La Commission européenne confirme la possibilité de modifier le statut du loup d’ici à la fin de l’année

Après l'annonce de la présidente de la Commission européenne d'une probable modification du statut du loup pour faciliter sa régulation, l'exécutif européen persiste et signe en plénière devant les eurodéputés. Une proposition sera faite avant la fin de l'année.

Euractiv France
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La Commission a annoncé une mise à jour de la législation sur le statut du loup "rapidement", "si nécessaire". [Parlement européen/Mathieu CUGNOT]

Après l’annonce de la présidente de la Commission européenne d’une probable modification du statut du loup pour faciliter sa régulation, l’exécutif européen persiste et signe en plénière devant les eurodéputés. Une proposition sera faite avant la fin de l’année.

La semaine dernière, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen avait créé la surprise en annonçant une possible modification du statut du loup, pour faire face au « danger » que représente l’animal pour les éleveurs. À la demande de son parti (PPE), fervent soutien de cette mesure, un débat s’est tenu en plénière, mercredi 13 septembre.

Face à un hémicycle rempli, la représentante de la Commission, Mairead McGuinness, commissaire européenne aux Services financiers, a confirmé que l’exécutif « prend très sérieux la prédation par le loup contre les cheptels et les troupeaux, une priorité qui existait déjà dès l’adoption directive Habitats ».

Cette directive confère un statut de protection stricte à tous les grands prédateurs de l’UE, dont le loup. Toutefois, face à l’augmentation des attaques, la Commission y a intégré des dérogations pour effectuer des tirs défensifs contre l’animal en cas d’extrême urgence.

« Nous entamons une nouvelle phase », lance Mairead McGuinness. « Nous avons demandé à toutes parties prenantes de faire un état de la population des loups et des grands prédateurs ». Ainsi, en se basant sur ces données, la Commission annoncera des conclusions pouvant conduire à « adapter le cadre de protection » du loup. Autrement dit, passer d’une protection « stricte » à une protection simple, afin de faciliter le recours aux moyens de défense.

Défense du pastoralisme

À travers de nombreuses prises de parole – preuve de la sensibilité du sujet – les eurodéputés ont pu réagir à cette annonce symboliquement forte, d’autant plus que la Commission s’était dite opposée, en novembre dernier, à un quelconque allègement de la protection du loup.

« C’est un grand jour, non seulement parce que la présidente a parlé d’agriculture [dans le discours sur l’état de l’Union, NDLR], mais c’est la première fois que nous avons l’occasion de mettre ce sujet sur la table. Nous ne pouvons pas continuer à ignorer la colère et le désarroi des éleveurs », a réagi l’eurodéputée Anne Sanders (PPE), qui rappelle que le nombre d’attaques a doublé ces dix dernières années.

Selon la Fédération nationale ovine (FNO), le nombre d’attaques a progressé de 20% sur l’année 2022 et de 16% au cours du premier semestre 2023, et plus de 12 000 animaux ont été attaqués en France.

Il y aurait 1104 loups sur le territoire français, près de 20 000 en Europe. Ces chiffres officiels font toutefois l’objet d’une bataille féroce entre les associations pro-loup et les représentants agricoles qui les considèrent sous-évalués.

Pour l’eurodéputée espagnole Clara Aguilera (S&D), il faut commencer par mettre en place « une évaluation neutre du loup », pour adopter une « stratégie équilibrée ». « En ce moment, il y a une surprotection du loup au détriment des éleveurs », ajoute-t-elle.

Les députés soutenant la Commission (PPE, Renew, S&D dans leur majorité) ont tour à tour égrainé les chiffres de leur pays respectif : en Espagne les populations de loup ont progressé de 20 % entre 2021 et 2022, 29 % en Allemagne, et 23,5 % en Italie entre 2015 et 2019.

« Avec les millions d’euros que la commission a dépensés pour le loup dans les Alpes, nous n’avons pas de données ? », interroge Alessandro Panza (ID). Celui-ci pointe également les dépenses de Bruxelles pour dédommager les agriculteurs – via le Fonds européen Agricole pour le développement rural (PAC) -, ou dans des projets européens de gestion des prédateurs à l’instar du programme LIFE (3,6 millions d’euros par an entre 1992 et 2019).

En France, le coût de la prédation est estimé à 80 000 euros par loup et par an selon l’INRAE.

Pour Anne Sander, « le statu quo est une punition qui s’étend au-delà de l’aspect financier : comment donner envie aux jeunes de s’installer dans les zones de montagnes, des zones où l’économie et les paysages souffriront aussi des pertes du pastoralisme ? »

Les Verts contre l’affaiblissement de la directive Habitats

Face aux défenseurs de l’initiative de la Commission, les députés écologistes ont de leur côté déploré cette « peur du grand méchant loup » instillée par « les conservateurs ».

« 95 % de l’alimentation du loup est composée d’animaux sauvages, ils régulent l’écosystème forestier. Le loup ne représente pas non plus de danger […] Depuis les années 2000 aucune attaque n’a eu lieu sur l’homme », réagit Anna Deparnay-Grunenberg (Verts / ALE) qui dénonce les « fake news » des opposants.

Pas question pour elle, comme pour ses collègues « d’affaiblir la directive Habitats ». D’autant plus que les grands carnivores ne jouissent pas d’un état de conservation favorable dans tous les États membres, rappellent-ils. Si le loup a gagné 25 % de territoire en Europe ces dix dernières années, l’animal reste dans un état « vulnérable » en France selon la liste rouge de l’UICN. Il est considéré comme « vulnérable » en Allemagne et « quasi menacé » en Italie et en Espagne.

« Les attaques de cheptel sont liées à une mauvaise gestion et des mesures inadaptées, ce dont nous avons besoin c’est d’un meilleur système de prévention et des compensations plus rapides », constate Róża Thun und Hohenstein (Renew).

Nombre de députés Verts ont également reproché à la présidente de la Commission européenne d’avoir réagi sous le coup de l’émotion alors qu’un de ses poneys a été attaqué en septembre 2022. Quelques mois plus tard, elle délivrera un permis de chasse officiel pour réguler les loups dans sa région (Hanovre).

« Je suis et reste convaincu que l’agriculture et la protection de la nature peuvent aller de pair. Nous avons besoin des deux », disait la Mme Von der Leyen lors de son discours sur l’état de l’Union le matin même.

« Avec ces mots à l’esprit, nous devons poursuivre les travaux sur le sujet », conclut la commissaire Mairead McGuinness devant les parlementaires, annonçant une mise à jour de la législation sur le statut du loup « rapidement », « si nécessaire« .

La Commission fera part de sa proposition d’ici à la fin de l’année, prévient-elle.