La Commission européenne revoit ses estimations de production et d'exportation de céréales à la baisse
Contrairement aux attentes initiales et malgré les mesures visant à stimuler la production intérieure, la production céréalière de l’UE devrait être inférieure de 2,5 % cette année par rapport à celle de 2021 en raison de conditions météorologiques extrêmes.
Contrairement aux attentes initiales et malgré les mesures visant à stimuler la production intérieure, la production céréalière de l’UE devrait être inférieure de 2,5 % cette année par rapport à celle de 2021 en raison de conditions météorologiques extrêmes telles qu’une chaleur accrue et une diminution des précipitations.
Les espoirs suscités par la récolte dans l’UE cette année ont été réduits à néant par les conséquences du changement climatique sur les cultures céréalières. Cette situation met ainsi en péril le rôle de l’Europe consistant à amortir l’impact de l’absence prévue d’exportations de céréales en provenance d’Ukraine sur les marchés mondiaux.
« En raison des conditions météorologiques, en particulier du temps sec et chaud du printemps, la nouvelle production de céréales pour les saisons 2022 et 2023 devrait être plus faible, mais nous disposons d’un stock initial plus important, de sorte que la disponibilité devrait être en fait plus élevée que la saison dernière », a commenté Andrea Capkovicova, analyste socio-économique à la DG AGRI, le service de la Commission euroopéenne chargé de l’agriculture.
Mme Capkovicova a également coordonné les dernières perspectives à court terme sur les marchés agricoles de la Commission, selon lesquelles le temps sec et chaud a exercé une pression importante sur certaines cultures arables dans les principales régions céréalières de l’UE.
Les perspectives, publiées le 7 juillet, précisent que « dans l’UE, les conditions météorologiques créent de nouveaux défis pour la nouvelle récolte, avec une baisse des prévisions antérieures concernant les rendements désormais prévus, pour certaines céréales. »
L’édition du printemps était beaucoup plus optimiste et prévoyait que « sous réserve de conditions météorologiques normales, la récolte 2022 de l’UE pourrait être très bonne pour ce qui est des céréales. » Elle prévoyait que la production totale de céréales atteindrait 293,3 millions de tonnes, tandis que l’édition d’été prévoyait 286,4 millions de tonnes.
La bonne récolte prévue, combinée à une baisse de la demande d’aliments pour animaux et à une utilisation réduite des céréales pour la fabrication de biocarburants, aurait permis aux exportations de céréales de l’UE d’être 30 % plus élevées, contribuant ainsi à atténuer l’impact sur les marchés mondiaux de la baisse du rendement ukrainien liée à la guerre.
Toutefois, les estimations concernant les exportations de céréales de l’UE dans les prévisions pour l’été ont diminué en passant de 41,4 millions à 33,5 millions de tonnes par rapport aux prévisions du printemps. Cette baisse ne compense que partiellement la chute des disponibilités mondiales de céréales due au blocage des ports maritimes ukrainiens et aux restrictions à l’exportation mises en place par certains exportateurs.
Les stocks de céréales de départ sont fixés à 50,1 millions — soit une augmentation de 24 % par rapport à la moyenne des cinq années précédentes — et permettront de compenser la baisse de la production.
Mme Capkovicova a ajouté que cela aiderait l’UE à répondre aux besoins de consommation intérieure et, dans le même temps, à dégager un excédent pour les exportations afin d’atténuer la pression des marchés mondiaux.
L’invasion de l’Ukraine par la Russie a remis l’accent sur la sécurité alimentaire, car les deux pays impliqués dans la guerre jouent un rôle central dans l’approvisionnement du monde en céréales et en huiles de base.
Les exportations nettes de céréales par l’UE devraient encore être supérieures aux tendances passées, avec environ 8 millions de tonnes de blé supplémentaires qui pourraient être exportées en 2022-23 par rapport à l’année précédente.
Toutefois, la baisse de la production céréalière pourrait s’accentuer si les conditions météorologiques défavorables actuelles se poursuivent, peut-on lire dans les perspectives.
Il est fait référence à la sécheresse actuelle dans certaines parties de l’Europe, étant donné qu’une période sèche prolongée présente des risques de baisse de la récolte finale.
S’exprimant devant les députés européens la semaine dernière, le vice-président de la Commission, Maroš Šefčovič, a averti que « la sécheresse actuelle en Europe pourrait devenir la pire de tous les temps. »
Les cultures protéagineuses stimulées par l’assouplissement des obligations de « verdissement » de la PAC
Les superficies consacrées aux protéagineux — qui comprennent le plus souvent le soja, les légumineuses et les oléagineux et constituent un élément essentiel de l’alimentation animale — devraient augmenter à la suite de l’assouplissement des obligations de « verdissement » de la politique agricole commune, selon les perspectives.
En mars, l’exécutif européen a accordé une dérogation exceptionnelle et temporaire pour permettre la production de n’importe quelle culture sur des terres en jachère cette année, tout en maintenant le niveau complet des paiements « verts » pour les agriculteurs dans le programme de subventions agricoles de l’Union.
La Commission envisage actuellement de prolonger cette dérogation d’une année supplémentaire.
L’augmentation prévue pour les protéagineux est de 6 %, et les rendements devraient croître d’environ 3 %, grâce aux terres supplémentaires rendues disponibles par la dérogation.
Selon Mme Capkovicova, les oléagineux — et en particulier le tournesol — bénéficient de la dérogation relative aux terres en jachère, qui est intervenue à un moment où il était impossible de planter d’autres cultures en raison des conditions agronomiques.
« Mais il était encore possible de planter des tournesols, et les agriculteurs ont saisi leur chance », a-t-elle déclaré, ajoutant qu’en raison de la hausse des prix, de la disponibilité des terres, ainsi que du faible besoin en engrais, le tournesol est la culture à privilégier pour le moment, ce qui devrait conduire à une production record pour cette année.