La Commission européenne prête à revoir le statut de protection du loup
La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, a annoncé qu’elle pourrait « le cas échéant », revenir sur le statut de protection européen du loup face au « danger » qu’il représente. Les défenseurs du loup dénoncent des propos « graves ».
La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, a annoncé qu’elle pourrait « le cas échéant », revenir sur le statut de protection européen du loup face au « danger » qu’il représente. Les défenseurs du loup dénoncent des propos « graves ».
« La concentration de meutes de loups dans certaines régions d’Europe est devenue un véritable danger pour le bétail et, potentiellement, pour l’homme », a annoncé Ursula von der Leyen dans un communiqué de la Commission européenne lundi 4 septembre.
Alors que les éleveurs français et européens disent lutter sans relâche contre les grands prédateurs, dont le loup, la patronne de l’exécutif leur apporte un soutien explicite, et s’engage à « relever les défis liés au retour des loups ».
Protégé à l’échelle européenne par la directive habitats, le loup possède un statut de protection stricte et toute tentative de nuire à l’espèce est absolument proscrit. Toutefois, des mesures exceptionnelles comme le tir préventif peuvent être accordées par dérogation, seulement si les méthodes passives n’ont pas fonctionné, et si cela n’entraine pas d’atteinte aux populations.
Ainsi, Mme Von der Leyen « invite » les autorités à user de ces dérogations, puisque, rappelle-t-elle, « la législation européenne actuelle leur permet déjà de le faire ». Cette année, 108 loups ont déjà été abattus par tirs défensifs en France.
Selon la dernière estimation de la préfecture de la région Auvergne-Rhône-Alpes, il y aurait 906 loups sur le territoire français, près de 20 000 en Europe, avec une augmentation de plus de 25 % de leur aire de répartition ces dix dernières années.
« Propos graves »
Outre ce message de soutien, la Commission annonce le lancement de travaux, consistant en la collecte de données sur l’état des populations et leurs impacts.
« La Commission décidera d’une proposition visant à modifier, le cas échéant, le statut de protection du loup au sein de l’UE et à mettre à jour le cadre juridique, afin d’introduire, lorsque c’est nécessaire, davantage de flexibilité, à la lumière de l’évolution de cette espèce », ajoute Mme Von der Leyen.
Contactée par EURACTIV, l’association de protection des grands prédateurs Ferus regrette ces propos qu’elle juge « graves », et « dangereux pour le loup ».
La surprise est d’autant plus forte que la Commission s’était opposée en novembre dernier à l’allègement de la protection du loup demandée par les eurodéputés dans le cadre d’une résolution. Elle avait rappelé que les populations européennes étaient encore dans un état « fragile », et qu’il fallait de la « prudence » sur ces questions.
De plus, pour l’association Ferus, les bergers « usent et abusent » déjà de la dérogation permettant de tuer préventivement des loups, alors que la population française a diminué cette année – 921 durant l’hiver 2021-2022, contre 906 en 2022-2023. Ces chiffres font toutefois l’objet d’une bataille féroce entre les associations pro-loup et les représentants agricoles qui les considèrent sous-évalués.
Une annonce « courageuse » et « lucide » pour le ministre
De son côté, le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau a « félicité » cette annonce « courageuse » et « lucide ».
« Cela conforte la stratégie que je défends dans le futur plan loup, à savoir une réévaluation basée sur des données scientifiques du statut de l’espèce en question, tout en tenant compte de manière plus approfondie des enjeux de l’élevage », a-t-il écrit sur X (ex Twitter).
« Mieux vaut tard que jamais« , a réagi le syndicat européen COPA-COGECA, qui dit également « soutenir pleinement l’appel de la Commission européenne »
Depuis la résolution du Parlement européen, la Commission se penche sérieusement sur le dossier, mais admet que les données dont elle disposent ne permettent pas encore d’avoir « une vue d’ensemble suffisante pour concevoir de nouvelles actions ».
L’exécutif européen appelle donc les scientifiques et « toutes les parties intéressées » à fournir des données supplémentaires.