La Commission européenne propose d’utiliser les fonds post-Covid non utilisés pour la défense
La Commission européenne envisage d’utiliser les fonds du plan de relance post-pandémie non dépensés pour stimuler la production de l’industrie de défense de l’UE et financer l’achat d’armes.
La Commission européenne envisage d’utiliser les fonds du plan de relance post-pandémie non dépensés pour stimuler la production de l’industrie de défense de l’UE et financer l’achat d’armes, selon une proposition dévoilée mercredi 4 juin.
L’exécutif européen souhaite que les fonds encore disponibles de la Facilité pour la reprise et la résilience (FRR) puissent être mobilisés pour « soutenir les contributions nationales volontaires » au futur programme européen d’investissement dans la défense (EDIP), peut-on lire dans une communication récemment publiée par la Commission.
Le programme EDIP vise à aider l’industrie européenne de la défense à augmenter durablement sa capacité de production en encourageant les accords d’achat militaire conjoints entre plusieurs pays de l’UE. Les fabricants d’armements ont fait valoir que la sécurité financière à long terme offerte par les commandes conjointes contribuerait à stimuler les investissements nécessaires.
La proposition de mercredi s’inscrit dans la lignée des appels lancés par certaines capitales européennes pour réorienter une partie des fonds de relance vers des objectifs de sécurité, au détriment des priorités initiales telles que la transition écologique ou la numérisation.
La semaine dernière, la Commission a approuvé le plan de relance national de 6 milliards d’euros de la Pologne, qui comprend certains projets de défense.
De la relance post-Covid aux canons
Avec cette proposition, la Commission européenne réitère une nouvelle inflexion stratégique : utiliser des fonds européens initialement prévus pour des projets civils ou sociaux afin de renforcer les capacités militaires du continent.
Mais le programme EDIP, en l’état, peine à convaincre. Son enveloppe budgétaire, jugée trop faible, est critiquée aussi bien par les gouvernements que par les industriels, qui estiment qu’elle ne permettra pas de combler les lacunes accumulées après des décennies de sous-financement militaire.
Bruxelles propose désormais de compléter ce budget avec une partie des 335 milliards d’euros encore disponibles dans la FRR, qui doit être clôturée d’ici fin 2026. La Commission n’a pas précisé quelle proportion de ces fonds pourrait finalement être alloués au programme de défense.
Créée en 2021 pour soutenir les économies européennes frappées par la pandémie de Covid-19, la FRR disposait à l’origine d’un budget de 650 milliards d’euros, répartis entre subventions et prêts.
Dans sa communication de mercredi, la Commission appelle désormais les États membres et le Parlement européen à intégrer une clause spécifique dans le texte final, afin de permettre la réaffectation des fonds non utilisés à la défense.
Mais les négociations s’annoncent complexes. Le texte sur l’EDIP est actuellement bloqué au Conseil, où plusieurs États s’inquiètent des implications à long terme sur le marché européen de la défense, hautement stratégique et politiquement sensible.
Selon nos informations, les ambassadeurs des Vingt-Sept devraient reprendre les discussions en début de semaine prochaine.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]