloirs de solidarité » pour atténuer les pressions sur les marchés mondiaux afin d’aider l’Ukraine à traverser cette période difficile, à maintenir la productivité de ses agriculteurs et à nourrir sa propre population.
Maja Bakran Marcich, directrice générale adjointe de la Direction générale de la mobilité et des transports (DG MOVE) de la Commission, a également évoqué des solutions numériques, telles que la plateforme de mise en relation d’entreprises UE-Ukraine soutenue par le réseau Entreprise Europe (EEN), qui apporte un soutien aux petites et moyennes entreprises et est cofinancée par le programme Horizon 2020 de l’Union européenne.
Cette plateforme permet aux entreprises de s’inscrire et de publier leurs demandes ou leurs offres de services de transport, pour ensuite entrer en contact et signer des contrats. Plus de 580 sociétés sont désormais actives sur cette plateforme.